Via Mediterra : le Sud de l’Europe veut accélérer sur le rail
Antonin Tabard
Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Catalogne et Ligurie lancent Via Mediterra pour peser sur l’avenir du Corridor méditerranéen et accélérer les grands projets ferroviaires entre Espagne, France et Italie.
Le rail veut changer d’échelle dans le sud de l’Europe. Réunies le 1er octobre à Bruxelles à l’occasion des Connecting Europe Days, l’Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Catalogne et la Ligurie ont lancé Via Mediterra, une nouvelle bannière destinée à renforcer leur coopération autour du Corridor méditerranéen.
De Barcelone à Gênes, avec des prolongements vers Valence et Milan, les quatre Régions veulent faire émerger un arc ferroviaire capacitaire, interopérable et résilient, destiné aussi bien aux voyageurs qu’au fret. Une ambition qui doit notamment permettre de mieux connecter les ports méditerranéens aux grands marchés européens et de réduire la place du transport routier.
Pour Mathieu Grosch, coordinateur européen du Corridor méditerranéen, l’enjeu dépasse les frontières régionales : « Le Corridor méditerranéen entre Barcelone, Perpignan, Marseille et Gênes n’est pas périphérique, mais central pour l’avenir des transports en Europe. » Il appelle notamment à renforcer la coopération entre États, Régions, ports, gestionnaires d’infrastructures et opérateurs.
Les lignes nouvelles françaises au cœur du projet
En France, Via Mediterra doit notamment servir à accélérer les deux grands projets de lignes nouvelles du Sud. La Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) constitue un maillon stratégique pour assurer la continuité ferroviaire vers l’Espagne.
« Avec Via Mediterra, nous faisons le choix de nous unir pour défendre une ambition ferroviaire à la hauteur des enjeux de nos territoires et de l’Europe », souligne Carole Delga. La présidente de l’Occitanie défend également une connexion entre les façades méditerranéenne et atlantique grâce à la Ligne nouvelle du Sud-Ouest.
Même logique en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur (LNPCA) doit contribuer à rapprocher les métropoles régionales du réseau européen. « Nous franchissons une nouvelle étape pour faire du Corridor méditerranéen une véritable colonne vertébrale ferroviaire du sud de l’Europe », estime son président de Région, Christian Estrosi.
Fret, ports et financement européen
En Catalogne, l’un des enjeux prioritaires concerne le fret. Manel Nadal, secrétaire à la mobilité et aux infrastructures de la Generalitat de Catalunya, défend notamment la création d’une voie à écartement international dédiée entre Vilamalla et Portbou. L’objectif : fluidifier le trafic voyageurs, améliorer la compétitivité du rail et favoriser le transfert des marchandises de la route vers le ferroviaire.
Côté italien, la Ligurie mise sur la connexion entre ses infrastructures portuaires et les grands marchés européens. « Des infrastructures et des liaisons ferroviaires efficaces sont des conditions essentielles pour renforcer la compétitivité du système portuaire ligure », rappelle Massimiliano Nannini, chef de cabinet du président de la Regione Liguria.
La bataille sera aussi financière. Les quatre Régions veulent mobiliser davantage les dispositifs européens, notamment le Connecting Europe Facility, pour soutenir les projets prioritaires et résorber les principaux goulets d’étranglement du corridor.
Après Bruxelles, la prochaine étape de Via Mediterra est fixée à Marseille, en février 2027, avec l’objectif de passer progressivement de la coordination politique à la réalisation concrète des infrastructures.