Les CESER tracent leur “Chemin d’Avenir”
Alors que leur rôle paraît plus important que jamais, les Conseils économiques sociaux et environnementaux régionaux ont vu leur existence menacée. Leur président Dominique Vienne dévoile leur réaction attendue.
Philippe Martin
Régions Magazine : Au printemps, un certain nombre d’élus et responsables divers ont évoqué la disparition des CESER par souci d’économies, un peu comme s’ils étaient une Agence de l’État. Comment avez-vous réagi ?
Dominique Vienne, président de CESER de France et du CESER de La Réunion : C’est d’autant plus surprenant que notre rôle n’a cessé d’être consolidé par différentes lois depuis notre création en 1982, notamment par la loi NOTRe en 2015, qui nous confie une mission d’évaluation des politiques publiques, et par la loi 3DS en 2022, qui ajoute une fonction de prospective.
Et cela l’est davantage encore si l’on considère cette hypothèse de disparition à l’aune de la volonté populaire de davantage de proximité, de compréhension des politiques locales et d’un élargissement de l’expression citoyenne. Ce sont précisément des valeurs que nous incarnons aux côtés des exécutifs régionaux.
RM : Pouvez-vous être plus précis à ce sujet ?
DV : Pour nos 50 ans en 2022, nous avons voulu reposer et affirmer la démocratie régionale du futur, en articulant trois dimensions : la démocratie élective portée par les conseils régionaux, l’expression des corps intermédiaires représentés par les CESER et la démocratie participative. C’est notre démarche “Chemin d’Avenir”.
Concrètement, notre participation à l’administration régionale se traduit dans la loi sur les budgets ou les schémas, par des avis formulés sur les rapports présentés par l’exécutif alors qu’ils seraient plus efficaces en amont – au stade de l’élaboration des politiques publiques, dans le cadre de propositions. C’est toujours plus fort d’être associé à la fabrication de l’action publique.

Photo CESER de France
En clair, au moment où le Premier ministre Sébastien Lecornu évoque un « acte de décentralisation » pour plus de libertés locales, notre rôle est plus que jamais de contribuer, à notre place de consultatif, à la force des décisions portées par les exécutifs régionaux et à leur acceptabilité par le plus grand nombre. Le climat actuel montre que la confiance et la légitimité des décisions ne s’imposent plus naturellement : elles exigent des pratiques nouvelles pour revitaliser notre démocratie, qu’elle soit nationale ou territoriale.
Notre réflexion « Chemin d’Avenir » doit nous permettre d’apporter notre juste part au renforcement de cette démocratie régionale dans la singularité de chacun de nos CESER. Car, nous le mesurons tous, le besoin de proximité et d’écoute de la part des citoyens n’a jamais été aussi fort.
RM : Quelle est la prochaine étape ?
DV : Au congrès de Régions de France à Versailles, nous partagerons nos conclusions et nos ambitions collectives. « Chemin d’Avenir » doit nous permettre de continuer à ouvrir la voie par nos autosaisines, éclairer la décision publique par nos avis et la rendre plus largement partagée par les acteurs publics et privés du territoire.
En effet, cette confiance nécessaire dans la décision publique passera par une meilleure redevabilité envers celles et ceux qui contribuent à l’élaboration des politiques publiques. Notre ambition est claire : contribuer à une démocratie régionale plus vivante, plus lisible et mieux acceptée, au service des citoyens et de leurs territoires.
Propos recueillis par Philippe Martin
La suite de l’interview est à retrouver dans le n°176 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.
