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Déserts médicaux –ARS Île-de-France « Éviter les surenchères inutiles »

Philippe Martin

Publié le
22 mai 2026
Mis à jour le
18 mai 2026
Visite de Denis Robin à l’hôpital Robert Ballanger (situé en Seine-Saint-Denis, sur les communes d'Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Tremblay-en-France, Sevran et Villepinte) pour signer le contrat Ségur consacré à la restructuration des blocs opératoires et de la psychiatrie adulte du CHI Robert Ballanger. Photo ARS IDF.
Visite de Denis Robin à l’hôpital Robert Ballanger (situé en Seine-Saint-Denis, sur les communes d'Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Tremblay-en-France, Sevran et Villepinte) pour signer le contrat Ségur consacré à la restructuration des blocs opératoires et de la psychiatrie adulte du CHI Robert Ballanger. Photo ARS IDF.

Directeur de l’Agence régionale de santé de l’Île-de-France, Denis Robin est très attaché à la juste répartition de l’offre médicale sur l’ensemble du territoire francilien.

Après une riche carrière notamment dans la préfectorale, Denis Robin a dirigé deux des Agences régionales de santé les plus importantes de France, Provence-Côte d’Azur de 2022 à 2024, puis Île-de-France depuis le 29 avril 2024. Ce qui en fait évidemment un observateur des plus avisés quand il s’agit d’analyser la lutte contre la désertification médicale engagée sur notre territoire.

Régions Magazine : Quels moyens l’ARS Île-de-France a-t-elle à sa disposition pour lutter contre la désertification médicale de la première région française ?

Denis Robin : Tout d’abord la situation n’est pas la même ici qu’en Région Sud, où l’on rencontre de véritables déserts médicaux. En Île-de-France, nous nous trouvons plutôt en face d’une sous-densité de l’offre par rapport à la population. Les patients ne sont pas aussi éloignés des médecins, en revanche ceux-ci sont insuffisamment disponibles.

Notre travail consiste donc à essayer de réguler cette situation, et à rendre plus dense l’offre de soins en organisant mieux la répartition des praticiens sur le territoire régional. Il s’agit d’attirer davantage de professionnels, mais comme toutes les régions le font, disons qu’on se partage la pénurie…

Ancien élève de l’ENA, Denis Robin a derrière lui une longue carrière dans la préfectorale mais aussi les cabinets ministériels. Il a notamment été secrétaire général de la préfecture des Landes, directeur de cabinet du préfet de la Région Rhône-Alpes, représentant du gouvernement à Mayotte en charge de la départementalisation de ce territoire, préfet du Pas-de-Calais ou encore secrétaire général de la mer. Photo ARS IDF.
Ancien élève de l’ENA, Denis Robin a derrière lui une longue carrière dans la préfectorale mais aussi les cabinets ministériels. Il a notamment été secrétaire général de la préfecture des Landes, directeur de cabinet du préfet de la Région Rhône-Alpes, représentant du gouvernement à Mayotte en charge de la départementalisation de ce territoire, préfet du Pas-de-Calais ou encore secrétaire général de la mer. Photo ARS IDF.

Toutefois, nous disposons de plus en plus de moyens pour être attractifs. D’abord de nature réglementaire, grâce au zonage des médecins libéraux, généralistes comme spécialistes. Ce zonage, qui vient d’être refait en 2025, permet à l’ARS et à l’Assurance Maladie de déclencher des aides conventionnelles à l’installation et de resserrer nos zones d’intervention.

Ensuite de nature financière. En dix ans, l’ARS a ainsi investi plus de 260 M€ pour rééquilibrer les territoires les plus denses (Paris, les Hauts-de-Seine, la Petite Couronne) et ceux qui le sont moins (la Grande Couronne, la Seine-et-Marne par exemple). A ces investissements viennent s’ajouter ceux des collectivités : la Région Île-de-France, très active dans la lutte contre la désertification, a ainsi investi plus de 78 M€ sur la même période.

RM : A quoi sert cet argent ?

DR : On le retrouve notamment dans le soutien à l’immobilier, car s’il est un point sur lequel l’Île-de-France est défavorisée, c’est bien celui-là, en raison du coût du logement. Nous intervenons par exemple dans l’aide au logement des personnels soignants, infirmiers, aides-soignantes.

Aussi dans la mise en place de postes médicaux partagés, dans lesquels des praticiens libéraux ou hospitaliers viennent passer un temps de leur activité dans des hôpitaux de proximité ou dans des Maison de santé pluridisciplinaires, par exemple.

L’ARS propose également des aides à l’installation aux médecins de ville : plus de 2.700 professionnels de santé, dont 1.700 médecins, ont ainsi été soutenus financièrement au cours des dix dernières années.

RM : Comment cette action s’insère-t-elle dans le plan France Santé ?

DR : Disons que ce plan s’inscrit dans la continuité du travail déjà accompli. Il permet de renforcer l’offre, avec un versement de 50.000 €/an au profit des établissements labellisés, Maisons ou Centres de santé.

« Nous travaillons en bonne intelligence avec les différentes strates de collectivités. »

RM :  Comment l’ARS travaille-t-elle en coordination avec les collectivités territoriales actives dans ce domaine, à commencer par la Région IDF, mais aussi les conseils départementaux ?

DR : Nous travaillons en bonne intelligence avec les différentes strates de collectivités. En Île-de-France, où comme je l’ai dit la Région s’investit beaucoup, nous intervenons de façon complémentaire à ce que propose le conseil régional, notamment dans l’aide à l’installation.

De plus il faut rappeler que la Région a compétence pour les formations paramédicales : nous nous voyons donc régulièrement pour coordonner tout cela.

Avec les intercommunalités, c’est un travail différent, davantage lié à l’installation de médecins libéraux notamment dans des structures collectives. L’un de nos axes de travail est d’éviter qu’il y ait des concurrences intercommunales, pouvant entraîner des surenchères et des dépenses inutiles.

Avec les départements, nous nous voyons au quotidien à propos des thématiques médico-sociales dont ils ont la charge (grand âge, handicap, etc.). Le plan France Santé nous pousse d’ailleurs à associer davantage les départements dans les choix de labellisation, c’est donc un acteur supplémentaire dans la construction de l’offre de soins.
RM : Quelle est la vision du directeur général de la plus grosse ARS de France, par ailleurs fin connaisseur de nos territoires, pour lutter plus efficacement contre ce phénomène de désertification médicale ? Faut-il inviter les jeunes médecins à s’installer dans des zones non denses… ou les y obliger ?

DR : Disons qu’une mesure trop coercitive a peu de chances de susciter l’assentiment du corps médical… Je crois bien davantage dans les initiatives que nous lançons actuellement, comme les “Docteurs juniors” qui, dès leur 4ème année d’internat, vont travailler dans des cabinets médicaux pluridisciplinaires ou des centres de santé, et apporter une réponse de proximité. Avant que l’inversion de la courbe du nombre de médecins (départs en retraite vs arrivée massive de jeunes médecins) ne vienne résoudre une partie du problème.

Je crois sincèrement que le passage d’internes dans des territoires médicalement défavorisés peut les inciter à y rester. Nous venons d’avoir le cas de trois médecins qui ont décidé de s’installer dans une petite ville de Seine-et-Marne où ils avaient été internes. La solution passe d’abord par là.

Propos recueillis par Philippe Martin

Retrouvez la suite de cette interview dans le dossier “Déserts médicaux”, n°178 de Régions Magazine actuellement en kiosques.

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