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Pierre Weill
21/04/2020
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Soins dans un EHPAD de la Région Grand Est. Photo Région Grand Est

Le coup de colère de Pierre Weill : « Quand la honte le dispute à la tristesse »

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Pauvre France, braves Français…

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La première malade française, âgée de 70 ans, transférée depuis Mulhouse et guérie dans un hôpital allemand sous les applaudissements de ses soignants : c’était le 15 avril à Konstanz.

Indignation allant jusqu’à l’écœurement, honte le disputant à la tristesse, colère aussi contre les responsables, quels qu’ils soient : je ne sais plus bien quel est le sentiment qui domine chez moi quand je tente d’analyser la situation de notre pays et l’attitude de ses dirigeants devant l’irruption du virus.

Comment n’être pas indigné, d’abord, par le regard porté sur les personnes âgées ? A commencer naturellement sur celles qui ont cherché dans les EHPAD le moyen de continuer dans les meilleures conditions possibles leur chemin dans la vie. Quand je lis le témoignage du professeur Bernard, du CHU de Tours, rapporté par Frédéric Potet, infectiologue, je suis littéralement écœuré par la description de la situation d’un EHPAD de la région, où l’équipe médicale, finalement autorisée après bien des efforts à y pénétrer, a découvert cinq morts, 26 retraités positifs dont 10 graves, un tiers du personnel touché, des résidents ne pouvant avoir accès à l’eau, aux soins, faute de professionnels pour les accompagner. L’horreur.

Je sais bien qu’il ne faut pas généraliser, que beaucoup d’autres établissements ont réussi à mieux faire face au drame, grâce à un personnel dévoué.  Mais on a trop laissé, et depuis trop longtemps, les EHPAD devenir, faute de moyens, des « bergeries » à la porte desquelles le « loup » Coronavirus a frappé sauvagement.

« Des politiques insensibles, sur le conseil d’« experts » incapables, ou de technocrates rigides, avaient décidé d’infliger aux « résidents » la réclusion sinon à perpétuité »

Alors, en guise de remède, des politiques insensibles, sur le conseil d’« experts » incapables, ou de technocrates rigides, arcboutés sur des « normes » et des procédures anachroniques, avaient décidé d’infliger aux « résidents » la réclusion sinon à perpétuité, du moins jusqu’à ce qu’on ait trouvé un vaccin salvateur. Ce qui peut durer longtemps…On les privait des contacts avec leurs familles, leurs enfants, leurs petits-enfants, c’est-à-dire de ce qui constituait leur raison de vivre, ou de survivre.

C’était condamner beaucoup à périr non pas du virus mais de solitude et de tristesse. A se laisser mourir de désespérance. Seuls. Affreusement seuls. Créer de telles souffrances était psychologiquement monstrueux. Heureusement, après avis des « sociétés savantes », il a été finalement décidé d’instituer dans les EHPAD, un droit de visite, strictement encadré, pour les familles…

Mais le regard détestable qui est porté sur les personnes âgées ne se limite pas aux résidents des EHPAD. Il a été question, selon des voix très officielles, d’imposer à toutes les personnes ayant plus de 65 ou 70 ans, un confinement prolongé. Certes, devant le trouble et la colère que cette idée provoquait dans l’opinion, le président de la République a fait machine arrière. Ce qui devient chez lui une habitude. Mais le fait que cette discrimination ait pu être seulement envisagée, même au nom de la santé publique, même sous prétexte de les protéger, est insupportable à qui croit dans les valeurs d’une démocratie civilisée. La France ne peut pas faire de ses « vieux » une classe mineure, comme il existe sous d’autres cieux une caste d’« intouchables ».

« L’Allemagne, dont le budget santé est seulement équivalent au nôtre, n’a pas manqué de masques, de tests, ni de lits de soins intensifs. »

J’ai parlé de honte. On peut se sentir en effet honteux de voir notre pays à ce point à la traîne dans la lutte contre l’épidémie. Les voix officielles insistent sur la similitude entre la situation de la France et celle de l’Espagne ou de l’Italie, nos sœurs en impécuniosité. Mais elles évitent d’évoquer le cas de l’Allemagne. Ce serait pourtant tristement éloquent. Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, qui nous accable chaque jour de statistiques, se garde bien de comparer nos « performances » à celles de notre grand voisin. Il est clair que celui-ci a été et reste infiniment plus efficace que nous. Quand le virus avait tué près de 20.000 français, l’Allemagne n’enregistrait que 4.000 morts. Cela tient évidemment à une meilleure préparation du système hospitalier, et à la décentralisation de celui-ci : il n’a pas à supporter le poids d’une administration technocratique comme l’est chez nous Bercy.

L’Allemagne, dont le budget santé est seulement équivalent au nôtre, n’a pas manqué de masques, de tests, ni de lits de soins intensifs. Son gouvernement n’a pas eu besoin de mentir à son peuple, comme l’a fait tellement le nôtre, jusqu’à l’opération camouflage qui a consisté à expliquer que les masques devaient être réservés au personnel soignant. Il n’a pas connu de triste épisode, comme la désastreuse démission pour cause d’ambition électorale du ministre français de la Santé au moment précis où l’attaque du virus se développait. Agnès Buzyn ne méritait-elle pas une sanction, pour n’avoir rien préparé avant sa désertion ? Quelle pauvre image de notre pays a ainsi été donnée au monde entier !

« Notre gouvernement devrait en tenir compte : plutôt que de s’évertuer à limiter leurs initiatives, s’appuyer sur les Régions lui assurerait plus d’efficacité. »

Et quand notre Président s’efforçait, au prix de discours répétés, et pas toujours convaincants, d’exalter son action… future, Angela Merkel montrait que le calme et la détermination valait mieux qu’un déluge de mots guerriers. Elle savait expliquer à ses concitoyens les enjeux, sans grandiloquence et avec beaucoup d’humanité. Les rassurer, leur inspirer confiance. Résultat, l’Allemagne est sortie dès le 20 avril du confinement, trois semaines avant la France, et dans de bien meilleures conditions que celles qu’on nous promet. Il est vrai que le gouvernement fédéral a été puissamment aidé par le système des Länder, qui permet de gérer la crise au plus près des citoyens. Encore un enseignement dont notre gouvernement devrait tenir compte : plutôt que de s’évertuer à limiter leurs initiatives, s’appuyer sur les Régions lui assurerait plus d’efficacité.

Je voudrais faire une dernière remarque. L’Histoire montre que lorsqu’une catastrophe frappe le monde, l’on veut toujours trouver un responsable, un bouc émissaire. Celui-ci était généralement le Juif. Ce n’est plus le cas pour la pandémie de Covid-19. Mais, ce qui est tout autant vicieux, on cherche aujourd’hui à détourner la vindicte populaire vers la Chine, accusée de grave dissimulation, dans le dessein d’accentuer sa domination sur le monde… La France tellement à la traîne sur tous les plans se porte pourtant, aux côtés de Donald Trump, à la tête de cette opération de diversion. J’ignore si, comme on le dit, l’opacité des dirigeants chinois quant à la virulence du virus a favorisé sa propagation. Mais le fait est qu’ils ont réussi à cantonner l’épidémie à Wuhan, qui ne représente qu’un Chinois sur trente…

Que dire en conclusion ? Que, malheureusement, nous avons été dirigés depuis des années, et que nous continuons de l’être en ce secteur de la santé si sensible, d’une façon déraisonnablement bureaucratique, quand les politiques, conseillés par des « sachants » – qui avouent ne rien savoir, mais auxquels les télévisions en continu ont en quelque sorte affermé leurs antennes – se montrent incapables de trouver des réponses, humainement justifiées et socialement admissibles. Et prennent des décisions sans en mesurer vraiment, au préalable, l’impact, notamment psychologique.

Je le constate avec tristesse : la France est mal gouvernée. Malgré la présence à sa tête d’un président dynamique, l’équipe gouvernementale pèche par son insuffisance. Par charité, je ne citerai pas de ministre en particulier, sauf peut-être Sibeth Ndiaye, dont les bourdes répétées font, impunément, une porte-parole catastrophique.

En revanche, je veux saluer notre peuple, réputé frondeur, mais qui a subi depuis des années, certes en bronchant parfois, la dégradation continuelle des services publics, une pression fiscale record, et qui accepte aujourd’hui de rester enfermé, et demain de galérer dans les transports, poussé par une volonté irrépressible d’aller travailler. Même un masque sur le nez…

Pierre Weill
Directeur de publication
Régions Magazine

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