Déserts médicaux : le combat de François Bonneau
Philippe Martin
Face au manque de médecins en Centre-Val de Loire, le président de Région François Bonneau défend une mobilisation durable : formation, maisons de santé et centres de santé. Un combat qui relève, selon lui, de l’aménagement du territoire.
Il a fait de la lutte contre les déserts médicaux un grand combat, presque personnel. Il est vrai que sa région, le Centre-Val de Loire, est malheureusement en tête d’un triste palmarès, avec 219 médecins pour 1.000 habitants, record de France. C’est pourquoi son président François Bonneau se bat depuis des années, tous azimuts, pour résorber ce retard. Une sorte de « masterclass » de la lutte contre la désertification.

Régions Magazine : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser très tôt à la désertification médicale ?
François Bonneau : Tout simplement le fait que dans la Région que je préside, 30 % des habitants n’avaient pas de médecin référent, et étaient donc privés d’accès aux soins. Une réalité qui repose sur un premier constat : pour résorber ce retard, compte tenu notamment des départs à la retraite des praticiens, il faudrait 500 nouveaux médecins supplémentaires par an. Or seulement 300 étaient formés au CHU de Tours. L’écart continuait donc de se creuser d’année en année.
Comment expliquez-vous cette situation ?
Elle correspond aux très mauvaises décisions politiques prises pendant plusieurs dizaines d’années, qui refusaient de prendre en compte la réalité d’un désert médical grandissant sur le territoire. Pendant toutes ces années, le nombre d’habitants nécessitait la formation de 500 médecins par an alors qu’au mieux 300 étaient diplômés à Tours.
Déficit net : 200 médecins manquaient à l’appel chaque année, et il faut savoir que 60 % des médecins s’installent dans les régions dont ils sont originaires. L’insuffisance de médecins formés a eu, dans ces conditions, des effets directs sur la présence de médecins sur le territoire ! C’est pourquoi la Région a décidé la mobilisation générale.
Comment avez-vous réagi face à cette situation ?
Le premier combat était donc d’arracher la création d’une fac de médecine et d’un Centre Hospitalier Universitaire à Orléans. Cette décision nous l’avons obtenue de Jean Castex, Premier ministre, en février 2022 avec une ouverture de la première année de médecine à Orléans dès septembre 2022.
Le deuxième combat a été de multiplier la création de Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP) partout en région. Nous en avons aujourd’hui 148, avec un investissement public État-Région à hauteur de 50 % pour la construction.
Aujourd’hui 570 médecins travaillent dans ces Maisons qui regroupent, au total, plus de 2.000 professionnels de santé, kinésithérapeutes, infirmiers…. De plus la Région a engagé avec le « GIP PRO SANTÉ » la création de 21 centres de santé et engagé plus de 70 médecins salariés implantés sur les territoires particulièrement carencés en présence médicale.
Le troisième combat est celui de l’accroissement du nombre de soignants formés en Centre-Val de Loire. Sous la responsabilité de la Région, nous avons déployé un plan massif d’accroissement des formations partout sur le territoire.
Les infirmiers et infirmières entrant en formation sont aujourd’hui plus de 1.600, contre 1.200 il y a dix ans, avec un objectif 2028 à 1.800.
Le nombre de de masseurs kinésithérapeutes est passé de 45 à 150 sur décision de la Région, et grâce à une augmentation considérable du budget que la Région consacre à ces formations. Nous avons engagé l’extension ou la reconstruction des IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) avec un effort d’investissement de plus de 100 M€.
« Face aux carences, la région a décidé la mobilisation générale ! »
Aujourd’hui ce combat est-il terminé ?
Absolument pas et il s’intensifie ! Notre objectif – et François Bayrou, alors Premier ministre, s’y était engagé – est d’avoir une 1ère année de médecine dans chacun des six départements que comprend la région. Nous voulons par ailleurs améliorer l’accueil des internes en médecine dans nos hôpitaux, en créant des « résidences Pro Santé », des foyers pour stagiaires disponibles à proximité des hôpitaux, des IFSI.
Comment appréciez-vous la démarche de l’État qui labellise 1.700 MSP en les rebaptisant Maisons France Santé? N’y a -t-il pas un risque de télescopage (ou de récupération) par rapport à l’action menée par les Régions depuis des années ?
Sur tous ces objectifs, nous travaillons en transparence avec les ARS (Agences régionales de santé), pour fixer avec le maximum de précision les besoins à venir en matière sanitaire, et faire coïncider l’offre et la demande. Par ailleurs mettre le mot « France» sur des dispositifs qui existent déjà semble être une préoccupation générale de l’État !
Ce qui est beaucoup plus important et pour nous essentiel, c’est que l’État dont c’est la responsabilité, s’engage fortement et dans la durée sur ces questions capitales pour nos concitoyens C’est là-dessus que l’on pourra juger sa véritable détermination.
Propos recueillis par Philippe Martin
Jeunes médecins : incitation ou contrainte ?
Régions Magazine : La ministre de la Santé Stéphanie Rist s’est prononcée contre la proposition de loi du député Guillaume Garot, votée en mai dernier par l’Assemblée nationale (NDLR : mais toujours pas adoptée par le Sénat), créant notamment une « autorisation d’installation de nouveaux médecins » accordée par les ARS ?
François Bonneau : D’abord je trouve courageuse la démarche transpartisane de Guillaume Garot. Ensuite, il faut reconnaître qu’il est difficile de réguler sans poser des règles très claires. Si la meilleure solution reste l’incitation, l’État ne peut pas et ne doit pas rester passif quand une part importante de la population est privée de fait de l’accès à un médecin.
Faute de médecins généralistes en nombre suffisant (et la situation est encore bien pire pour certaines spécialités), les jeunes couples ne viendront pas s’installer, les personnes avancées dans l’âge et atteintes de pathologies en partent. C’est un vrai sujet d’aménagement du territoire.







