Face aux attaques, l’ADEME rappelle son rôle dans la transition énergétique
Plusieurs agences de l’État ont subi ces derniers jours un tir de barrage de la part d’un certain nombre d’élus, notamment de droite, leur reprochant leur action, voire parfois leur existence. C’est notamment le cas de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), remise en question par le président du Sénat Gérard Larcher qui a dénoncé « une dotation de plus de 4 milliards et un effectif de 1.100 équivalents temps-plein, posant la question de l’efficacité de la dépense publique ».
Philippe Martin
Même son de cloche chez Valérie Pécresse. La présidente (LR) de la Région Île-de-France a proposé de supprimer cette agence de l’État, suggérant que l’on confie son action et ses compétences, ainsi que ses ressources, directement aux Régions, de manière à « supprimer tous les frais fixes et les frais de structure ».
« des attaques teintées de populisme et de démagogie »
Rétorquant vivement à ces discours, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a déploré de son côté, « des attaques teintées de populisme et de démagogie », rappelant que « Parmi les personnels, de l’ADEME, près de 700 sont en appui de mairies ou de collectivités locales pour des missions précises sur la transition écologique. Les dépenses de fonctionnement hors personnel de l’ADEME c’est… 25 millions d’euros ! »
Mais c’est évidemment de l’ADEME elle-même qu’est venue la réponse la plus détaillée. Dans un long communiqué, l’Agence rappelle d’abord que ses ressources « servent exclusivement à des initiatives concrètes et bénéfiques pour la transition écologique ».
Elle souligne ainsi avoir l’an dernier « apporté son expertise et des financements aux entreprises et aux collectivités à hauteur de 92 % des 3,5 milliards d’euros gérés pour le compte de l’État, notamment dans le cadre du programme France 2030, du fonds vert et du fonds chaleur : 1,6 milliard d’euros pour soutenir la décarbonation des entreprises industrielles à travers des programmes comme France 2030 ; 820 millions d’euros dédiés aux collectivités et entreprises pour développer les réseaux de chaleur et promouvoir la production de chaleur renouvelable via le Fonds Chaleur ; 300 millions d’euros pour accompagner des projets de gestion des déchets et d’économie circulaire ; 110 millions d’euros pour aider les entreprises agricoles et forestières à s’adapter aux conséquences du changement climatique ; 128 millions d’euros pour financer des projets des collectivités via le Fonds Vert, notamment le traitement des friches ou la réindustrialisation des territoires ».

Grâce à un maillage de proximité, l’ADEME « déploie la transition écologique sur l’ensemble du territoire français. L’articulation entre les équipes du siège et celles des directions régionales renforce la capacité à agir sur les territoires et contribue à la cohérence entre les politiques de l’État et celles des collectivités et des entreprises.
Elle soutient ainsi activement les entreprises dans leur transition vers des modèles durables, en finançant la décarbonation des secteurs industriels à fort impact et en accompagnant des projets d’innovation technologique dans des secteurs stratégiques, tels que les énergies renouvelables ou les technologies bas carbone, afin d’accélérer la transformation écologique du tissu économique français.
Parallèlement, l’ADEME intervient en proximité auprès des collectivités locales, en finançant des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques des territoires, comme les réseaux de chaleur ou les projets de biomasse.
Loin d’être uniquement un opérateur de financement, l’ADEME est l’opérateur de l’Etat qui développe une expertise dans la plupart des domaines de la transition écologique, notamment en matière de décarbonation, de sobriété, d’adaptation au changement climatique et de gestion des déchets. »
Une gestion rigoureuse et transparente
« La gestion des fonds par l’ADEME repose sur des processus rigoureux, garantissant leur efficacité et leur traçabilité.
Chaque projet soutenu fait l’objet :
• D’une évaluation préalable approfondie, pour s’assurer de sa pertinence environnementale, économique et sociale ;
• D’un suivi continu, avec des indicateurs précis permettant de mesurer l’impact des actions financées. ;
• D’un contrôle renforcé par des instances internes et externes comme l’inspection générale des finances et la Cour des Comptes, assurant que les fonds publics sont utilisés de manière optimale et conforme aux priorités fixées par l’État. »
« une expertise nationale reconnue et ancrage territorial puissant »
Et son président-directeur-général Sylvain Waserman de conclure :
« La force de l’ADEME réside dans son modèle unique, combinant une expertise nationale reconnue et ancrage territorial puissant. Cet équilibre permet de déployer des investissements stratégiques au cœur des territoires, tout en garantissant une cohérence nationale pour répondre aux enjeux climatiques. Nous soutenons les collectivités, les ONG et les entreprises avec rigueur, transparence et impacts mesurables.
Nous faisons confiance au gouvernement et au Parlement, dont les prérogatives démocratiques font d’eux les seuls souverains de l’évolution de nos missions. Au sein de l’ADEME, nous restons déterminés à poursuivre nos actions en faveur d’une transition écologique ambitieuse au service de tous les Français. »
Sylvain Waserman :« Les solutions viennent des territoires »
Dans le n°172 de Régions Magazine (septembre 2024), Sylvain Waserman avait donné une longue interview à notre revue. En voici quelques extraits :
Régions Magazine : Vous avez été nommé à la tête de l’Ademe en juillet 2023. Pouvez-vous, en quelques mots, en rappeler les missions fondamentales ? Et en définir les principales actions ?
Sylvain Waserman : L’Ademe a deux missions fondamentales. D’abord éclairer et inspirer les politiques publiques en matière environnementale. Nos 500 chercheurs et ingénieurs fournissent des analyses, des chiffres, des méthodologies qui aident à la prise de décisions, qu’elles soient locales ou nationales, dans ce domaine.
La deuxième mission, c’est d’accélérer la transition écologique, partout où c’est possible. Nous y travaillons avec les Régions, avec les métropoles, avec les villes et les villages de France.
En ce qui me concerne, et comme nous sommes dans le concret, j’ai besoin d’être sur le terrain pour me nourrir des expériences locales, ou les enrichir. Depuis ma nomination, j’ai effectué 41 déplacements en un an, des déplacements parfois longs, où j’ai pris le temps de rencontrer les élus, les acteurs économiques, et bien sûr les équipes de l’Ademe qui sont constamment sur le terrain. Et j’ai eu confirmation de ce que je pensais déjà en tant qu’élu local, et que maire de Quatzenheim (NDLR : commune de 800 habitants dans le Bas-Rhin) : les solutions viennent des territoires.
« notre ADN : une idée qui vient du terrain, l’expertise de l’Ademe pour faire avancer les choses »
J’ai souvenir d’un village alsacien – et je ne prends pas cet exemple parce que c’est ma région d’origine ! – dont la maire m’expliquait qu’elle avait fait construire une salle municipale à ossature bois, parfaite au niveau du développement durable. Elle voulait à présent installer des panneaux solaires sur le toit pour la rendre autonome sur le plan énergétique. Le dossier était bloqué car l’architecte lui disait que c’était interdit. Or c’était totalement faux !
Nous l’avons aidée à faire sauter le verrou. C’est une parfaite illustration de notre ADN : une idée qui vient du terrain, l’expertise de l’Ademe pour faire avancer les choses.
RM : Vous travaillez beaucoup avec les Régions, et l’Ademe est d’ailleurs présente sous forme d’une direction régionale dans chacune de nos régions. Comment les choses se passent-elles ?
SW : J’ai rencontré tous les présidents de Région, les vice-présidents en charge de la transition. Avec eux, nous avons établi une liste de six priorités. J’en retiens deux.
D’abord, avoir sans cesse à l’esprit l’efficacité carbone de l’euro investi. Il faut que nous puissions mesurer en permanence l’efficacité énergétique des politiques publiques. Les Régions adhèrent désormais à cette démarche.
Il s’agit donc de faire bénéficier au maximum les conseils régionaux, comme les autres collectivités, de la richesse de l’expertise de l’Ademe. Pour améliorer les passerelles, nous avons créé un réseau, “Elus pour agir”. Nous leur demandons, pour travailler ensemble, deux heures tous les trois mois, et une journée par an. Et croyez-moi, pour le maire d’une petite ville, c’est déjà beaucoup !
« un lien constant entre la vie des territoires et l’efficacité des politiques énergétiques »
L’idée est d’établir un lien constant entre la vie des territoires et l’efficacité des politiques énergétiques. Je vous donne un exemple : un maire décide de planter des arbres dans sa commune. Mais faut-il planter des arbres pour les trois ans à venir, où pour les trente prochaines années, en tenant compte de l’évolution climatique ?
Un autre axe de notre action consiste à soutenir les entreprises dans leur démarche de décarbonation, en leur permettant d’évaluer avec précision leur stratégie bas-carbone. Pour cela nous avons créé ADEME-ACT (NDLR : pour “ Accelerate Climate Transition”). Cette démarche s’adresse aussi bien à de grosses sociétés qu’à des ETI ou des PME.
Il s’agit de les aider à faire face aux obligations environnementales qui seront renforcées dès 2026, à les aider à monter leur plan de décarbonation à l’horizon 2035-2040 en évaluant leur solidité, à les rendre plus vertueuses pour bénéficier plus facilement des soutiens bancaires…
Nous apportons un regard objectif sur leur plan de décarbonation. Et nous fournissons également des formations, comme nous sommes en train de le faire avec l’Agence de développement de la Normandie. Nous avons multiplié par 10 le nombre de nos formations, à destination des entreprises, des consultants.
Et pour en revenir à votre question, je le répète, les régions, comme d’ailleurs les métropoles, sont nos partenaires naturels, au cœur de nos préoccupations stratégiques. Que l’on pourrait résumer ainsi : comment être le premier pays où chaque région peut accompagner ses entreprises dans leur processus de transition énergétique ?
RM : Même s’il est évidemment difficile de choisir, pouvez-vous donner trois exemples significatifs de coopération entre l’Ademe et les régions ?
Je vais simplement prendre trois des dernières expériences que j’ai vécues. En Bretagne, en accord avec le président Loïg Chesnais-Girard, nous venons d’accorder une aide à une scierie en Ille-et-Vilaine, une entreprise familiale qui met en place une stratégie de long terme en matière de décarbonation, permettant au passage de créer 15 emplois.
Dans les Hauts-de-France, en dialogue renforcé avec le président Xavier Bertrand, nous allons nous impliquer davantage dans la stratégie Rev-3 mise en place depuis des années par la Région, et qui a donné des résultats très spectaculaires.
En Occitanie, je viens de visiter avec la présidente Carole Delga les installations de Port-la-Nouvelle. En tant que bras armé de l’État, l’Ademe accompagne depuis le début la filière de l’éolien marin.
Et puis je dirais quand même un mot de ma région d’origine, le Grand Est, avec qui nous avons mis en place Climaxion, s’appuyant sur la mise en place d’un guichet unique pour les entreprises. C’était une première en France, qui fait travailler ensemble depuis des années, les équipes de la Région et celles de l’ADEME. Une réussite qui a été largement reprise depuis !
