CAESAR réarme l’industrie régionale
Eric Richard
Avec une production quadruplée depuis le début de la guerre en Ukraine, le fleuron de l’artillerie mobile CAESAR, conçu essentiellement à Bourges, a conquis de précieuses parts de marché auprès d’armées du monde entier.
Si son nom évoque un empereur romain, il ne doit rien, en réalité, à l’auteur de La Guerre des Gaules : CAESAR, comme Camion équipé d’un système d’artillerie, symbolise l’excellence de l’industrie d’armement made in France, et la vigueur retrouvée d’un secteur long-temps en déclin.
Conçu dès le début des années 2000 par ce qui était encore GIAT Industrie, le CAESAR voit ses premiers exemplaires expérimentés par l’armée française, avec l’ambition affichée de séduire à l’export. Très vite, ce pur produit de l’ingénierie française convainc les experts, grâce à ses caractéristiques qui combinent mobilité et précision.
Avec son tube de neuf mètres embarqué sur un camion, le CAESAR compte cinq hommes d’équipage. Sur le terrain, il a la capacité à tirer une salve de trois à six coups en à peine deux minutes, incluant l’ensemble d’une action d’artillerie éclair, que l’armée américaine nomme « Shoot and scoot » (Je tire, je pars).
Le CAESAR et sa grande précision conquiert le monde
Monté sur un camion classique et non un engin chenillé, sa grande mobilité rend difficile le tir de riposte. Mais c’est sa précision quasi-horlogère qui rend le CAESAR plus redoutable encore : avec une portée de 30 à 40 km (selon le type de munitions utilisées), l’impact du tir atteint son objectif dans un rayon de l’ordre de la dizaine de mètres.
Plutôt sobre en carburant comme en opérations de maintenance par rapport aux autres armes mobiles, le CAESAR s’enorgueillit d’un rapport imbattable entre ses missions utiles et son prix.
« Le CAESAR ne gagne pas la guerre tout seul, mais il accélère l’usure de l’ennemi, notamment dans un conflit qui dure », résume un expert militaire.
Un élément de la diversification industrielle
Si sa fabrication implique plusieurs sites de production en France, c’est à Bourges, la ville préfecture du Cher, que le CAESAR fait l’objet de trente opérations d’usinage déterminantes. Ville de tradition dédiée à l’activité militaire et l’armement, Bourges avait subi de plein fouet, dès la fin des années 1990, les conséquences de la professionnalisation des armées, mais aussi du recul des investissements militaires dans un contexte géopolitique alors apaisé. Recul démographique, industrie déclinante, la ville de garnison d’antan semblait vouée à n’être plus que la belle endormie du Berry.
C’était sans compter, avec le regain brutal des tensions internationales après 2020, et ce réveil spectaculaire de la filière. Le canon mobile sort aujourd’hui des ateliers de l’ancestrale canonnerie de la ville, devenu aujourd’hui KNDS France.
« Avec sa haute technologie et sa capacité durable, l’industrie de Défense réaffirme l’ADN industriel de notre région. Elle est un élément de notre diversification », souligne le président de Région, François Bonneau.
L’introduction en bourse dans le viseur
KNDS est né en 2015 du rapprochement entre Nexter, le fabricant français du char Leclerc, et l’Allemand KMW, producteur du char Léopard. Deux orfèvres européens de la défense terrestre réunis pour anticiper le retour en force des besoins d’armement à la surface du globe. Concernant le CAESAR, sa production change de dimension dès le début de la guerre en Ukraine. De deux exemplaires produits chaque mois jusqu’au début 2022, on passe bientôt à six, puis huit pour honorer des commandes sans cesse croissantes. La canonnerie a dû pousser ses vieux murs.
Aujourd’hui, plus de 200 ouvriers sont mobilisés sur les chaînes de produc-tion. On franchit actuellement le cap des 700 unités vendues, et celui des deux milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le CAESAR équipe désormais les armées de membres de l’UE (Belgique, Portugal, République Tchèque, Slovénie, Croatie), mais aussi de pays alliés (Arabie Saoudite, Arménie, Estonie, Lituanie, Ukraine, Indonésie, Maroc, Thaïlande).
Signe révélateur d’une filière en plein rebond économique, KNDS vise une importante levée de fonds afin d’accompagner ses objectifs. Une introduction en bourse pourrait avoir lieu dès cette année, en même temps que les géants américains de la tech comme Open AI ou Space X. Preuve, si besoin était, que l’armement est redevenu un enjeu économique du futur.

Deux maîtres d’œuvre majeurs
En Centre-Val de Loire, plus de 280 établissements économiques relèvent de la filière défense et armement, employant plus de 21 000 salariés. On note, en outre, une présence militaire particulièrement importante sur le territoire : 17 400 personnels militaires ou civils relevant du ministère des Armées travaillent dans la région.
Le tiers de cette activité est concentrée sur le département du Cher et l’agglomération de Bourges, héritière d’une tradition industrielle de l’armement, avec aujourd’hui deux maîtres d’œuvre majeurs: le franco-allemand KNDS, concepteur du CAESAR, mais également MBDA, le leader européen de la conception de missiles et systèmes de missiles.
« Les acteurs régionaux ont un rôle à jouer dans le soutien de la filière. Nous le faisons à travers notre accompagnement à l’innovation, à l’export, et à la montée en compétence », précise Stéphane Girerd, président de Dev’Up, l’agence régionale de développement économique en Centre-Val de Loire, par ailleurs PDG de Toutankamion Group dans le Loiret. Qui n’est autre que le leader européen de la conception et fabrication de cabines poids-lourds et unités mobiles, prestataire du ministère des Armées.




