Régions : le serrage de ceinture va continuer
Philippe Martin
En présentant les chiffres régionaux 2026, la présidente de Régions de France Carole Delga a vivement déploré les « mauvaises surprises » réservées par l’actuel gouvernement.
On n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Alors qu’elle s’apprêtait à présenter les chiffres 2026 des Régions, la présidente de Régions de France Carole Delga a reçu le matin même un simple communiqué de Matignon l’informant d’une décision prise par le gouvernement, selon elle « sans aucune concertation et de manière unilatérale » : la réduction des ressources fiscales de l’État… et des Régions en cas de nouvelle hausse des prix du carburant.
« Avec ce gouvernement, nous ne sommes plus à une mauvaise surprise près », a lancé celle qui est aussi présidente de l’Occitanie, rappelant au passage que « les autres strates de collectivités, et notamment les départements à hauteur de 21Md€ », sont également financées par la TVA et la TICPE visées par l’amendement que le Premier ministre compte inscrire au projet de loi de Finances 2027. « Nous sommes, de nouveau, la cible privilégiée des décisions gouvernementales », alors que les ressources des Régions s’effritent d’année en année.

Il est vrai que la baisse régulière des dotations de l’Etat a conduit les Régions, en même temps qu’un serrage de ceinture drastique sur leurs budgets de fonctionnement, à baisser fortement leurs investissements sur les derniers exercices : « 1,2 Md€ en moins sur les deux dernières années, c’est autant de chantiers en moins pour les BTP, alors que de notre côté nous sommes parvenus à doubler notre budget transports et mobilités en moins de dix ans », a-t-elle poursuivi.
Le budget de la seule région Andalousie est supérieur à la totalité des budgets des 18 Régions françaises
Un chiffre, souvent entendu mais qui vaut la peine d’être rappelé de temps à autre, suffit à souligner l’hypercentralisation de notre pays : le budget de la seule région Andalousie (8,5 millions d’habitants) est supérieur à la totalité des budgets des 18 Régions françaises. Et que l’on sache, l’Espagne, contrairement à l’Allemagne par exemple, n’est pas un Etat fédéral…

« Nous ne pouvons regretter qu’une chose, a surenchéri Stéphane Perrin-Sarzier, vice-président de la Région Bretagne, qui suit également les dossiers financiers pour l’association des régions : c’est une déception permanente de ne pas pouvoir nouer des relations matures avec l’Etat, avec de surcroît un défaut de visibilité qui s’est accentué au cours des dernières années » (voir tableau). Et de rappeler, entre autres exemples, la « suppression pure et simple, et sans la moindre concertation, des crédits dévolus à l’apprentissage, en cours d’année, alors que les budgets étaient déjà construits ».
Si Michel-François Delannoy, directeur du département Appui aux territoires pour la Banque des Territoires (qui a participé à l’étude sur les chiffres régionaux) a assuré les élus du soutien de la Banque publique, « d’une ampleur et d’une intensité inédites », l’inquiétude reste palpable chez les élus régionaux.

Ceux-ci, à l’occasion de leur congrès prévu à Dijon le 3 décembre prochain, vont publier un “Livre blanc” et interroger les candidats à l’élection présidentielle quant à leurs intentions vis-à-vis des régions. La manœuvre s’annonce intéressante : deux d’entre eux au moins ne rêvent que de supprimer les Régions, tout au moins sous leur forme actuelle…
Le chiffre : 15
15 mois, c’est la durée moyenne d’un ministre dans les derniers gouvernements.
15 ans, c’est la durée moyenne d’un élu régional ou local. Pas la même vision de la stabilité, forcément…