Environnement : La Bretagne fait des réserves
Benoît Tréhorel
D’ici 2030, la Région Bretagne souhaite créer sept nouvelles réserves naturelles régionales. Elle en comptera alors 18. Objectif ? Mieux encadrer les usages et préserver les milieux naturels.
On l’appelle désormais «la Route des Grenouilles ». Fermée définitivement à la circulation fin 2021, par la volonté des élus locaux, cette portion de la RD28 s’étire en ligne droite sur 800 mètres, à la sortie du bourg de La Poterie, commune de Lamballe-Armor (Côtes d’Armor).
L’hiver, en période de reproduction, grenouilles, salamandres et autres tritons quittent leur habitat pour rejoindre les mares situées à 1,5 kilomètre de là, de l’autre côté de ce long couloir d’asphalte. Après étude sur la mortalité des amphibiens, causée par un dense trafic routier, la décision d’interdire son accès à tout véhicule à moteur a donc été prise. Une première en France. Ce, malgré la résistance farouche d’une partie des habitants. Depuis février dernier, les grenouilles ne profitent plus seulement d’une route pour crapahuter en toute sécurité, elles disposent carrément d’une aire protégée. En effet, la Région Bretagne a classé le territoire des landes de La Poterie, soit quelque 160 hectares, en réserve naturelle régionale. Le but ? Mieux encadrer ses usages et, surtout, préserver sa riche biodiversité et ses milieux naturels composés de landes, mares, prairies, haies et bois. Plus de 800 espèces végétales et animales, parfois rares et pour la plupart vulnérables, y ont été recensées. Citons la bruyère cendrée, la fougère aigle ou l’ajonc de Le Gall, côté flore. Le triton de Blasius, la salamandre tachetée ou le bruant jaune, côté faune.
La Bretagne compte 11 réserves naturelles déjà classées
Classée pour une durée de dix ans renouvelables, cette réserve est la 11e du nom en Bretagne. La première, le Sillon de Talbert, situé près de Paimpol, avait été protégée en 2006. Objectif de la Région qui leur consacre 800 000 euros par an ? En compter 18 d’ici 2030. Ce coup d’accélérateur témoigne d’une volonté de trouver un équilibre entre activités humaines (agriculture, tourisme, sport, parc éolien, etc.) et protection des milieux fragiles. Amélioration des connaissances et éducation à la nature faisant également partie des enjeux de la démarche.
Cette dynamique se voit, par ailleurs, renforcée par le dispositif Breizh Natur’Adapt, lancé en 2025, sur le modèle des programmes européens Life. Il vise à répondre aux besoins des gestionnaires de ces réserves naturelles face aux défis du changement climatique.