Finances locales : un baromètre contrasté
L’AFL a présenté son 7ème baromètre de la santé financière des collectivités. Il y a du mieux, mais ça reste compliqué. Décryptage.
Ce fut un moment assez révélateur à l’occasion des “Territoriades”, organisées comme chaque année par l’AFL, la banque des collectivités locales. L’animatrice Manon Loisel lance à l’assistance, 130 élus, experts financiers et acteurs institutionnels, une simple question : « trouvez-vous que la décentralisation a progressé en France depuis dix ans ? ». Réponse : “non” pour un bon 2/3 du public. Et personne pour répondre “oui”…

C’est dans ce contexte guère favorable à l’autonomie des territoires, que l’Agence France Locale se bat depuis dix ans pour soutenir leurs besoins d’investissement. Avec une originalité, et un indéniable succès.
L’originalité, c’est que cette banque est détenue à 100 % par ses actionnaires, à savoir les collectivités locales. Mieux : pour bénéficier d’un prêt à l’AFL, il faut que la collectivité concernée, de la plus petite commune à la plus grosse région, en soit actionnaire !
Le succès réside tout simplement dans le nombre d’adhérents : 1.300, un chiffre en constante augmentation dans un contexte où l’investissement est pourtant rendu plus difficile que jamais par les contraintes budgétaires imposées par l’Etat. Des crédits qui vont de 5.000 € pour le plus petit, jusqu’à 100 M€ pour le plus gros. Des actionnaires de toutes origines, de la plus petite commune jusqu’à 5 régions de métropole, ou à des territoires d’outremer.
Ces dernières semaines, 29 nouvelles collectivités ont ainsi rejoint l’AFL, dont plusieurs intercommunalités telles que la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte, la Communauté de communes de la Pointe du Raz ou la Communauté de communes des Balcons du Dauphiné…
Dans ce contexte, la présentation du “Baromètre de la santé financière des collectivités”, 7ème du nom, constitue toujours un moment très attendu. Avec à la clef quelques enseignements forts : une amélioration globale, portée par la hausse de l’épargne brute (44,4 Md€) ; un effort d’investissement toujours soutenu, à un niveau élevé (84,5 Md€) ; et un modèle en constante évolution via le recours à l’emprunt, à hauteur de 29,5 Md€. Significatif de la volonté de nos collectivités de continuer à investir pour le bien-être de leurs administrés, malgré un contexte économique atone et une dette de l’Etat qui bat tous les records.
La situation est toutefois contrastée en fonction du type de collectivités. Les départements et les régions apparaissent comme « plutôt en redressement, mais restent fragiles ». Les intercommunalités se portent mieux. Les communes restent sous tension, avec des trajectoires toutefois très différentes selon leur importance, les plus petites bénéficiant de recettes fiscales plus dynamiques que les grandes. Et l’argent coûte de plus en plus cher, alors que la notation de l’Etat ne cesse de se dégrader.
Argent « le moins cher possible »
« C’est pourquoi nous nous battons sur les marchés financiers pour lever de l’argent qui soit le moins cher possible », lance Yves Millardet, président du directoire de l’AFL. Tandis que Yann Doyen, directeur des engagements de la banque des collectivités, complète : « Les collectivités continuent d’investir massivement et d’assumer un rôle central dans l’économie territoriale, mais dans un cadre marqué par l’incertitude et une dépendance accrue à l’endettement. Le véritable enjeu n’est plus seulement le niveau d’investissement, mais sa soutenabilité dans la durée. Ce qui appelle plus que jamais à une lecture nuancée et prudente des équilibres financiers locaux. »
Un investissement massif d’autant plus remarquable que les collectivités ont été particulièrement touchées en 2025 par l’effort financier imposé par l’Etat : Dispositif de de lissage des recettes fiscales (DILICO), gel de la TVA, baisse des crédits du fonds vert, hausse des cotisations des Caisses de retraite : une contribution supplémentaire de 5,4 Md€ au total. Et une cure d’amaigrissement qui, fort heureusement, n’a pas empêché l’ambition et la volonté de continuer à investir… tout en les rendant plus difficiles.
Rappelons au passage que l’AFL est aussi une banque qui… note ses clients, à travers un système de notation qui va de 1 (meilleure) à 7 (dégradée), s’appuyant sur des données telles que la solvabilité, le poids de l’endettement ou encore les marges de manœuvre budgétaires. Heureusement que l’Etat ne s’appuie pas sur la même grille. Ou malheureusement, d’ailleurs.
Un investissement toujours élevé … de plus en plus financé par la dette
En 2025, les collectivités ont maintenu un niveau d’investissement exceptionnel, avec 84,5 Md€ de dépenses d’investissement, dont 66,9 Md€ d’équipement brut (+3,6 %). Mais le modèle de financement évolue : la part de l’autofinancement recule (27 % en 2025 contre 34 % en 2019), tandis que l’emprunt représente désormais près d’un tiers du financement de l’investissement (33 %).
D’ailleurs, après un recours à l’emprunt de 27 Md€ en 2024, l’exercice 2025 marque un nouveau record avec 29,5 Md€ d’emprunts nouveaux. Cette dynamique se traduit par une hausse de l’encours de dette, qui s’établit désormais à 225,8 Md€ (+4,6 %). Au cours du mandat écoulé, l’endettement progresse beaucoup plus vite que les dépenses d’investissement : +57,1 % pour l’emprunt depuis 2019, contre +22,4 % pour l’investissement sur la même période.
Retrouvez ici le baromètre 2026



