CHU de Montpellier : une transformation hors norme
Philippe Martin
Le CHU de Montpellier est engagé dans une démarche de rénovation unique en France. Visite guidée.
C’est une ville dans la ville. Une ville de plus de 15 000 habitants, qui s’étend sur quatorze quartiers, sur plus de 85 hectares, avec 430 000 mètres carrés de bâtiments. Une ville qu’on a entrepris de rénover de fond en comble. Un pari un peu fou, que les dirigeants du CHU de Montpellier sont en passe de gagner. En un moment où la crise de l’hôpital public fait rage, le projet de transformation du CHU montpelliérain, le 7e de France, dénote quelque peu, mais dans le bon sens. Un projet stratégique, s’appuyant sur le Ségur de la santé pour aller chercher les fonds et les appuis nécessaires. Pas une simple rénovation des bâtiments, ce qui serait déjà gigantesque en soi, mais une véritable reconstruction du parcours de prise en charge des patients. En intégrant huit défis majeurs, allant de « se transformer vers l’hôpital bas carbone » à « aider les soignants à retrouver du temps pour le patient ».
« Nous avons pour l’occasion créé une “école de la transformation hospitalière”, explique Emmanuelle Garnier, directrice générale adjointe de l’établissement. L’idée étant d’accompagner l’ensemble des équipes dans notre démarche de changement, avec un enjeu simple, en tout cas sur le papier : être utiles pour les patients et les professionnels qui travaillent au CHU, tout en développant la vision à long terme de ce que doit être un hôpital public moderne. »
Opération “à tiroirs”
Derrière les mots et les idées, une réalité : transformer de fond en comble l’établissement, sans jamais stopper ni même ralentir son fonctionnement. Ce qui implique un phasage extrêmement précis, et des opérations « à tiroirs » où l’on emmène les patients d’un endroit à un autre pendant les travaux, sans jamais nuire à la qualité et la continuité du service.

Addictologie dès janvier 2024, biologie en février 2025, Héli-SMUR (avec une plateforme permettant l’envol des hélicoptères de secours d’urgence) en mars 2025.Puis les gros morceaux, le site de neurosciences Gui de Chauliac (226 M€ pour cette seule réalisation) avec l’augmentation du nombre de lits en soins intensifs, le réaménagement des urgences ou encore la création d’une unité de chirurgie courte durée. Ensuite le pavillon mère-enfant Arnaud de Villeneuve, regroupant l’ensemble des services (post-urgences, spécialités, soins critiques pédiatriques…)
Et les travaux vont se poursuivre, en s’appuyant un projet d’établissement très détaillé (le document complet pèse 460 pages !) et sur un phasage prévu jusqu’en 2032 : extension des urgences, services digestifs, cancérologie, etc. Le tout conçu dans un esprit partenarial, avec d’abord un « grand débat » réunissant 200 professionnels, puis une série de séminaires intégrant les patients et l’ensemble des usagers. En y ajoutant un souci permanent de devenir le premier « hôpital bas carbone » (lire plus bas).
Montpellier transforme son CHU pour 736M€
Avec aussi une trajectoire financière soutenable, pour un budget global de 736 M€, s’appuyant sur le Ségur de la Santé (230 M€ de financement), sur de l’autofinancement (près de 30 M€), mais aussi sur des partenaires extérieurs comme la Banque Européenne d’Investissement (130 M€ de prêt sur l’ensemble de l’opération).

Le soutien de l’État est évidemment capital. « C’est pour nous une immense fierté que d’accompagner un tel changement », se réjouit Murielle Kordylas, directrice adjointe de l’Agence Régionale de Santé de l’Hérault. Et cette fierté se vit d’abord de l’intérieur, comme l’explique Emmanuelle Garnier : « nous l’avons encore ressentie lorsque nous avons inauguré le nouveau service d’oncologie: les gens qui y ont participé, les gens qui y travaillent, sont tous très heureux, et très fiers ». On le serait à moins.
Vers un hôpital bas carbone
La liste est longue comme une ordonnance à l’ancienne. Pour s’engager dans une démarche éco-responsable, voire pour devenir le premier hôpital bas-carbone, « nous avons additionné perspectives ambitieuses et actions concrètes », explique Marie-Ange Péridont-Fayard, directrice adjointe de l’hôpital en charge de la RSE. Quelques exemples ? Du classique d’abord : panneaux photovoltaïques sur les toits, raccordement au réseau de chaleur urbain, usage plus intensif de la biomasse.
Et du plus original : 1 332 places de stationnement vélo, soit bénéficiant à 10 % des effectifs ; achat de 18 véhicules électriques et quatre véhicules hybrides ; développement intensif de l’éco-conception des soins, avec un nouveau protocole permettant de réduire les volumes des déchets à risques infectieux, gros émetteurs de CO2 ; nomination de 12 ambassadeurs achats responsables au sein de la Direction Achats… Au total, 60 mesures, et un objectif chiffré s’agissant des émissions de gaz à effet de serre : -17 %. C’est désormais atteignable.







