Emmanuel Macron envisage de supprimer les grandes régions !
Sous prétexte de « redonner la liberté de choix sur le terrain à nos compatriotes », le président de la république, trois jours après avoir dissous l'assemblée nationale, propose de rouvrir les discussions sur le découpage territorial, contredisant les récents rapports de Boris Ravignon et Éric Woerth préconisant de ne pas toucher aux régions.
Philippe Martin
Ceux qui avaient été sidérés dimanche soir par l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale ont dû l’être encore un peu plus en écoutant la conférence de presse d’Emmanuel Macron : le président de la République a en effet annoncé qu’il voulait revenir sur le découpage des grandes régions. Et même, tant qu’à faire, supprimer un échelon de notre fameux “millefeuille territorial” qui serait donc, logiquement, celui des régions. Si tant est qu’il y ait une logique à tout cela…
Ne plus retoucher, en aucun cas, à notre découpage territorial
En effet, il suffit qu’Emmanuel Macron commande un rapport sur un sujet, pour faire immédiatement tout le contraire. On se souvient du rapport Borloo sur les banlieues, fruit d’un remarquable travail mené par l’ancien ministre en concertation avec les élus locaux, remis au président de la République et immédiatement mis à la poubelle. Cette fois, ce sont les rapports préparés par Boris Ravignon et Éric Woerth qui passent à la trappe, puisque tous deux étaient d’accord sur un point : ne plus retoucher, en aucun cas, à notre découpage territorial.
Trop compliqué, ou trop simple, on ne sait plus très bien, pour Emmanuel Macron qui veut permettre aux Français de « vivre mieux, une vie plus simple notamment dans le rapport à l’État, aux normes et aux services publics ». Et donc de proposer, non pas une simplification des normes et du poids de l’État, mais bien au contraire de « supprimer un échelon territorial pour ramener plus de simplicité et de liberté sur les territoires ». Autrement dit, « rouvrir la question de ces grandes régions » créées sous François Hollande et qui ont, selon son successeur, « éloigné la décision des citoyens ».
« redonner la liberté de choix sur le terrain à nos compatriotes »
Sans se montrer beaucoup plus clair sur la question, le président de la République s’est dit prêt à « redonner la liberté de choix sur le terrain à nos compatriotes, s’ils veulent revenir sur le sujet. Je ne suis pas pour découper les régions de manière arbitraire, mais je suis pour que l’on rouvre les discussions. Il faut que l’on ait un bloc communal et que l’on ait un bloc territorial. »
A ses yeux, revenir sur cette réforme de 2015, permettrait « une plus grande vitalité démocratique, une plus grande simplicité, pour éviter que la réponse ne se fasse par des dépenses en plus ». Car c’est vrai, on l’avait oublié, ce n’est pas l’État, mais bien les collectivités, et singulièrement les Régions qui ont creusé notre déficit public et entraîné une dégradation de la note de la France par les agences de notation… toujours selon Emmanuel Macron.
On pensait jusqu’alors que seul le Rassemblement national se prononçait en faveur de la suppression des régions (sans les remplacer par rien d’ailleurs) : voilà un sérieux renfort pour le parti de Marine Le Pen, mais celui-là, on ne l’attendait pas. En revanche, à trois mois du congrès de Régions de France (où Emmanuel Macron ne s’est jamais d’ailleurs rendu), on attend avec impatience la réponse des présidents de Régions, et de leur présidente Carole Delga, à ce nouveau coup porté à la décentralisation dans notre pays.
