À Fréland, les militaires se reconstruisent
Charlotte Loiseau
Près de Colmar, à Fréland, une nouvelle Maison Athos pour panser les plaies psychologiques des militaires.
Depuis 2021, le ministère des Armées a mis en place un programme dédié aux militaires blessés psychiquement sur le terrain. Le dispositif Athos consiste en la création de lieux qui accueillent ces anciens combattants, et les aident à se reconstruire socialement et psychiquement. La 6e Maison Athos a été inaugurée en Alsace en décembre 2025.
« Il y a un réel besoin dans le quart nord-est du pays », explique Éric Valent, directeur de la nouvelle Maison Athos basée à Fréland, près de Colmar, et ancien officier supérieur de l’armée de terre. « On estime à environ 600 le nombre de blessés psychiques potentiellement éligibles au programme Athos sur ce territoire, sur un total de 3.000 blessés psychiques au niveau national. »
Ils seraient environ 300, uniquement dans le Grand Est. Un chiffre croissant ces dernières années, car les théâtres d’opérations militaires se multiplient un peu partout dans le monde.
Panser les plaies invisibles
Alors, pour panser les plaies invisibles de ces militaires rentrés d’opérations extérieures avec un syndrome de stress-post traumatique, le ministère des Armées a mis en place le dispositif Athos, entièrement géré par l’IGESA (Institution de gestion sociale des armées). Avec une mission : faire de la réhabilitation psychosociale. Au total, au 30 avril, ils étaient plus de 670 blessés psychiques à avoir bénéficié de ce dispositif (ou à en bénéficier encore) au niveau national. Et parmi eux, depuis décembre 2025 donc, une vingtaine de militaires du Grand Est qui peuvent venir dans l’immense bâtisse de Fréland, située en plein cœur du massif des Vosges.
Ils peuvent y rester une heure, un jour ou même une semaine et dormir sur place. « Nos accompagnateurs travaillent avec eux le bien être, le relationnel, la vie quotidienne, la citoyenneté et l’employabilité », détaille Anne Ortlib, directrice adjointe de la Maison (qui elle, vient du monde civil et du médico-social). Aujourd’hui, 22 personnes sont accueillies à Fréland (20 hommes et 2 femmes), et tous sont suivis selon leurs besoins.
« Il y en a pour qui faire les courses par exemple, c’est difficile, d’autres vont se focaliser sur le sport pour aller mieux, il y en a qui viennent aussi parce que la vie en famille est devenue compliquée », raconte la directrice adjointe qui insiste sur l’importance de la cogestion : « tout se fait et se décide en impliquant les membres ».
Aujourd’hui la 6e Maison Athos espère développer et nouer des liens avec les entreprises locales, mais aussi avec les institutions comme la Région Grand Est. « Nous pensons à l’employabilité et la reconversion de ces militaires blessés, qui pour la plupart ne remettront pas un treillis », confie Éric Valent, avant de conclure : « Notre objectif n’est pas de leur trouver à tout prix un emploi, mais de créer les conditions leur permettant de retrouver leur pouvoir d’agir, malgré la présence de troubles, afin de construire une qualité de vie acceptable pour eux. »




