BA 116 : Luxeuil prépare le changement d’échelle
Antonin Tabard
Logement, formation, services publics : autour de la base aérienne de Luxeuil, collectivités et acteurs publics anticipent les effets de la transformation programmée de la BA 116. Une décision stratégique nationale qui peut devenir un levier de développement local.
Autour de la Base aérienne 116 Luxeuil-Saint-Sauveur (Haute-Saône), les collectivités locales se préparent à un changement d’échelle inédit. Si la montée en puissance militaire n’est pas immédiate, elle est désormais programmée et pousse élus, services de l’État et acteurs économiques à anticiper logements, formations et services publics.
La transformation du site s’inscrit en effet dans une décision stratégique nationale, puisque la base devrait accueillir deux escadrons de Rafale à l’horizon 2032-2036, dans le cadre du retour de la dissuasion nucléaire. Un projet chiffré à environ 1,5 milliard d’euros et qui prévoit d’ores-et-déjà un doublement des effectifs : « Son format va doubler pour atteindre près de 2 000 civils et militaires à l’horizon 2035 », annonçait le président de la République, le 18 mars 2025 lors d’un déplacement sur la base, devant un parterre de personnels de l’Armée de l’Air et de l’Espace.
Une base qui fait déjà vivre plus de 10 % du département
Pour le territoire, l’enjeu est considérable. Aujourd’hui déjà, la base emploie plus de 1 000 personnes et près de 2 730 habitants dépendent économiquement de sa présence, répartis sur plusieurs intercommunalités du nord de la Haute-Saône.

« Nous avons dix ans pour construire un nouvel écosystème autour de la base », résume le colonel Emmanuel Roux, commandant du site, évoquant un projet qui dépasse largement les seules infrastructures militaires. Le chantier, qui nécessitera la rénovation complète des installations, implique également une montée en compétences et une adaptation du tissu local.
Dans les communes voisines, les élus anticipent déjà les besoins. À Luxeuil-les-Bains, la municipalité observe l’arrivée d’investisseurs immobiliers. « Des promoteurs frappent déjà à la porte », indiquaient récemment les élus lors d’un conseil municipal, évoquant notamment la création de nouveaux logements pour accompagner l’augmentation future des effectifs. La réponse territoriale dépasse la seule question du logement. Les collectivités travaillent également sur la formation. L’ouverture d’un BTS aéronautique au lycée Lumière, dès la rentrée 2025, vise à répondre aux besoins techniques générés par la transformation de la base et à favoriser l’emploi local.
Une gouvernance partagée entre l’État, l’Armée et les collectivités
Cette anticipation s’inscrit dans une logique de gouvernance partagée. Un comité de pilotage territorial réunissant Armée, collectivités et services de l’État a été installé pour coordonner l’ensemble des action : aménagement, infrastructures, mobilité ou encore services publics. Pour les acteurs économiques, l’effet d’entraînement est attendu. Le chantier et l’activité future représentent des opportunités pour les entreprises locales, notamment dans le bâtiment, la maintenance et les services. « La transformation constitue une opportunité pour les entreprises et pour le développement du fonctionnement quotidien de la base », soulignait le commandement militaire en novembre dernier à l’occasion d’une rencontre organisée par l’Armée et la CCI de Haute-Saône, rappelant l’importance des marchés de sous-traitance associés.
Si les premières retombées ne seront visibles que progressivement, les collectivités voient dans cette transformation un levier d’attractivité. Au-delà de la dimension militaire, la base constitue déjà l’un des piliers économiques du territoire, aux côtés de l’industrie et du tourisme. Son renforcement pourrait déclencher une nouvelle dynamique en matière d’emplois directs et indirects, d’après la municipalité de Luxeuil-Les-Bains. Entre stratégie nationale et action locale, Luxeuil va ainsi devenir un laboratoire de coopération entre l’Armée et les territoires. Pour les élus comme pour les habitants, l’enjeu est clair : transformer une décision militaire à long terme en opportunité concrète d’aménagement et de développement régional.