Transports : à Nanterre, c’est de la Folie !
Philippe Martin
Sur la ligne 15 ouest du Grand Paris Express, les tunneliers creusent au rythme de 15 mètres par jour. Visite de la gare Nanterre La Folie, un chantier pharaonique au cœur d’un projet qui ne l’est pas moins.
Quand on a le privilège de visiter un chantier comme celui de la gare du RER Nanterre-La Folie, un des « monuments » les plus impressionnants du futur Grand Paris Express, on se pose toujours la même question : on ne sait pas ce qui est le plus impressionnant, le dessus… ou le dessous.

Le dessus, ce sont les 33.000 m² d’emprise au sol, l’équivalent de quatre terrains de football, au cœur du quartier des Groues à Nanterre, ses tours et ses grues, ce paysage de renouvellement urbain spectaculaire sinon futuriste. Même s’il est difficile à ce stade d’imaginer ce que sera la gare, avec son immense hall d’accueil vitré, son œuvre d’art “Rideau Folie” reprenant le terme de Folie adossé à la gare de Nanterre, ou encore l’immeuble de bureaux et de logements qui la surmontera.

Le dessous, c’est évidemment le tunnel creusé par les deux foreuses géantes répondant aux délicats prénoms féminins de Tiphaine et Yandé (celles qui travaillent sur la ligne 15 Ouest se prénomment Marine et Rita), qui avancent au rythme d’une quinzaine de mètres par jour, à environ 35 mètres sous la surface.
Sans parler des infrastructures complexes qui viennent s’encastrer les unes dans les autres, au millimètre près, comme ces énormes voussoirs, ces blocs massifs de 9 tonnes environ, en béton “écologique” qui, mis bout à bout et assemblés en cercle, constitueront la structure du tunnel proprement dit, tel un anneau étanche résistant à la pression du terrain environnant.

Béton écologique, ou plus exactement béton fibré, moins consommateur d’acier ou de CO², qui a remplacé le traditionnel béton armé sur l’ensemble des chantiers du Grand Paris Express, faisant école bien au-delà de l’Île-de-France, pour la plus grande fierté du président du Directoire de la Société des Grands Projets (qui construit le Grand Paris Express) Jean-François Monteils : « cette solution a été appliquée sur plusieurs tronçons du futur métro, les industriels nous ont suivis, et à présent d’autres projets adoptent cette technologie. Sur ce plan, le Grand Paris Express fait école ».
Un discours doux aux oreilles du vice-président de la Banque Européenne d’Investissement Ambroise Fayolle, rappelant volontiers que les choix de la BEI, la “Banque verte de l’Europe”, « intègrent le prix interne du carbone : nous vérifions ainsi la rentabilité environnementale de chaque projet que nous soutenons ».
Et c’est le cas du Grand Paris Express : Ambroise Fayolle est venu sur le chantier de Nanterre Folie pour signer avec Jean-François Monteils un nouvel accord de financement à hauteur de 3 milliards d’euros, destinés à la réalisation de la partie ouest de la ligne 15.
La section ainsi financée s’étendra sur plus de 22 kilomètres, desservira deux départements, les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, et quatorze communes densément peuplées.
Il faut rappeler, comme nous le faisons régulièrement dans Régions Magazine (lire dans notre supplément Transports de mars dernier) que cette fameuse ligne 15 formera une rocade de 75 km autour de la capitale, devenant ainsi la ligne de métro la plus longue de l’Union européenne. La section ainsi financée s’étendra sur plus de 22 kilomètres, desservira deux départements, les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, et quatorze communes densément peuplées.
D’ici 2031, le Grand Paris Express ajoutera quatre lignes de métro (15,16, 17 et 18) au réseau de transports francilien. Au total, 68 nouvelles gares, 200 km de lignes additionnelles, et 3 millions de voyageurs qui y sont attendus. « Ce projet d’une complexité extrême va mieux connecter entre elles les communes de l’Île-de-France, va désengorger le centre de Paris, va réduire la saturation du réseau existant. La BEI réaffirme ainsi son engagement fort pour le transport décarboné et le ferroviaire », affirme Ambroise Fayolle.

Et Jean-François Monteils de rappeler au passage que le seul tronçon de la ligne 15 « accueillera 600.000 voyageurs par jour, dans les 11 gares qui le jalonnent, permettant notamment d’accéder au quartier d’affaires de La Défense sans passer par le centre de Paris, offrant ainsi une nouvelle alternative de transport pour les 200.000 salariés, les 70.000 étudiants et les 50.000 habitants du quartier ».
Pour le moment, et compte tenu de l’avancée des travaux, la date d’ouverture est toujours fixée à 2031. En espérant qu’elle surmonte les aléas liés au climat… et à la vie politique. Ce que ce chantier du siècle a réussi à faire jusqu’à présent.
En chiffres
3
En milliards d’euros, l’enveloppe globale mise à disposition par la BEI pour la réalisation de la ligne 15 Ouest du Grand Paris Express. Le premier contrat de financement, à hauteur de 500 M€ vient d’être signé. La BEI a également contribué à hauteur de 3,5 Md€ à la réalisation du tronçon sud, soit un total de 6,5 Md€ pour la seule ligne 15.
34,7
En milliards d’euros, le “financement primaire sécurisé” par la SGP (soit 90 %du financement global) pour la réalisation du Grand Paris Express, dont 28,2 Md€ d’obligations vertes émises sur les marchés financiers, et 6,5 Md€ de prêts et d’engagements cumulés de la BEI.
22
En kilomètres, la longueur de la partie ouest de la ligne 15 (sur un total de 75 km).
200
En km, la longueur totale du Grand Paris Express
100 %
Le nouveau métro sera 100 % automatique, 100 % électrique et 100 % accessible.









