Défense : Les Hauts-de-France misent sur les drones
Brianne Huguerre-Cousin
Avec leur « Pass drones », les Hauts-de-France entendent accompagner le développement à des fins militaires d’entreprises locales spécialisées dans les appareils sans pilote.
Ils peuvent voler jusqu’à 400 kilomètres par heure. Les drones de la société Asterodyn, basée à Hauteville dans le Pas-de-Calais, sont initialement utilisés pour suivre et filmer les athlètes de l’extrême, comme les skieurs ou les parachutistes de wingsuit. De quoi permettre une prise d’image optimale sur un périmètre de 30 kilomètres. Créée en août 2024, l’entreprise prévoit aujourd’hui de se diversifier, grâce notamment à l’aide financière « Pass drones » de la Région Hauts-de-France.

« On a déjà la technologie, donc on peut remplacer la caméra par des explosifs par exemple, souligne le cofondateur Jean-Baptiste Olry. Ces drones pourraient remplacer des missiles qui coûtent beaucoup plus cher. » Aujourd’hui, la société peut produire jusqu’à 50 drones par mois, « mais on pourra monter à 500 d’ici quatre mois », se projette-t-il.
Son autre entreprise, Extensee, met à disposition de ses clients des pilotes et des mécaniciens. Fondée fin 2023, elle est déjà mobilisée pour la surveillance maritime. Elle a également bénéficié de la subvention « pass drones » de la Région.
Un Pass drones dans les Hauts-de-France
Cette dernière accompagne financièrement les entreprises spécialisées dans le drone qui lancent ou réorientent leur activité vers le secteur de la Défense. L’enveloppe totale de 400 000 euros leur permet de bénéficier d’un maximum de 55 000 euros chacune. « Le projet va être accompagné au démarrage. Et s’il tient la route, il pourra prétendre à d’autres financements, Bpifrance par exemple », explique Valérie Six, conseillère régionale déléguée à l’innovation.
« L’objectif affiché est moins de financer massivement que de créer une émulation, de faire remonter les projets innovants, et surtout d’encourager les expérimentations technologiques et commerciales. »
Lancé symboliquement au moment du Salon du Bourget 2025, le dispositif a déjà permis d’accompagner une dizaine de projets, parmi lesquels Picomto, à La Madeleine (Nord), qui s’occupe de la maintenance des aéronefs ; Wavely. Digital, à Villeneuve d’Ascq (Nord), spécialisée dans la détection acoustique de drones augmentée par intelligence artificielle ; HOMA Santé, à Saint-Omer (Pas-de-Calais) et Amiens (Picardie), un groupement ambulancier cherchant à expérimenter la livraison médicale par drones ; ou encore Elisa Aerospace, école d’ingénieurs aérospatiale implantée à Saint-Quentin, dont le projet Pass Drone vise à développer une IA embarquée pour rendre les drones plus sûrs, autonomes et validables réglementairement.
L’Aéronautique et les Hauts-de-France
Si la Région a misé sur le développement de cette filière, c’est en partie parce qu’elle présente de nombreux points communs avec l’aéronautique, qui est déjà bien présente dans les Hauts-de-France. « Nous pouvons déjà compter sur la plateforme IndustriLAB à Méaulte (Somme), qui est implantée à deux pas d’Airbus Atlantic, reprend Valérie Six. Il accueille notamment un lycée pour les futurs pilotes d’Airbus mais aussi le cluster aéronautique régional Altytud. » De quoi permettre aux différents acteurs d’entrer en relation et de travailler ensemble.
Si l’objectif est évidemment de renforcer la souveraineté nationale et « d’apporter notre pierre à l’édifice », dans un contexte de conflits internationaux, Valérie Six insiste aussi sur l’intérêt économique de cette filière. « On veut diversifier le tissu industriel civil pour qu’il puisse devenir militaire, au cas où », détaille-t-elle. Mais la Région encourage aussi l’évolution des autres utilisations des drones – comme la prise d’images par Asterodyn par exemple – afin de développer l’industrie régionale.
« Dans un monde plus apaisé, le drone sera un outil du quotidien. Les Hauts-de-France disposent d’un terreau particulièrement fertile pour faire émerger ces nouveaux usages : livraison de médicaments, surveillance de cultures, gestion de flux… Le Pass Drone se veut ouvert à tous les cas d’usage et doit aussi servir à préparer l’avenir. »
Pourtant, le territoire est historiquement à la traîne dans le domaine de la Défense, la volonté de l’État français étant de concentrer l’industrie de Défense dans des régions éloignées des frontières. D’où la volonté de l’exécutif de mettre un coup de boost à son développement. « Si on est dépendants des pays étrangers, on ne sera jamais efficace. C’est important pour la souveraineté de développer la filière au local », soutient Jean-Baptiste Olry.
Une convention régionale pour la Défense
« Nous sommes une terre d’aéronautique et disposons d’un tissu industriel riche, rappelle Valérie Six. Et nous mettons aussi l’accent sur la cybersécurité. » Avec 4 000 emplois et 113 entreprises « déjà actives dans le domaine de la Défense », les Hauts-de-France veulent étendre son rayonnement national.
Une enveloppe de 250 millions d’euros va être investie pour le développement de l’industrie de l’armement. Lors des Assises régionales de la Défense, le 24 juin 2025, aux Grandes Écuries de Chantilly, la Région et son président Xavier Bertrand, les représentants de l’État et de la CCI ont signé une convention afin de soutenir, accompagner et promouvoir les entreprises spécialisées dans la Défense.