La Région Occitanie emploie déjà une centaine de médecins
Laurent Marcaillou
Depuis 2022, le conseil régional a créé 26 centres de santé dans les zones en tension médicale, principalement à la campagne. Il veut atteindre le seuil de 200 médecins salariés en 2028.
Avec une croissance démographique de 50 000 habitants par an et beaucoup de territoires ruraux, la région Occitanie et ses 6,1 millions d’habitants compte de nombreux déserts médicaux, à la campagne mais aussi en ville. « Il faudrait 1 000 médecins généralistes de plus en Occitanie », souligne Vincent Bounes, chef du pôle des urgences du CHU de Toulouse, et vice-président délégué à la Santé et à la lutte contre les déserts médicaux de la Région Occitanie. « Est-ce acceptable que le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous dans nos territoires ruraux puisse atteindre, voire dépasser les 30 jours ? » s’est indignée la présidente de la Région, Carole Delga. Qui a décidé de créer des centres de santé avec des médecins salariés, même si cela ne fait pas partie des compétences régionales. Les premiers centres ont ouvert en juillet 2022. Pour les porter, le conseil régional a créé le groupement d’intérêt public (GIP) Ma Santé Ma Région qui rassemble autour de lui les Départements du Tarn, du Tarn-et-Garonne et des Pyrénées-Orientales, les communautés de communes et des professionnels (ordres de médecins, de sage-femmes et d’infirmiers, associations et universités).
Début 2026, le groupement gère 26 centres de santé dans 11 des 13 départements de l’Occitanie. Ils emploient 101 médecins titulaires et 35 vacataires ou retraités, huit sage-femmes et une infirmière en pratique avancée. « Notre objectif est d’avoir 200 professionnels de santé salariés, et au moins un centre de santé par département en 2028, dit Vincent Bounes. Nous les avons implantés dans des zones en tension médicale, principalement rurales, puis nous nous sommes rapprochés des grandes villes, car il manque beaucoup de médecins dans les quartiers populaires. » Un centre de santé a ainsi ouvert à Cugnaux dans l’agglomération toulousaine, un à Cahors (Lot) et un autre est prévu à Montauban (Tarn-et-Garonne).
Les médecins salariés sont déchargés des tâches administratives. Celles-ci sont effectuées par le GIP, qui emploie une cinquantaine de secrétaires médicales et des coordonnateurs, tandis que les locaux sont fournis et entretenus par les communes. Les remboursements des actes médicaux paient 70 % du coût des centres, qui reçoivent aussi des subventions de l’Agence régionale de santé (ARS). Le complément est partagé par la communauté de communes, le Département quand il participe et la région. « Huit centres sur 26 ont trouvé leur équilibre financier, affirme Vincent Bounes. Il faut trois ans d’activité et au moins trois médecins dans un centre pour équilibrer les comptes, mais il y a des petits territoires où l’on n’arrivera pas à rentabiliser. » Le dispositif a coûté 1,5 M€ au conseil régional en 2025.
Douceur de vivre et exercice salarié
Les médecins sont payés entre 4 700 et 6 400 euros net selon leur ancienneté, pour 35 heures par semaine ou 39 heures avec neuf semaines de congés, selon la grille des praticiens hospitaliers. En contrepartie, ils s’engagent à faire 10 % de consultations à domicile, à accepter des soins urgents et à assurer une permanence le week-end et en soirée.
Pour recruter cinq médecins par mois en moyenne, la Région a réalisé une grande campagne de communication dans les congrès médicaux et les associations d’internes. « La moitié des docteurs recrutés ont moins de 40 ans, précise Vincent Bounes. Nous avons aussi des reconversions de praticiens exerçant au nord de la Loire, qui cherchent à la fois la douceur de vivre en Occitanie et l’exercice salarié. »
Pour choisir les sites, le conseil régional a lancé en 2022 un appel à manifestation d’intérêt auprès des communes, appel qui a reçu une centaine de réponses. Les besoins médicaux sont analysés avec l’ARS et l’Ordre des médecins. « L’âge des médecins fait partie des critères, car un tiers d’entre eux prendront leur retraite d’ici à dix ans », souligne Vincent Bounes. En janvier 2026, les centres Ma Santé Ma Région ont permis à plus de 35.500 patients de retrouver un médecin traitant, et ont réalisé 431.000 consultations depuis juillet 2022.







