Normandie Défense attend les candidats
Marie Herblot
La Région Normandie a créé un fonds d’investissement destiné à soutenir les PME travaillant dans le secteur de la Défense. Une démarche originale, dont les premiers effets sont attendus très vite.
La Région Normandie compte une centaine d’entreprises et plus de 12 000 emplois dans le secteur de la Défense. Face au contexte géopolitique actuel et à la forte hausse des commandes, la Région et son président Hervé Morin ont pris l’initiative de créer un fonds d’investissement doté de cinq millions d’euros pour consolider les capacités industrielles normandes. Selon la Direction générale de l’Armement, Normandie Défense est à ce jour le premier véhicule d’investissement régional opérationnel en France dans ce secteur.
« D’autres régions réfléchissent encore à la mise en œuvre, mais il n’y a pas de fonds de ce type ciblé sur la Défense », résume Stéphanie Chapiteau, directrice déléguée de Normandie Participations.
Si les grands groupes comme Safran ou Thalès disposent de financements structurés, les PME normandes n’ont pas les mêmes accès au crédit. Alain Dulac, PDG de FACTEM, PME leader en équipements électroacoustiques, dont le siège est situé à Bayeux (Calvados), préside le nouveau fonds. Pour lui, le constat est clair : « En dessous de 15 à 20 millions d’euros, les grands fonds ne rentrent pas. D’autres fonds (small et mid-cap) se sont positionnés sur le marché de la Défense mais le ticket minimal (quelques millions d’euros) reste trop élevé pour les TPE. Pour une entreprise qui fait quatre à cinq millions d’euros de chiffre d’affaires, ces outils ne sont pas adaptés : elles ne trouvent pas de réponse à leurs difficultés d’investissements ». En cause, des décennies de désinvestissement : « On s’est retrouvé face à une réelle attrition des matériels. Et de l’autre côté, une menace dont on ne pensait pas qu’elle reviendrait », admet-il. Conséquence directe aujourd’hui : les entreprises doivent produire plus, et vite. « Tout cela a un coût. Il ne s’agit pas de trouver des subventions, mais bien des finance-ments », précise Alain Dulac.
Défense : La Normandie soutient ses PME industrielles
« La Région Normandie fait le choix d’agir concrètement pour soutenir les PME industrielles qui participent à l’effort de souveraineté nationale, a souligné Hervé Morin lors du lancement de Normandie Défense, au mois de mars. Ce fonds permettra d’accompagner les entreprises normandes dans leurs investissements, d’accélérer leur montée en puissance industrielle et de renforcer durablement la place de la Normandie dans les chaînes de valeur stratégiques de la Défense ».
Le fonds cible en priorité les sous-traitants de rang 2 et 3. Pour être éligibles, les entreprises doivent réaliser a minima 10 % de leur chiffre d’affaires dans le secteur de la Défense.
« Aujourd’hui en Normandie, les entre-prises ont au maximum 20% de leur CA dédié à la Défense. On a voulu mettre 10 % parce qu’elles sont déjà certifiées, elles ont déjà des commandes et veulent augmenter en capacité », explique Stéphanie Chapiteau.
Un levier majeur pour l’économie industrielle normande
Près de 5 % des sites français liés à la Défense sont implantés en Normandie. Géré par Normandie Participations, le fonds interviendra en actions ou obligations, exclusivement en position minoritaire, avec des tickets d’entrée à partir de 150 000 euros. Un positionnement pensé pour préserver la gouvernance des entreprises, tout en mobilisant des financements complémentaires suffisants.
Au-delà du capital, Alain Dulac insiste sur un bénéfice souvent sous-estimé : « Ce que peut apporter le fonds, c’est un regard différent au chef d’entreprise. Quand vous êtes dans une structure de 15 à 20 personnes, vous vous retrouvez relativement seul. L’idée, c’est de proposer un effet miroir, mais aussi de rassurer les futurs prêteurs, leur montrer que le dirigeant est entouré de gens qui ont étudié ses bilans et décidé d’investir. »

Pour les premières années, l’enjeu est autant commercial que psychologique. Le fonds démarche activement toutes les entreprises de la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) normande, mais il s’agit aussi de convaincre des dirigeants habitués à détenir 100 % de leur capital. « Il vaut mieux avoir un morceau d’un gros gâteau que la totalité d’un tout petit gâteau. Il y a un vrai travail psychologique à faire », reconnaît Alain Dulac.
La présidence du fonds, assurée par le patron de FACTEM, fleuron normand de l’industrie de Défense, est en elle-même un gage de crédibilité. Dans un contexte où la industrielle est redevenue une priorité nationale, la Normandie prend de l’avance. « On attend le premier candidat. On pense que dès qu’il y en aura un, tout le monde suivra ! »
La Normandie, vivier d’emplois pour la Défense
Le secteur aérospatial normand emploie 25 000 personnes au sein de 184 entreprises et prévoit plus de 2 200 recrutements d’ici 2030. Avec des carnets de commandes pleins, le secteur est en pleine accélération.




