Voies navigables de France : un fleuve d’investissements
Philippe Martin
Transport et tourisme fluviaux, combat environnemental et sauvegarde patrimoniale : l’eau étant un bien de plus en plus précieux, le rôle et l’activité de VNF s’accroissent chaque année. Explications.
Quel est le point commun entre le barrage-réservoir du Panthier, sur le canal de Bourgogne, le bief d’Artaix qui relie Roanne à Digoin, en Saône-et-Loire, et le barrage de Beaulieu dans l’Aube ? Ce point commun porte un nom, ou plutôt un sigle : VNF, comme Voies Navigables de France, qui consacrera cette année 249 M€ à la rénovation du réseau fluvial de la France, dont 26 M€ à son adaptation au changement climatique.

C’est que l’eau, en particulier celle des fleuves, est devenue au fil des années un enjeu majeur pour notre pays. Les chiffres sont parlants : l’an dernier, 43 millions de tonnes de marchandises ont été transportées par voie fluviale, malgré une conjoncture économique peu favorable. Soit l’équivalent de 2.155.000 camions ! Il faut dire que notre pays dispose en la matière d’un atout unique, et évidemment non délocalisable : 6.700 km de fleuves et de rivières, soit le premier réseau navigable d’Europe. Ajoutons pour faire bonne mesure que 34 % des Français vivent à proximité immédiate d’une voie d’eau…
Dans un contexte marqué par des incidents climatiques de plus en plus fréquents, allant de la sécheresse et à l’inondation, le rôle de VNF s’en trouve évidemment accru qu’il s’agisse de navigation, de production d’eau potable, d’irrigation agricole, d’énergie hydroélectrique ou de tourisme fluvial. Au fil des années, cet établissement public administratif (EPA), opérateur national de l’ambition fluviale, a vu son rôle croître et souvent embellir, et s’est parfois retrouvé au premier rang de l’actualité mondiale : nul n’a oublié la parade fluviale en ouverture des JOP de Paris 2024…

Créé en 1991 à l’initiative du Premier ministre de l’époque Michel Rocard, également maire de Conflans et de son gros port fluvial, Voies Navigables de France n’a fait que croître depuis, voyant son rôle renforcé avec l’essor du tourisme fluvial, du transport de marchandises ou encore de son impact environnemental. « L’eau constitue désormais un actif stratégique au service de la résilience du territoire », a expliqué son directeur général délégué Thibaut Chagnas en présentant les résultats annuels de l’établissement. « Notre mission, dans le cadre du PNACC (NDLR : le 3e Plan national d’adaptation au changement climatique, adopté en mars 2025), consiste également à mieux gérer les niveaux d’eau, à les réguler en fonction des aléas climatiques, ce qui passe évidemment par une modernisation constante du réseau. »
Ports de Lorraine : l’amorce d’une nouvelle stratégie
Et même par une nouvelle stratégie, comme le montre l’initiative engagée autour de la première filiale portuaire “Ports de Lorraine”. « Il s’agit, explique Thibaut Chagnas, de développer la compétitivité des ports intérieurs, à l’image de ce que pratiquent depuis longtemps nos ports maritimes, ou d’autres ports fluviaux en Europe ».
Plus précisément, alors que jusqu’à présent la gestion des plateformes portuaires était externalisée, notamment aux CCI, Voies Navigables de France entreprend de récupérer un certain nombre de baux commerciaux afin d’en assurer directement la gestion. « Nous recevons de multiples marques d’intérêt et plusieurs candidatures ». Juste retour des choses au demeurant, après un investissement de plus de 40 M€ réalisé au bénéfice du canal de la Moselle. A tel point que cette nouvelle méthode pourrait s’élargir très rapidement à d’autres ports fluviaux, comme Béthune ou Mâcon.

Tout cela sans oublier la préoccupation environnementale. Et aussi patrimoniale : en 2025, VNF et la Fondation du Patrimoine ont lancé la fondation Terres d’eau, la première dédiée à la protection des fleuves, canaux et rivières, destinée à « préserver le patrimoine fluvial français pour en assurer la pérennité auprès des générations futures ».
Parmi les premiers projets en cours de financement, l’irrigation des sols de la Camargue menacés par une salinisation progressive ; la remise en eau de l’étang de Grand-Rue, à Ouzouer-sur-Trézée, entre Orléans et Auxerre, joyau naturel à sec depuis 2011 ; ou encore le sauvetage de l’écluse de Kembs, la seule réalisation de Le Corbusier dans le domaine fluvial, à la confluence du Rhône et du Rhin.
Sans même parler de la rénovation et l’entretien permanent de ce merveilleux ouvrage d’ingénierie civile qu’est le canal du Midi, de ses 240 km reliant Toulouse à l’étang de Thau à Marseillan, dont on fête cette année le 30ème anniversaire de l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco…
La suite du reportage à paraître dans le n°179 de Régions Magazine, prochainement en kiosques.




