Paris et le désert francilien
Agnès Morel
On l’imagine mieux dotée que le reste du pays… Pourtant, l’Île-de-France est, elle-aussi, rattrapée par la crise de l’accès aux soins. Diagnostic… et remèdes.
L’Île-de-France compte de nombreuses « zones d’intervention prioritaires », y compris à Paris. Le nouveau zonage publié par l’Agence Régionale de Santé, en décembre 2025, montre l’ampleur des tensions. Si la densité reste supérieure à la moyenne nationale, avec 390 médecins pour 100 000 habitants sur le territoire francilien, elle masque de fortes disparités.
En grande couronne, les départs à la retraite ne sont pas toujours remplacés. La pénurie ne se limite pas à la périphérie : l’URPS Médecins relève au contraire des zones déficitaires dans chaque département, en particulier dans le nord de la Seine Saint-Denis, l’Est du val d’Oise, le Sud de la Seine et Marne, ainsi que dans la petite couronne.

Les difficultés ne touchent pas uniquement les médecins généralistes. Pédiatrie, psychiatrie, gynécologie médicale, ophtalmologie sont également sous tension. Pour les patients, cela se traduit par des délais de rendez-vous allongés, des difficultés à trouver un médecin traitant, et un recours accru aux urgences hospitalières.
Pour répondre à cette pression, l’ARS IDF va décliner, au niveau régional, le nouveau réseau « France Santé», visant à garantir un accès à un médecin, à moins de 30 minutes d’ici 2027. Fin 2025, 120 premières structures ont déjà été labellisées : maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé, groupements de cabinets, hôpitaux de proximité…
L’idée est simple : regrouper les professionnels, élargir les horaires, rendre l’exercice plus attractif. En Essonne par exemple, 16 structures ont été retenues.
Mais ces projets ne reposent pas uniquement sur l’ARS. Les collectivités jouent un rôle-clef via la mise à disposition de locaux, ainsi que le financement d’une partie des travaux ou la prise en charge partielle des loyers. Et les préfets sont associés à la validation des dossiers. Depuis 2025, l’ARS revendique un « renforcement de l’action départementalisée », avec des équipes dédiées dans chaque département pour instruire les projets et dialoguer avec les élus. Une évolution saluée par l’Association des maires d’Île-de-France.
La Région, de son côté, a adopté fin janvier, l’acte 2 de son « Plan Santé » : elle a annoncé de nouveaux crédits pour soutenir les Maisons de santé, financer le logement des soignants et renforcer les formations paramédicales dans les Zones d’intervention prioritaires, définies par l’ARS. Un « plan de santé régional renforcé » qui complète l’action de l’État.
Renforcer l’attractivité territoriale
Reste LA question-clé : comment convaincre les médecins de s’installer dans des territoires où le coût du logement est élevé et les temps de transport longs ?
Le directeur général de l’ARS Île-de-France, Denis Robin, chiffre à 45 M€ par an le budget de l’ARS consacré à l’attractivité territoriale et aux aides à l’installation. Une incitation financière qui ne suffit pas.
Chaque année, près de 250 postes partagés ville-hôpital sont ouverts, pour permettre aux praticiens de combiner activité hospitalière et exercice libéral. Maurepas, Conflans Sainte Honorine… certaines communes proposent aussi un logement temporaire, une solution de garde d’enfants ou un accompagnement du conjoint : des éléments décisifs dans les choix d’installation.
Enfin, à partir de cette année, 520 internes de 4ème année de médecine générale seront orientés, vers les territoires franciliens les plus en tension, dans le cadre du Pacte national contre les déserts médicaux. Objectif : faciliter leur installation sur le long terme.
Malgré ces dispositifs, la situation reste préoccupante. Selon les données de la Région, plus de 60 % de Franciliens vivent dans une zone d’intervention prioritaire (ZIP). Et environ 3 millions d’entre eux n’ont pas de médecin traitant déclaré. Soit près d’un habitant sur 4.

Avec la Région Île-de-France, Plan Santé, Acte 2
Le 29 janvier, la Région a adopté l’Acte 2 de son Plan Santé, doté de 5 M€, pour attirer de nouveaux soignants, améliorer leurs conditions de travail et garantir l’accès aux soins partout en Île-de-France. Au menu, un « bonus ruralité » pouvant aller jusqu’à 10.000 € pour les infirmiers, généralistes, spécialistes de premier recours, sage-femmes et kinés qui s’installent en grande couronne et en Seine Saint-Denis. Ainsi qu’une aide renforcée pour sécuriser les cabinets. La Région continue aussi de financer la création, l’extension et l’équipement des Maisons de santé : depuis 2016, elle a soutenu 517 structures, dont 158 Maisons de santé, réparties sur 356 communes.
Des aides sont prévues pour accueillir les « juniors » via des logements à loyer modéré et des travaux d’aménagement, aides complétées par un prêt à taux zéro (50.000 € sans intérêt) permettant de couvrir les besoins de trésorerie lors de l’ouverture ou de la reprise d’un cabinet. Depuis 2019, ce dispositif a déjà permis à 271 professionnels de santé de s’ins-taller sur le territoire.
Enfin, une option « Santé » est proposée dans des lycées, notamment ruraux, pour susciter des vocations.







