La Hongroise Kata Tütto nouvelle présidente du Comité européen des régions
Le premier combat qu’elle aura à mener sera de préserver la politique et les fonds de cohésion, qui semblent bien menacés.
Philippe Martin
Elle sera la voix et le visage des régions et des villes d’Europe pour les deux années à venir. En un moment où l’Europe tangue plus que jamais, la Hongroise Kata Tütto (PES) n’a pas cherché à évacuer la responsabilité qui pèse sur ses épaules. Élue locale, ancienne adjointe au maire de Budapest et ancienne présidente de la Commission Environnement du Comité européen des régions, elle a été élue par acclamations à la tête du CdR.
L’Espagnol Juan Manuel Moreno (PPE), président de la Région Andalousie, sera son vice-président et la remplacera à mi-mandat, à la suite d’un accord entre les deux principaux partis qui siègent au Comité.

« Nous serons plutôt deux vice-présidents », a lancé la Hongroise en ouverture des travaux lors de la 164ème session plénière du CdR, le 20 février à Bruxelles. Mais c’est bien elle qui a mené les débats tout au long de cette assemblée. C’est elle qui a remis au maire de Kiev, Vitali Klitschko, le prix du maire Pawel Adamowicz (NDLR : membre actif du CdR et maire de Gdansk assassiné le 13 janvier 2019 alors qu’il prononçait un discours lors d’un événement caritatif), « en reconnaissance de son engagement en faveur de la participation citoyenne et de l’état de droit, même face aux défis extrêmes de la guerre ».
Un prix attribué aux dirigeants locaux – en politique ou dans la société civile – qui luttent contre l’intolérance, la radicalisation, les discours de haine et la xénophobie. Un choix évidemment symbolique en un moment où le sort de l’Ukraine se joue.
C’est également elle qui, en ouverture de la session, a accueilli le nouveau commissaire européen en charge de la politique de Cohésion, l’Italien Raffaele Fitto, dont la nomination avait fait naître de grosses inquiétudes : membre du gouvernement de Georgia Meloni, ministre des Affaires étrangères et européennes, l’ancien président de la Région des Pouilles – et membre à ce titre du CdR – est réputé défendre une vision “recentralisatrice” de la politique de cohésion.
Laquelle pèse, faut-il le rappeler, 392 milliards d’euros pour le cadre financier pluriannuel 2021-2027, soit plus du tiers du budget de l’UE, constituant une ressource capitale pour l’investissement des régions et des villes européennes et donc, françaises. Une ressource bien menacée alors que l’Europe risque de devoir consacrer davantage de financements à sa politique de défense et aux budgets militaires dans les mois et les années à venir.

Derrière les sourires de façade, Raffaele Fitto a-t-il rassuré les élus du CdR ? Il a certes rappelé l’avis de la Commission européenne, publié quelques jours auparavant et rappelant « qu’une politique de cohésion et de croissance renforcée, avec les régions en son centre, devra être conçue et mise en œuvre en partenariat avec les autorités nationales, régionales et locales ». Et le commissaire italien de souligner que « Commission et Comité des régions font face aux mêmes défis. Il est important de travailler à une position commune, d’unir nos voix dans la défense de la politique de cohésion, et pas seulement de débattre ».
Mais il a martelé aussi que « la politique de cohésion doit s’adapter aux moyens actuels de l’Europe, en améliorant la coordination entre les échelons nationaux et régionaux… » Avant de recevoir des mains de la présidente Kata Tütto un maillot de la “team cohesion”, symbole d’unité »… en attendant la suite.
Car il est certain que les faits et gestes du nouveau commissaire européen seront observés de près dans les semaines à venir. Recentraliser, voire rétrécir la politique de cohésion, porterait un rude coup à la capacité qu’ont les régions et les villes d’Europe – et pas seulement les plus pauvres – à poursuivre leurs politiques d’investissement en faveur du climat, ou de développement économique ».
Trois priorités… plus l’Ukraine
La présidente du CdR avait d’ailleurs rappelé « le rôle essentiel de la politique de cohésion », en insistant sur « le concept de décentralisation : « Nous, au Comité européen des régions, sommes ceux qui relient les politiques européennes au terrain. Nous réalisons des politiques complexes, apportons du bon sens et de l’innovation locale dans le processus décisionnel de l’UE. Nous sommes une équipe de solutionneurs de problèmes. »

Ce qu’avait auparavant démontré le rapporteur sur l’impact de la politique de cohésion, le vice-président de la Région des Hauts-de-France François Decoster, qui dans un brillant rapport, a rappelé l’action et les résultats du CdR au cours de la précédente mandature, qu’il s’agisse de soutien à la démocratie locale, de renforcement du processus législatif européen ou d’action pour le climat.
Avant d’en fixer les trois priorités pour le nouveau mandat : « rapprocher l’Europe de ses citoyens, construire des collectivités locales résilientes, maintenir à son niveau actuel la politique de cohésion ». Tout en maintenant son soutien à l’Ukraine, sur lequel le CdR s’est montré très actif depuis le début de l’agression russe.
