Le CNFPT accélère sur l’Intelligence Artificielle
Philippe Martin
Le CNFPT met désormais l’accent sur l’IA dans ses formations comme dans ses événements. Explications avec son président Yohann Nedelec.
Les collectivités locales, Yohann Nedelec les connaît bien, et de l’intérieur. Conseiller municipal à l’âge de 22 ans dans sa commune du Relecq-Kerhuon (Finistère), avant d’en être élu maire en 2008, il est aujourd’hui vice-président de Brest Métropole. Depuis avril 2024, il préside également le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), succédant à François Deluga.

A 46 ans, ce navigant de la marine marchande a toujours été passionné par la fonction publique territoriale, et il en accompagne les dernières évolutions, ouvrant notamment le chantier de l’intelligence artificielle au sein d’un organisme qui forme 600.000 personnes chaque année. Il explique comment à Régions Magazine.
Régions Magazine : Pouvez-vous détailler l’offre de formation du CNFPT autour de l’IA ? Notamment le MOOC (cours en ligne) “Les fondamentaux de l’IA” ?
Yohann Nedelec : Depuis 2024, nous avons engagé une stratégie claire. Nous voulons offrir aux collectivités une montée en compétences, centrée sur les enjeux éthiques, organisationnels et de service public liés à l’IA. Notre objectif est de permettre aux agents comme aux dirigeants de comprendre les opportunités et les risques, sans tomber dans une approche uniquement centrée sur les outils.
Le MOOC “Les fondamentaux de l’IA”, mis en ligne en février, répond à cette ambition. En six heures et trois modules, il offre une vision structurée pour une définition et une compréhension des enjeux de l’IA, l’application de cas d’usage dans les politiques publiques ainsi que des réflexions sur des premiers éléments de stratégie pour les collectivités.
Ce format court et accessible a rencontré un succès considérable, avec plus de 37.000 participants sur les deux sessions proposées en 2025. Ce MOOC, dont une session est en cours jusque janvier 2026, a été réactualisé et proposé en formation à distance programmable à la demande dans les collectivités.
Nous développons aussi une offre plus approfondie, notamment à destination des cadres dirigeants. Une formation “Intelligence artificielle : entre éthique et stratégie” est proposée en présentiel pour accompagner les managers dans l’analyse systémique des impacts organisationnels et RH de l’IA.
RM : Comment cette offre s’adapte-t-elle aux agents des collectivités, notamment des Régions qui ont elles-mêmes inscrit l’apprentissage à l’IA et à ses usages au centre de leurs préoccupations ?
YN : Notre action vise à toucher rapidement le plus grand nombre, tout en tenant compte de la diversité des situations territoriales. L’un des enjeux majeurs pour le CNFPT est de limiter les fractures numériques entre collectivités, entre agents et entre territoires, en rendant accessible une offre structurante.
Pour les Régions, qui développent leurs propres stratégies autour de l’IA, nous proposons une offre modulable qui s’intègre facilement dans leurs priorités avec une acculturation large (MOOC, webinaires et événements régionaux) et via des formations plus spécialisées, par métiers ou par politiques publiques. Les modalités de formation sont diversifiées afin de la rendre accessible à l’ensemble des agents (présentiel, distanciel, durées variables d’une à plusieurs heures, ressources pédagogiques consultables à distance en autonomie, etc.)
Cette modularité accompagne la montée en compétences des agents régionaux, dans la diversité de leurs métiers et de leurs profils. Nous proposons une offre sur-mesure, territorialisée, qui connaît une forte croissance depuis fin 2024. Elle peut cibler des publics précis – dirigeants, communicants, RH, etc. – et aborder l’IA soit comme outil, soit comme enjeu stratégique. Lorsque des demandes portent sur des usages concrets (ex. ChatGPT, prompt), nous intégrons toujours une dimension éthique, environnementale et réglementaire.
Nous accompagnons également les encadrants, un public essentiel car l’IA interroge directement leur posture managériale. Il s’agit pour eux d’intégrer l’IA dans les organisations, de mesurer les impacts systémiques sur les emplois, les conditions de travail, la relation aux usagers, et d’éviter de reproduire les erreurs du passé, comme celles rencontrées lors des premières vagues de dématérialisation.
Plus de 40 événements organisés en région
RM : Pouvez-vous revenir sur les différents événements autour de l’IA déjà organisés par le CNFPT, ou à venir ?
YN : L’accompagnement par l’événementiel est un pilier essentiel de notre stratégie, car il permet aux agents de confronter leurs pratiques, de découvrir des retours d’expérience concrets et de partager une culture commune.
Depuis le début de l’année, nous avons organisé une série de webinaires Transition numérique consacrés à l’IA. Ils ont réuni plus de 1.800 agents autour d’enjeux fondamentaux : culture générale, éthique, droit, écologie, développement de l’esprit critique vis‑à‑vis des productions des IA génératives. Un pic de plus de 800 inscrits a été atteint sur le webinaire dédié aux enjeux juridiques. Mis à disposition par la DiNum, un MOOC de 2h30 sur les bases du prompt est par ailleurs déjà accessible.
En parallèle, nous avons lancé au printemps 2025 une opération d’envergure : “IA et territoires”. 40 événements ont été organisés dans toutes nos délégations régionales sous des formats variés : classes virtuelles, journées d’actualité, colloques, formations courtes. Le bilan réalisé cet automne nous permet d’adapter l’offre de formation 2026 en suivant les besoins exprimés. S’ajoutent des webinaires thématiques organisés par nos instituts qui permettent d’aborder l’impact de l’IA au cœur des politiques publiques locales.
Le CNFPT est présent aux grands rendez-vous territoriaux : Rencontres nationales de l’ingénierie territoriale de Toulouse, Entretiens territoriaux de Strasbourg, rencontres techniques des Pôles territoriaux à Morlaix ou encore les Soirées de l’INET dans plusieurs régions. Ces événements jouent un rôle déterminant pour diffuser une culture commune de l’usage éthique et maîtrisé de l’IA.
L’objectif de cette programmation dense est clair pour notre établissement : favoriser la fertilisation croisée, faire circuler les initiatives locales, renforcer les coopérations entre agents, et donner aux collectivités les repères nécessaires pour construire leurs propres stratégies IA.
Propos recueillis par Pierre Adrien
Retrouvez l’intégralité de l’interview dans notre dossier consacré à l’Intelligence artificielle (n°178 de Régions Magazine, actuellement en kiosques).
