Comment la Banque Européenne d’Investissement s’est mise au vert
Plus que jamais “banque verte de l’Europe”, la BEI finance de nombreux projets liés à la décarbonation. Le détail avec son vice-président Ambroise Fayolle.
Philippe Martin
Régions Magazine : Que représente la lutte en faveur de la décarbonation dans la stratégie actuelle de la BEI, “Banque verte de l’Europe” ?
Ambroise Fayolle : Elle figure bien évidemment au premier rang des priorités dans notre feuille de route. Compte tenu de l’ambition de l’Union européenne d’être en 2050 la région la plus décarbonée de la planète, les pays ont besoin d’investissements massifs. Par ailleurs la présidente de la Commission Ursula Van der Leyen l’a rappelé dans son dernier discours : cet objectif essentiel va de pair avec un second, renforcer la compétitivité et l’indépendance de l’Europe en la réindustrialisant.
Nous en avons une très belle illustration dans la Région Hauts-de-France, avec le développement d’une “Vallée de la batterie” qui marie parfaitement ces deux objectifs. C’est pourquoi la BEI soutient des projets de giga-usines de production de batteries électriques pour l’automobile comme Verkor à Dunkerque ou AESC à Douai.
C’est d’autant plus intéressant que ces investissements se combinent avec un soutien formidable de la part des collectivités, la Région Hauts-de-France, la Communauté urbaine de Dunkerque, Douaisis Agglo, les villes… Ce qui frappe dans ces projets c’est la parfaite cohésion des politiques déployées par ces différents acteurs locaux.
RM : Comment votre ambition se matérialise-t-elle ?
AF : Nous avons aujourd’hui plus de 50 % de nos volumes de prêts qui sont directement liés à des projets climat, qu’il s’agisse de soutien aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, aux transports décarbonés… L’objectif pour 2025 est de dépasser les 60 % de prêts dans ce domaine, et les 65 % en France. Il faut rappeler que la France est, dans l’UE, le pays qui bénéficie du plus grand nombre de prêts de la BEI liés au climat.
Nous sommes également partie prenante dans le programme européen REPower EU, qui a pour objectif d’augmenter encore davantage notre part d’énergies renouvelables, afin de ne plus être dépendant du gaz russe…
Quatre domaines majeurs d’intervention
Nos interventions dans l’action climatique se concentrent essentiellement dans quatre domaines. Tout d’abord, les transports et mobilités, qui représentent à eux seuls 50% des investissements en France, pour un montant de 2,5 Md€ l’an dernier. Le projet du Canal Seine-Nord-Europe, qui a pour objectif de limiter le fret routier en renforçant le transport fluvial, cinq fois moins émetteur de gaz à effet de serre représente à lui seul un investissement de 800 M€. Mais nous investissons aussi dans les transports en commun, dans la R&D, pour les piles à combustible à hydrogène, etc.
Le deuxième volet, c’est l’industrie. Notre conviction, c’est que, si l’on s’en donne les moyens, on peut aller très vite dans la décarbonation des activités les plus émettrices de CO2, qu’il s’agisse de sidérurgie, de chimie, de cimenterie, d’engrais…
C’est pourquoi nous soutenons des innovations dans l’économie circulaire comme celles de l’entreprise Carbios à Clermont-Ferrand, spécialisée dans le recyclage des matières plastiques.

Le troisième volet, c’est l’efficacité énergétique, en particulier celle des logements et des bâtiments publics. Nous y travaillons notamment partenariat avec la Caisse des Dépôts et sa filiale CDC Habitant. Un projet intéressant à signaler au passage : la rénovation et l’isolation des logements pour les personnels militaires, qui va durer pendant plus de vingt ans, à l’image ce que nous avions déjà fait pour les casernes de gendarmerie.
Enfin, quatrième volet, l’agriculture. Nous soutenons dans leurs recherches des entreprises comme Florimond Desprez, dans les Hauts-de-France, qui travaille à améliorer la résistance des récoltes aux aléas des changements climatiques.
Nous finançons également l’installation des jeunes agriculteurs, avec des prêts à hauteur de 1,2 Md€ et des garanties bancaires. Nous le faisons en collaboration avec les Régions intéressées par ce dispositif, c’est par exemple le cas en Nouvelle-Aquitaine, où nous soutenons notamment l’adaptation des exploitations aux circuits courts.
RM : Justement, comment la BEI travaille-t-elle avec les Régions sur ces différentes thématiques ?
AF : La priorité avec les Régions se situe dans le secteur des mobilités. Nous avons largement financé le renouvellement du matériel roulant, les rames du TER, le verdissement de la flotte, aussi bien Normandie qu’en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie, dans le Centre-Val de Loire où nous avons un grand projet à hauteur de 320 M€, rénovation d’infrastructures, relocalisation des centres de maintenance à Orléans et Chartres.
Dans le Grand Est, la BEI est partenaire de la réouverture par la Région de la ligne de TER Nancy-Contrexéville, qui était fermée depuis plus de vingt ans. C’est un projet qui nous tenait particulièrement à cœur, car, outre l’enjeu écologique, il permet de redonner de la vie à des territoires qui pouvaient se sentir oubliés.

Photo Région La Réunion.
Dans un autre domaine, nous avons participé à la rénovation des lycées, comme en Bretagne où nous avons financé à hauteur de 100 M€ (sur 590 M€), la réhabilitation, notamment énergétique, de 116 lycées. Ou encore à la rénovation de la Cité Universitaire Jacques Chirac de Marseille. Autre projet où nous sommes très investis, le fonds #FAIRE REUNION, Fonds d’aide à l’investissement de la Région Réunion.
Propos recueillis par Philippe Martin
Lire la suite de l’interview dans le numéro 172 de Régions Magazine, actuellement en kiosques
