Le Centre-Val de Loire salarie ses propres médecins
Éric Richard
Afin de combler les trous béants d’un maillage médical notoirement insuffisant, la Région Centre-Val de Loire a opté pour l’embauche de plusieurs dizaines de médecins salariés. Constat encourageant : depuis 2024, le désert médical n’avance plus.
C’était une « palme » dont le Centre-Val de Loire se serait bien passé : celle du plus grand désert médical de la France métropolitaine, à l’échelle régionale. En 2020, 500 000 habitants de la région ne déclaraient pas de médecin traitant, soit un habitant sur cinq !
Derrière la sécheresse d’un chiffre, de poignantes réalités : des personnes âgées ou isolées privées de soins, des malades chroniques non pris en charge, une précarité sanitaire croissante, et autant de lourdes menaces sur l’évolution de l’espérance de vie. En votant à l’unanimité un « pacte 100 % Santé » en 2022, l’assemblée régionale s’est résolument approprié l’épineuse question de l’offre de soins aux habitants, même si celle-ci ne relevait pas directement de sa compétence. « Il s’agissait d’apporter des réponses fortes et de mettre en œuvre des dispositifs expérimentaux afin de répondre aux besoins de court, moyen et long termes », rappelle François Bonneau, le président de Région.
Parmi ces dispositifs, l’installation de médecins salariés au sein de Centres régionaux de santé implantés dans les secteurs les plus en tension, ruraux ou urbains, pour l’offre de soins.

Avec désormais plus de 70 praticiens exerçant dans 20 centres régionaux, ce salariat médical a d’ores et déjà permis à plus de 20 000 habitants de retrouver un médecin traitant. En complétant le maillage de la médecine libérale de ville ou des Maisons de santé pluridisciplinaires, le dispositif contribue à ce constat encourageant : depuis 2024, le nombre de médecins généralistes a cessé de décroître dans la région, pour la première fois depuis de longues années.
Pour la gestion de ces centres médicaux régionaux et de leur personnel, la Région a créé en 2020 un Groupement d’intérêt public, le GIP Pro Santé. En charge des recrutements, de la gestion des centres, des conventionnements avec les caisses d’assurance maladie, et bien sûr des rémunérations, le GIP exempte les praticiens de toute charge administrative.
Leur salaire ? Il est indexé à la grille de la fonction publique hospitalière, soit une rémunération brute mensuelle (sur la base d’un temps plein) comprise entre 5 000 et 10 000 euros environ, en fonction du profil et de l’expérience.
Qualité de vie, qualité de soins
À temps plein (jusqu’à 39 heures hebdomadaires) ou partiel, les praticiens recrutés présentent les profils les plus divers : jeunes docteurs ou médecins seniors en cumul emploi-retraite, forts pour certains d’une expérience dans la médecine libérale, dans la fonction publique et la médecine du travail pour d’autres… Beaucoup se félicitent ouvertement de leur choix.
« J’ai trouvé ici un environnement d’une qualité que je n’avais pas avant, et les 200 kilomètres de distance ne sont pas un obstacle », reconnaît le Dr Michèle Gatard, qui cumule un mi-temps en région parisienne et un autre au centre de santé d’Henrichemont, un village du Cher où elle s’est installée.
Pour le Dr Christophe Delesalle, praticien salarié à Buzançais (Indre) après avoir longtemps exercé en libéral, il y a la satisfaction de pouvoir se consacrer pleinement à la médecine. « Je n’avais plus envie du contact avec les caisses, de la gestion des charges de cabinet, si chronophages… Je retrouve toute ma vocation de médecin traitant ».

« Je peux consacrer ici 20 minutes à chaque patient. C’est une qualité de soin objectivement supérieure », relève encore le Dr Belkacem Otsmane, à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire).
Si le modèle économique du GIP Pro Santé n’atteint pas encore l’équilibre et reste à conforter (selon un rapport de la Chambre régionale des comptes en 2023) et si le développement des structures comme les recrutements n’ont pas encore atteint le rythme initialement prévu, le salariat médical fait son chemin en région Centre-Val de Loire : 15 nouveaux recrutements de médecins sont prévus pour 2026, en plus de l’ouverture de cinq nouveaux centres.







