Le Pass Rail Jeunes ne “passe” pas bien auprès des Régions
L'association Régions de France et plusieurs présidents de Région regrettent les « insuffisances » du système mis en place par le gouvernement pour favoriser le train ainsi que la méthode employée.
Philippe Martin
Le 5 septembre 2023, Emmanuel Macron annonçait sur les réseaux sociaux l’intention de lancer un Pass Rail tous publics, sur le modèle du Deutschlandticket. Dès le lendemain, Carole Delga, présidente de Régions de France, indiquait par courrier au président de la République sa disponibilité pour travailler aux modalités de mise en œuvre de cette offre, en 2024.
La proposition de mise en œuvre opérationnelle a été adressée par le ministre des Transports Patrice Vergriete à la présidente de Régions de France, mi-mars, soit près de six mois après la première annonce. Pour Régions de France, « cette proposition, faute d’un travail suffisamment approfondi, ne comprenait plus, dès le départ, le réseau ferroviaire francilien. En six mois, l’annonce initiale de Deutschlandticket à la française se traduit donc par un abonnement de 49 € pour deux mois, sur un réseau hors Île-de-France, et seulement pour les jeunes.

D’ores et déjà, les Régions proposent pour les jeunes des tarifs plus attractifs que l’offre à 49 €. Pour autant, elles sont mobilisées pour garantir les conditions de la réussite de l’expérimentation d’une formule nouvelle, favorisant les mobilités ferroviaires à l’échelle du territoire national.
D’ores et déjà, les Régions proposent pour les jeunes des tarifs plus attractifs
En six mois, les Régions n’ont obtenu « ni le détail des estimations de coût, ni les garanties de compatibilité des systèmes de distribution de la billettique. Les singularités relatives par exemple à l’intégration de l’ensemble des Intercités dans le réseau ferroviaire régional en Normandie n’ont pas davantage été travaillées. »
Les Régions « demandent du travail sérieux : depuis deux ans, elles proposent sans succès au Gouvernement une politique volontariste pour relancer les mobilités ferroviaires dans le cadre d’un New Deal. Aujourd’hui encore, personne ne connait ni la répartition, ni le calendrier des 100 Mds€ évoqués par Élisabeth Borne, alors Première ministre, pour le rail. »
Une volonté d’expérimenter dès 2024
A défaut de disposer de l’ensemble des éléments techniques de la décision, Régions de France a proposé que cette formule d’abonnement puisse être expérimentée avec les Régions candidates en 2024, et qu’une garantie soit donnée d’une couverture nationale de cette offre en 2025.
Les Régions restent « disponibles pour travailler et conduire sérieusement une expérimentation qui favorise les mobilités décarbonées, à des prix attractifs, sur la totalité du territoire national. »
Plusieurs présidents de Région ont également réagi à ces annonces. Si pour Franck Leroy (Grand Est), il s’agit d’une « avancée importante pour les mobilités décarbonées et pour notre jeunesse » (la Région Grand Est y ajoute pour cet été un Pass Transfrontalier utilisable dans trois Länder allemands), Hervé Morin pour la Normandie remet en question la méthode : « Avant de faire des annonces précipitées, il aurait été plus productif de discuter en amont avec les Régions afin de travailler ensemble de manière à ce qu’un jeune Français, où qu’il réside, puisse bénéficier de la même offre. Le Pass Rail ne saurait être simplement un dispositif provincial qui par ailleurs exclu le principal moyen de transport ferroviaire qu’est le TGV. »

« De plus, avec l’exclusion de l’Île-de-France du dispositif, les jeunes Normands qui se rendront à Paris, notamment au moment des JOP, devront acheter un pass réseau IDF à 16 euros/jour ! »
Du côté de la Région Hauts-de-France, on regrette « le manque d’ambition du Ministre délégué aux Transports. La Région Hauts-de-France a toujours été favorable à la mise en place d’un Pass Rail même si avec regret, elle constate aujourd’hui que le Pass Rail a été transformé par le Ministre délégué aux Transports en un Pass au rabais uniquement pour les jeunes pour cet été 2024 ».
Elle regrette que la Région HDF « soit pénalisée par le dispositif, car elle ne dispose pas de Trains Intercités et l’ensemble des trains hors TGV en Hauts-de-France sont financés par la Région. A ce titre, la perte de recettes aurait dû être entièrement assumée par l’État ».
