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Philippe Martin
30/05/2020
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Le président de Régions de France Renaud Muselier en vidéoconférence avec Bruno Le Maire, Agnès Pannier-Runacher et ses collègues présidents de Région. Mais la réunion va tourner court…

Régions-gouvernement : une tribune… et un incident

Les exécutifs régionaux réclament à l’exécutif davantage de pouvoirs et de moyens pour faire face à la crise économique. Mais le dialogue ne s’annonce pas simple…

L’initiative était louable. 19 présidents de Régions et de Collectivités de métropole et d’outre-mer, signant ensemble une tribune dans les colonnes de notre confrère Le Monde, pour exhorter le président de la République à “faire le pari des territoires”. Mais un incident est venu remettre en question cette volonté affichée de travailler ensemble. Petit rappel des faits.

Dans la tribune parue le 28 mai dans Le Monde, à retrouver également sur le site de Régions de France, les patrons des exécutifs régionaux décrivent dans le détail les initiatives prises par les régions tout au long de la crise, et dont nous avons largement rendu compte depuis deux mois et demi sur notre site internet regionsmagazine.com.

Mais les présidents de Région se tournaient aussi vers l’avenir : “Nous sommes prêts, écrivent-ils, à nous engager dans des investissements massifs pour la relance. Nous sommes prêts à écrire avec l’Etat, d’ici à l’été, un accord politique pour cela. Nous sommes prêts à le mettre en œuvre au travers de la nouvelle génération des contrats de plan et à mobiliser massivement les fonds européens dont nous avons la responsabilité et qui se renégocient en ce moment, dans le cadre de l’accord européen initié par la France et l’Allemagne. Pour aller vite, nous sommes prêts à engager avec l’Etat sous trois mois les opérations déjà finalisées dans chacune de nos régions. Et nous sommes prêts à participer au « Ségur de la santé », qui ne peut pas réussir sans les territoires, ces deux mois de crise nous l’ont prouvé !”

Et de conclure : “Nous sommes prêts à une régionalisation active, à ce que les Régions pilotent le service public de l’emploi”, tout en n’oubliant pas de réclamer au passage des moyens supplémentaires : “Mais pour y parvenir, il faut des moyens. Si rien n’est fait, nos régions seront réduites à l’inaction du fait de l’effondrement de leurs ressources. Elles n’ont pas la capacité financière d’absorber ce choc. Leurs investissements pourraient chuter de 21 milliards d’ici à 2026. Elles ont besoin d’un mécanisme d’amortissement que seul l’Etat est en mesure de leur apporter. C’est la première marque de confiance que nous attendons.”

Les présidents de Région raccrochent au nez de la secrétaire d’Etat !

Et c’est là que tout s’est enrayé. Au lendemain de la publication de cette tribune, les présidentes et présidents de Région étaient en visioconférence le vendredi 29 mai avec Bruno Le Maire pour discuter de la coordination de leurs actions sur le plan de relance économique dans une approche constructive. Puis le ministre de l’Économie quitte la réunion pour se rendre chez le président de la République, et les Régions poursuivent ces échanges avec la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher, au moment où tombent les annonces du gouvernement concernant le plan d’aide d’urgence aux collectivités locales. Problème : ce plan  exclut totalement les Régions des mesures adoptées !

Pour Régions de France, au lendemain de la publication d’une tribune dans laquelle les Régions appellent le gouvernement à faire le pari de la confiance, “cette annonce est une réponse en forme de provocation”. Les Régions ont donc immédiatement décidé de quitter la réunion avec le sentiment de l’humiliation et du temps perdu.

Et Régions de France  de protester dans un communiqué : “Qui peut croire une seconde que l’État réussira la relance et parviendra à reconstruire le pays sans les Régions, chefs de file de l’économie dans les territoires . Les services de l’État y sont réduits à peau de chagrin.

Comment comprendre cette annonce alors que gouvernement discute avec les Régions des futurs contrats de plan et des fonds européens dont elles sont les autorités de gestion ?

Le gouvernement a-t-il mesuré les conséquences économiques et sociales de son attitude ?

Et de conclure : “Il y a deux manières de considérer les Régions. Soit comme des partenaires de l’action publique responsables pour reconstruire et développer notre pays, c’est le sens de notre action. Soit comme des entités négligeables dont on peut se passer, et l’État retombera dans ses travers de centralisme inefficace. Nous appelons le Premier ministre à clarifier très rapidement la position du gouvernement.”

Un Edouard Philippe qui, lors de sa présentation à Matignon des différentes aides prévues pour les collectivités, s’est contenté d’affirmer qu’en ce qui concerne les régions, “les discussions pour définir le plan de relance de notre pays se poursuivront au mois de juin, et j’aurai l’occasion de voir au mois de juin l’ensemble des présidents de conseils régionaux”. Pas sûr que ce soit suffisant pour calmer les signataires de la fameuse tribune…

Philippe Martin

Les signataires de la tribune

Rodolphe Alexandre, président de la collectivité territoriale de Guyane ; Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France ; François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire ; Ary Chalus, président de la région Guadeloupe ; Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne ; Carole Delga, présidente de la région Occitanie ; Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté ; Daniel Gibbs, président de la collectivité de Saint-Martin ; Soibahadine Ibrahim Ramadani, président du département de Mayotte ; Stéphane Lenormand, président du conseil territorial de Saint-Pierre-et-Miquelon ; Alfred Marie-Jeanne, président de la collectivité territoriale de Martinique ; Christelle Morançais, présidente de la région des Pays de la Loire ; Renaud Muselier, président de Régions de France et président de la région Sud ; Hervé Morin, président de la région Normandie ; Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France ; Didier Robert, président du conseil régional de La Réunion ; Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine ; Jean Rottner, président de la région Grand Est ; Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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