Agnès Pannier-Runacher : « L’ADEME est indispensable aux élus et aux entreprises »
L'ex-ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher est vivement montée au créneau lorsque l’ADEME a été attaquée. Elle explique pourquoi et détaille ce qu’elle attend de l’Agence de l’État.
Philippe Martin
Ces derniers mois, elle a eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’exprimer son mécontentement, voire sa colère. Mécontentement face aux attaques répétées contre l’ADEME, dont elle défend bec et ongles l’utilité et le bilan. Colère face à l’échec du Sommet de Genève sur la pollution plastique, où les intérêts de quelques pays producteurs de pétrole ont empêché les représentants de toute la planète de trouver un accord permettant de lutter contre cette atteinte majeure à notre environnement.
Le métier de ministre de la Transition écologique n’est pas le plus simple en ces temps de crise financière aiguë. Pourtant, Agnès Pannier-Runacher ne lâche rien sur l’essentiel, ainsi qu’elle l’a confié à Régions Magazine.
Régions Magazine : Vous avez réagi avec beaucoup de fermeté aux attaques virulentes menées voici quelques mois par certains élus, nationaux et régionaux, contre l’existence même de l’ADEME. Pourquoi cette réaction ?
Agnès Pannier-Runacher : Ce qui m’a étonnée, ce n’est pas tant la virulence de ces attaques, que leur caractère infondé. Sur le terrain, et je m’y rends beaucoup, l’ADEME est plébiscitée pour son action, en particulier par les élus locaux. C’est pourquoi, en tant que ministre en charge de la Transition écologique, j’ai voulu répondre, afin de rétablir quelques vérités.

L’ADEME est un opérateur essentiel pour mener la transition écologique. Elle accompagne les collectivités locales, les entreprises et les citoyens dans des projets concrets de décarbonation, de rénovation énergétique, de mobilité durable, de gestion des déchets et d’économie circulaire. Sans elle, les élus locaux n’auraient ni l’ingénierie, ni les financements, ni l’expertise nécessaires pour transformer les grandes orientations nationales en actions de terrain. Sans doute certaines ont les moyens de monter ces projets seules mais beaucoup seraient laissées pour compte faute de moyens financiers et d’accès à des expertises coûteuses.
« un opérateur essentiel pour mener la transition écologique »
Prenons un exemple concret : les réseaux de chaleur, qui constituent aujourd’hui un des modes de chauffage les plus compétitifs. Ce type de solution ne se déploie pas seul : il a besoin d’un accompagnement technique et financier, et c’est précisément l’ADEME qui joue ce rôle de bras armé de l’État sous l’égide des préfets pour agir en appui des communes et des EPCI.
RM : Comment recevez-vous les critiques sur son coût, sa gestion ?
APR : Quand on regarde dans le détail, que voit-on ? En 2024, sur un budget de 3,5 Md€, l’ADEME en a consacré 92 % à des projets concrets, notamment de décarbonation ou de recyclage. En cherchant à répartir équitablement les fonds sur l’ensemble du territoire, en garantissant une égalité de traitement, dans le respect de l’intérêt général.
« sur un budget de 3,5 Md€, l’ADEME en a consacré 92 % à des projets concrets »
Quant à sa gestion, sa qualité a été reconnue lors d’un contrôle mené l’an dernier par l’Inspection générale des Finances, notamment pour les efforts d’économies qu’elle a réalisés ces dernières années. Rappelons que le coût de la structure hors ressources humaines est de 25 M€, sur un budget de trois milliards et demi. Et que les effectifs de l’agence ont diminué ces 10 dernières années alors que ses missions ont été élargies…
La transition écologique coûte beaucoup d’argent, mais l’inaction nous coûtera beaucoup plus cher demain si nous n’investissons pas dès aujourd’hui. Il est essentiel de le répéter. Voilà pourquoi l’ADEME est si importante.
« J’ai travaillé à réduire les doublons entre les différentes Agences de l’État »
RM : Néanmoins, ne subsiste-t-il pas des doublons, par exemple avec les DREAL (NDLR : Directions régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) ?
APR : C’est une question que je regarde de très près.
Le travail des DREAL est par nature différent de celui de l’ADEME. Elles ont une mission régalienne, d’autorisation des projets, de contrôle de procédures, de garantie du respect du droit là où l’ADEME catalyse des projets concrets en apportant une expertise technique et un accompagnement financier.
Mais j’ai aussi travaillé à réduire les doublons entre les différentes agences. Le travail du CEREMA et celui de l’ADEME ont par exemple été rationalisés en matière d’adaptation au changement climatique.
C’est aussi l’idée de la “Mission adaptation” lancée avec François Rebsamen, le ministre en charge des collectivités, lors du dernier Salon des Maires, dans le cadre de la mise en œuvre du PNACC (NDLR : Plan national d’adaptation au changement climatique) ;
Il s’agit d’un guichet unique ouvert à toutes les collectivités et qui réunit en une offre commune l’expertise et l’ingénierie des opérateurs de l’État (CEREMA, ADEME, les Agences de l’eau, Météo-France, l’Office Français de la biodiversité, l’Agence nationale de la cohésion des territoires, l’Agence nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux) et la Banque des Territoires. Ce dispositif se montre très efficace.
Plus largement, avec le PDG de l’ADEME, Sylvain Waserman, et ses équipes, j’ai replacé les services locaux de cet organisme sous l’égide des préfets. Ils exercent donc directement la tutelle des directions locales de l’ADEME.
« Avec l’ADEME, je crois pouvoir dire que nous sommes à un très bon niveau d’efficacité avec les Régions dans notre travail commun. »
RM : Notre supplément est consacré au rôle de l’ADEME en région. Comment évaluez-vous ce rôle ? Comment jugez-vous la collaboration entre les équipes de l’ADEME et celles des Régions qui ont désormais en charge la transition environnementale sur leurs territoires ?
APR : Sur ce plan, je demande très régulièrement des comptes à l’ADEME, et je crois pouvoir dire que nous sommes à un très bon niveau d’efficacité avec les Régions dans notre travail commun, à condition bien entendu que les gens aient envie de travailler ensemble… Bien sûr, je ne peux empêcher les discours politiques sur la décentralisation, et je comprends que pour certains élus, il faudrait davantage de pouvoirs, de compétences et de moyens financiers pour les collectivités.
Pour notre part nous sommes philosophiquement des “déconcentrateurs”. La transition environnementale est une politique volontariste et essentielle de l’État, il est légitime à nos yeux qu’elle soit menée sous l’égide de l’État. Et j’ai la conviction que l’ADEME est un partenaire fiable de l’action des Régions.
« un très bon niveau d’efficacité avec les Régions »
J’ajoute un point important à mes yeux : comme je l’ai déjà dit, il faut que les petites collectivités locales puissent accéder au montage de projets de transition, et donc qu’elles bénéficient de l’information et des soutiens nécessaires pour y parvenir, c’est aussi un rôle très important de l’ADEME.
Enfin il ne faut pas oublier le rôle moteur des COP territoriales lancées en 2023 par Elisabeth Borne et mon prédécesseur, Christophe Béchu, qui ont vocation à construire des feuilles de route entrant dans le Plan national d’adaptation au changement climatique. Ces COP sont un outil très utile pour construire ensemble une vision stratégique des actions, pour structurer les projets face à la diversité des offres. Certaines Régions s’en sont d’ailleurs pleinement saisies, comme le Grand Est par exemple, et je m’en réjouis.
Propos recueillis par Philippe Martin
La suite de l’interview est à retrouver dans le numéro 176 de Régions Magazine et son supplément consacré à la transition écologique, actuellement en kiosques.
