IA : 100 000 agents à former d’ici 2030
Philippe Martin
L’État et la Banque des Territoires s’associent pour déployer l’intelligence artificielle dans les collectivités.
Elles n’ont plus vraiment le choix : les collectivités passent, les unes après les autres, à l’utilisation massive de l’intelligence artificielle. Mais elles le font le plus souvent sans formation dédiée, ou comme le dit Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, « en ordre dispersé ». Ce qui risque de nuire à l’efficacité de la manœuvre. D’où l’initiative que vient de prendre la Banque, associée pour le coup avec l’État et avec une « start-up» française, Mistral AI, pour améliorer la formation des agents dans ce domaine de pointe.
À l’occasion du Printemps des Territoires, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a en effet annoncé une collaboration autour du programme « Territoires d’IA » afin de partager cas d’usage, expertises et retours d’expérience du déploiement de l’IA dans les services publics. La direction interministérielle du numérique (DINUM), future Autorité de l’intelligence artificielle et du numérique de l’État (Ariane), siégera au comité partenarial du programme. L’objectif est ambitieux : former 100 000 agents publics locaux d’ici 2030.
Les collectivités territoriales et les services de l’État servent les mêmes citoyens et exercent des métiers proches : instruction des demandes d’aides, gestion d’infrastructures, traitement des signalements, simplification des actes administratifs. La coopération entre l’État et la Banque des Territoires reposera donc sur trois axes complémentaires :
- Partage des cas d’usage et des retours d’expérience entre l’État et les collectivités : les expériences accumulées de part et d’autre constituent un patrimoine Trois premiers cas d’usage doivent être testés prochainement : des assistants IA dédiés aux secrétaires généraux de mairie dans le Grand Est, pour automatiser la veille juridique ; la détection et la gestion des anomalies routières, dans le département de la Côte-d’Or ; l’analyse et l’orientation des demandes des usagers vers les bons services, développée par Bordeaux Métropole pour améliorer le traitement des alertes sur la voie publique.
« Les solutions éprouvées par l’État auront vocation à inspirer les collectivités, tandis que les innovations issues des territoires enrichiront les travaux de l’administration. Des solutions documentées, portables et redéployables pourront être développées, constituant ainsi des biens communs au service de l’ensemble des agents publics », expliquent les concepteurs du projet.
- Souveraineté numérique : l’État dispose d’une expertise consolidée en intelligence artificielle souveraine, notamment grâce au socle interministériel d’IA générative (SIIAG). Cette expertise sera partagée avec le programme « Territoires d’IA » afin d’enrichir l’accompagnement que le programme proposera aux collectivités.
- Connaissance partagée de l’éco-système IA : l’État et les collectivités partageront leur connaissance de l’écosystème de l’IA, notamment celle qu’a construite la DINUM à travers l’appel à manifestation d’intérêt « Solutions d’IA pour le secteur public » et la veille permanente de ses équipes.
Contourner Google et Amazon
La Banque des Territoires pourra également bénéficier de la connaissance issue de la structuration future de la BITN (base industrielle et technologique du numérique) dans le cadre de la future ARIANE. La DINUM (future Ariane) siègera au comité partenarial du programme. Pour David Amiel, « l’État s’engage pleinement aux côtés de la Banque des Territoires pour faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté et de modernisation pour tous nos administrations publiques. Nous faisons le choix d’une IA souveraine, éthique et au service de tous les agents publics. »
À noter que le 4 mai dernier, un partenariat a été noué entre le groupe Caisse des Dépôts et la société française Mistral AI, créant une plateforme baptisée « IA Factory », dans le but de « bâtir un numérique souverain, responsable et de confiance ».
« Notre partenaire Mistral va mettre ses outils souverains à la disposition de cette IA Factory », a précisé Antoine Saintoyant, en présence du dirigeant et cofondateur de Mistral Arthur Mensch, reconnaissant au passage que « la diffusion de l’IA s’accélère de façon fulgurante, mais aussi en ordre dispersé ».
Car comme l’affirme Dorothée Lebarbier, présidente directrice générale du groupe Altitude (télécommunications et développement informatique), « si les collectivités locales continuent de prendre des messageries Google ou d’aller héberger leurs données chez Amazon, il n’y aura jamais de souveraineté en France ». L’idée est donc bien d’y remettre de l’ordre, et par surcroît, en s’appuyant sur une société française. Bref, d’ajouter de la souveraineté à l’efficacité.
18 Md€ pour « Horizon Numérique 2030 »
Le programme Territoires d’IA s’inscrit dans le plan stratégique d’envergure « Horizon Numérique 2030 ». Lancé au mois de février par le groupe Caisse des Dépôts, il vise à « accélérer la transformation numérique de l’économie française et européenne et à renforcer la souveraineté technologique du territoire. » Avec une mobilisation de 18 milliards d’euros d’ici 2030, six priorités d’action ont été définies pour bâtir un « numérique souverain, résilient et innovant » : faire émerger des champions européens du numérique ; assembler avec nos partenaires une chaîne de valeur numérique européenne; devenir leader des solutions numériques souveraines pour une résilience plus forte ; accélérer la transition numérique des territoires dans laquelle s’insère « Territoires d’IA » ; renforcer la compétitivité des entreprises par le numérique ; rendre les Français acteurs de leur quotidien numérique.




