Semaine européenne des régions et des villes : La politique de cohésion plus que jamais menacée
Philippe Martin
Réuni dans le cadre de la Semaine européenne des régions et des villes, le Comité européen des régions alerte sur le risque d’affaiblissement de la politique de cohésion dans le budget de l’UE 2028-2034.
Sur fond de guerre en Ukraine, la Semaine européenne des régions et des villes, organisée à Bruxelles par le Comité des régions, a pris une tournure plus inquiétante que les années précédentes. Ce n’est pas un hasard si plus de 4.800 congressistes venus de toute l’Europe avaient fait le déplacement, représentant plus de 50 % des régions de l’UE.
C’est que la politique de cohésion, pilier de l’action de l’UE dans les territoires, semble plus que jamais menacée par la volonté de la Commission européenne et de sa présidente Ursula Von der Leyen. Une volonté de recentraliser cette politique, au point de l’étouffer. Ce que n’a pas manqué de rappeler la présidente du Comité des régions, la Hongroise Kata Tütto en accueillant les congressistes.
La politique de cohésion européenne face au risque de recentralisation
« La promesse de l’Europe est la prospérité partagée, a-t-elle rappelé. Nous ne pouvons pas la réaliser en supposant que la croissance générée dans quelques endroits atteindra finalement tout le monde. La cohésion et la compétitivité vont de pair : connecter l’innovation aux entreprises, aux travailleurs et aux communautés à travers l’Europe. Les régions et les villes apportent connaissance, capacité d’investissement et confiance du public. Le prochain budget de l’UE doit leur donner les moyens d’agir, et offrir aux gens un véritable choix pour construire leur avenir là où ils se sentent chez eux. »
À ce titre, le rapport annuel de l’état des régions et des villes de l’UE, publié par le CdR, dresse un tableau inquiétant des défis actuels et futurs auxquels les territoires européens sont confrontés : une région sur deux a connu une augmentation de la pauvreté et de l’exclusion sociale, tandis que plus de la moitié des régions ont vu les conditions du marché du travail se détériorer.
Pauvreté, emploi, climat : les régions européennes confrontées à des défis croissants
La baisse de la production et les coûts élevés de l’énergie affaiblissent la compétitivité régionale, et les territoires européens sont de plus en plus vulnérables aux catastrophes naturelles et en sont affectés de manière inégale : les incendies de forêt ont augmenté de 57 % au cours des quatre dernières années, et le coût annuel de la sécheresse est estimé à 9 milliards d’euros.

Le changement démographique accentue également les inégalités territoriales à travers l’UE : près des trois quarts des régions, en particulier les zones rurales, devraient voir leur population diminuer d’ici 2050, tandis que la plupart des zones urbaines subissent une pression croissante sur le logement et les infrastructures.
Budget européen 2028-2034 : pourquoi les régions craignent un recul de la politique de cohésion
Et la présidente Tütto de rappeler : « une politique de cohésion forte, bien financée et décentralisée relie ces capacités au marché unique, et aide les régions à gérer les transitions industrielles, démographiques et climatiques. Pourtant, le budget proposé pour l’UE 2028–2034 risque de concentrer les décisions sur l’investissement territorial au niveau national, affaiblissant les financements prévisibles et marginalisant les connaissances locales et régionales.
Si l’Europe veut être plus forte sur la scène mondiale, elle doit aussi rester forte à l’intérieur. Son budget doit relier les forces de l’Europe et aider davantage de pays à développer leur potentiel », a-t-elle conclu.
Commission européenne et Comité des régions : deux visions opposées de la politique de cohésion
Face à ce discours clair et offensif, la position de la Commission, exprimée par son vice-président exécutif pour la cohésion et les réformes, l’Italien Raffaele Fitto, n’a pas varié d’un iota : « le slogan de cette semaine, “Des régions fortes pour une Europe forte”, me convient parfaitement. Mais il est nécessaire de changer de méthode. Et recentrer la politique de cohésion au cœur de la politique globale de l’UE, pour davantage d’efficacité ».
Une efficacité qui, pour la plupart des orateurs de cette Semaine, et pour la présidente du CdR, « conduira le plus forts à l’emporter, entraînant le déclassement, puis la disparition pure et simple de la politique de cohésion ». Un dialogue de sourds qui n’a pas fini de durer.
Retrouvez ici la synthèse du rapport annuel de l’état des régions et des villes de l’UE.