Dix bougies pour un gâteau au goût amer
Philippe Martin
Les grandes Régions ont fêté au Sénat leurs dix années d’existence, sur fond d’inquiétude face aux projets du gouvernement.
Le hasard fait parfois mal les choses : presque au moment où les grandes Régions fêtaient au Sénat leurs dix années d’existence, l’Assemblée nationale adoptait une proposition de loi consistant à démanteler l’une d’entre elles : la Région Grand Est, victime une nouvelle fois de la volonté de partition d’un certain nombre d’élus alsaciens de droite et d’extrême-droite.

Et pourtant ces grandes Régions, selon l’avis unanime des participants à cette journée de célébration, symbolisent un véritable succès, y compris pour le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, « grand supporter de la loi » et partisan de « ces grandes régions qui constituent de grandes réussites », à l’image « des puissantes succursales régionales de la Banque de France, ce qui ne les n’empêche pas d’avoir aussi une présence forte dans chaque département ». Et de conclure su un thème largement débattu durant cette journée : « plus on s’éloigne de Paris, mieux ça va ! »
« le pays le plus émietté au monde dans l’action publique »
Plus disruptif selon son habitude, l’ancien ministre d’État Jean-Louis Borloo a souligné de son côté « l’absurdie d’un système français où il faut sept autorisations administratives différentes pour ouvrir une crèche ! Ici, tout le monde fait tout, avec une inefficacité totale garantie : la France est le pays le plus émietté au monde dans l’action publique ».
Et de rappeler aux côtés de l’ancienne présidente d’Areva Anne Lauvergeon que « les deux initiatives qui ont donné les meilleurs résultats en France ces dernières années, c’est l’organisation des JOP de Paris et la rénovation de Notre-Dame, grâce à des lois d’exception, parce qu’elles ont pu s’affranchir de la tutelle de l’administration centrale… » Face à un « Etat bordélique où rien ne fonctionne », il plaide avec vigueur pour un « fédéralisme à la française ».

Dont on ne prend guère le chemin, à écouter le président du Sénat Gérard Larcher, hôte de cette journée, lorsqu’il lance : « nous ne voyons rien de concret », s’agissant du projet de loi de décentralisation porté par le Premier ministre. Pas plus que la présidente de Régions de France Carole Delga, pour qui « la technostructure a pris le pouvoir ». D’autant que, comme le souligne le président de la Région Centre-Val de Loire François Bonneau, « quand l’Etat confie une responsabilité aux Régions, c’est soit avec une élastique, soit avec une laisse… » Alors que son homologue de Bourgogne-Franche-Comté Jérôme Durain rappelle que les Régions en sont réduites à « mendier 90 % de leur budget » à l’Etat.
Ce qui n’empêchera pas un peu plus tard la présidente Delga entourée de nombreux élus, de souffler les dix bougies d’un gâteau d’anniversaire, au goût tout de même un peu amer.
