Protéger la forêt guyanaise
Pierre Adrien
Confrontées à de nombreux défis, les immenses étendues forestières de la Guyane vont bénéficier d’un nouveau laboratoire de recherche, destiné à préserver ce précieux écosystème.
Avec près de 8 millions d’hectares de forêt tropicale humide, dont 6 millions gérés par l’ONF, la Guyane abrite plus de la moitié de la surface forestière métropolitaine. Ces forêts jouent un rôle majeur dans le stockage du carbone, la conservation de la biodiversité et l’approvisionnement en bois pour la filière locale.
Dans ces étendues se cache par ailleurs une biodiversité d’exception : plus de 1.800 espèces d’arbres recensées, et jusqu’à 400 espèces différentes sur un seul hectare. Mais ces forêts sont aujourd’hui confrontées à une série de défis majeurs. Des dépérissements massifs, avec 40 à 80 % de mortalité observée sur certaines parcelles, illustrant l’impact direct du changement climatique. La progression d’espèces exotiques envahissantes qui pourrait compromettre la régénération naturelle après des catastrophes, comme cela a été observé à Mayotte après le cyclone Chido. Ou encore une exploitation concentrée sur seulement quatre essences de bois, limitant la résilience économique et écologique du territoire.

Il faut évidemment y ajouter l’orpaillage, qui conduit les chercheurs d’or à utiliser massivement le mercure dans leur exploitation illégale, contaminant rivières et forêts, sans même parler des dangers pour la santé humaine.
Face à ces phénomènes, la production de connaissances scientifiques et leur transfert vers les gestionnaires sont essentiels. D’où l’importance de la convention, signée à l’occasion du dernier Salon de l’Agriculture, entre l’Office national des forêts (ONF) et l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE).
Cet accord, finalisé par Valérie Métrich-Hecquet, directrice générale de l’ONF et Philippe Mauguin, président-directeur général d’INRAE, en présence de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, crée pour les six années à venir le laboratoire partenarial associé (LPA) “GeFoG–Gestion des forêts de Guyane”, adossé à l’UMR EcoFoG (unité mixte de recherche Écologie des forêts de Guyane).
Trois priorités
Ce laboratoire a pour objectif de « rapprocher recherche et gestion opérationnelle, pour construire des trajectoires durables conciliant préservation des écosystèmes et valorisation raisonnée des ressources forestières en Guyane ». Concrètement, trois priorités ont été dégagées : comprendre la diversité et les enjeux de protection des forêts guyanaises, notamment en améliorant la résilience de la forêt tropicale face au changement climatique ; produire du bois d’œuvre de matière durable ; et mieux connaître et valoriser les bois tropicaux.
Le tout en s’appuyant sur une série de dispositifs déjà en cours, tels ECO2ADAPT (projet Horizon Europe) sur l’adaptation des forêts au changement climatique ; ou Guyafor 2.0 (projet FEDER), un observatoire de la dynamique des forêts de Guyane.

Implanté en Guyane, le laboratoire reposera sur la mise en commun de moyens humains et matériels entre l’ONF et l’UMR EcoFoG. Neuf agents de l’UMR et quatre agents de l’ONF, ainsi que deux volontaires en service civique, seront mobilisés.
La gouvernance est partagée et alternée : la direction sera assurée successivement par un représentant de l’UMR puis de l’ONF, avec un comité scientifique et un comité d’orientation stratégique paritaires.
« Le travail et les efforts menés doivent nous permettre de construire une forêt plus résiliente et plus utile au développement de la Guyane. », a lancé la ministre Monique Barbut. L’enjeu est de taille : seule région ultrapériphérique européenne située sur le continent sud-américain, la Guyane détient aussi des atouts uniques pour devenir un modèle de développement durable. Encore faut-il lui en donner les moyens.
