Congrès des Sapeurs-Pompiers : sous pression, les collectivités annoncent des renforts
Antonin Tabard
Le 132e Congrès national des sapeurs-pompiers de France s’est ouvert mercredi en Haute-Savoie, dans un climat particulièrement tendu. Après une mobilisation nationale qui a réuni environ 8 000 pompiers à Paris, plusieurs collectivités commencent à annoncer de nouveaux moyens pour leurs services départementaux d’incendie et de secours.
La Haute-Savoie est devenue, depuis mercredi, le centre de gravité de la sécurité civile française. Jusqu’au 3 octobre, Annecy et La Roche-sur-Foron accueillent le premier Mondial Secours et Protection, qui réunit le 132e Congrès national des sapeurs-pompiers de France, un salon international consacré aux acteurs du secours et de la sécurité, ainsi qu’un village grand public. Le congrès doit notamment aborder le volontariat, la santé des sapeurs-pompiers, les nouvelles technologies, les risques liés au changement climatique et les secours en montagne.
Cette édition s’ouvre dans un contexte social et budgétaire particulièrement tendu. Mardi 29 septembre, environ 8 000 sapeurs-pompiers ont défilé à Paris à l’appel de l’intersyndicale. Derrière le mot d’ordre « Des moyens, pas des miracles », les manifestants ont dénoncé le manque d’effectifs, l’état du matériel et la hausse continue des interventions. Les syndicats réclament notamment le recrutement de 21 000 sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires, un financement pérenne des SDIS et un recentrage sur les missions de secours.
Le mouvement de grève, lancé le 8 septembre, doit en principe se poursuivre jusqu’au 20 octobre. Selon la direction de la sécurité civile, 4 903 professionnels étaient grévistes le 29 septembre, soit 13,6 % des quelque 44 000 pompiers professionnels. Les organisations syndicales avancent pour leur part un taux de mobilisation proche de 50 %, en estimant que les personnels assignés pour garantir la continuité des secours ne sont pas comptabilisés de manière pertinente.
Une réponse nationale jugée insuffisante
La mobilisation est également intervenue alors que le gouvernement a annoncé une première enveloppe de 200 millions d’euros supplémentaires à partir de 2027, issus de la taxe sur les conventions d’assurance, afin de renforcer les équipements de sécurité civile. Cette somme doit s’ajouter aux moyens nationaux de l’État et au soutien au fonctionnement des SDIS, principaux financeurs locaux des services d’incendie et de secours.
« Nous sommes à la fin d’un chapitre de l’histoire des sapeurs-pompiers et nous avons besoin d’en écrire un nouveau », résume le lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
Les syndicats accueillent toutefois cette annonce avec prudence. Le financement des SDIS est devenu un sujet central, alors que leurs dépenses de fonctionnement sont passées de 3,9 milliards d’euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025, selon les chiffres cités par l’AFP. Les pompiers demandent une réponse structurelle, notamment pour faire face à l’intensification des feux de forêt et à l’augmentation du secours à personne, qui représente 87 % de leur activité.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes mise sur la gratuité des transports
C’est dans ce contexte que la Région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé, à l’occasion du congrès, l’ouverture du dispositif Illico Sûreté aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires. À compter du 1er janvier 2027, les 5 500 professionnels et 32 000 volontaires de la région pourront bénéficier de la gratuité dans les TER et les cars Région, pour leurs trajets domicile-travail comme pour les déplacements occasionnels.
Le coût de la mesure est évalué à 1,5 million d’euros par an. La Région a également annoncé vouloir renforcer les moyens aériens mobilisables par les SDIS pour prévenir et combattre les incendies, après les feux qui ont durement touché plusieurs territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes cet été, notamment la Drôme et la Savoie.
« Ce choix, nous l’avons fait parce que les incendies de cet été nous ont rappelé combien ces moyens sont essentiels pour soutenir les équipes mobilisées sur le terrain. La Région prend sa part pour permettre aux sapeurs-pompiers d’intervenir plus rapidement et de mieux protéger les habitants comme nos territoires », explique Fabrice Pannekoucke, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
La collectivité présente également la gratuité des transports comme un outil de reconnaissance et de prévention. Elle doit permettre de renforcer la présence de personnels formés aux premiers secours dans les réseaux régionaux, tout en apportant un avantage concret aux volontaires.
Dans les Landes, 2,6 millions d’euros supplémentaires pour le SDIS
Autre annonce intervenue mercredi, dans les Landes cette fois. Invité d’ICI Gascogne au lendemain d’une mobilisation départementale, le président du Conseil départemental, Xavier Fortinon, a annoncé que la collectivité allait verser 2,6 millions d’euros supplémentaires au SDIS 40.
Cette enveloppe doit notamment couvrir les réparations et la maintenance de véhicules fortement sollicités pendant les incendies, ainsi que les vacations des sapeurs-pompiers volontaires. Le Département déploie également de nouveaux camions de lutte contre les feux de forêt, adaptés aux spécificités de la forêt landaise.
« Le modèle national qui a été mis en place aujourd’hui arrive à bout de souffle », estime l’élu landais, jugeant légitime la demande d’une actualisation des moyens face à un risque de feux de forêt appelé à devenir plus fréquent.
Xavier Fortinon rappelle que les départements supportent une part importante de l’effort financier, alors que les incendies de l’été ont entraîné des coûts exceptionnels. « C’est le budget au sein du département qui a reçu le plus d’augmentation ces dernières années », souligne-t-il. Il appelle toutefois l’État à accompagner davantage les collectivités : « Ce qu’on espère, c’est que l’État, dans les dotations qu’il a prévues, puisse venir en soutien de ces dépenses supplémentaires. »
À La Roche-sur-Foron, les pompiers se retrouvent donc au cœur d’un double rendez-vous. Le congrès doit permettre de réfléchir à l’avenir du modèle français de sécurité civile, tandis que les annonces des Régions et des Départements montrent déjà que les collectivités sont contraintes de répondre, dans l’urgence, à la hausse des risques et des interventions. Reste à savoir si ces mesures ponctuelles suffiront à apaiser une profession qui réclame désormais une réforme durable de son financement, de ses effectifs et de ses missions.