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Philippe Martin
07/01/2024
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Directrice de TotalEnergies France, Isabelle Patrier est entrée dans la compagnie en 1992. Elle y a occupé diverses fonctions à responsabilités à l’international, avant de prendre la direction du Développement régional en 2017, puis la Direction France en septembre 2021.

« TotalEnergies a un réel savoir-faire sur la décarbonation »

Producteur d’hydrocarbures, TotalEnergies s’inscrit également dans une stratégie qui relève de l’industrie verte. Explications avec sa directrice France Isabelle Patrier.

Tout en haut des 187 mètres de la Tour Coupole, à La Défense, Isabelle Patrier n’a toujours pas complètement décoléré. Fan de rugby, la directrice France de TotalEnergies, Catalane de naissance, a les yeux qui brillent un peu plus fort dès qu’on évoque devant elle le quart de finale perdu par le XV de France lors de la dernière Coupe du Monde. D’autant que la compagnie était un des sponsors principaux de la compétition.

Mais elle retrouve toute sa sérénité quand elle fait le tour des projets de ladite compagnie en matière de décarbonation, et quand elle explique à Régions Magazine comment le premier producteur français d’hydrocarbures s’inscrit de façon très volontariste, et depuis plusieurs années déjà, dans une démarche d’industrie verte.

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Isabelle Patrier s’implique beaucoup dans le travail mené avec les régions. On la voit ici au Congrès des Maires, signer une convention de partenariat en faveur de la transition énergétique et du développement économique, avec la Région Grand Est et son président Franck Leroy. Photo Région Grand Est.

Régions Magazine : TotalEnergies fait flèche de tout bois sur la décarbonation, mais reste l’un des premiers producteurs de carburant terrestre au monde. N’y a-t-il pas contradiction ? La compagnie peut-elle dès lors apparaître comme s’inscrivant dans une démarche relevant de l’“industrie verte” ?

Isabelle Patrier : C’est simple, TotalEnergies fait « mieux que la France » ! Je m’explique : depuis l’accord de Paris, notre pays vise à faire baisser de 35 % ses émissions de gaz à effet de serre, dans l’industrie, entre 2015 et 2030. Fin 2023, pour l’ensemble des sites de raffinage de TotalEnergies, nous aurons divisé par deux nos émissions de CO2…

En ce qui concerne la production de carburant, il faut être lucide : aujourd’hui 80 % de l’énergie consommée dans le monde est encore d’origine fossile. Il faut donc répondre à cette demande : imaginez comment fonctionnerait notre pays si nous stoppions toute production d’hydrocarbure du jour au lendemain. Cependant, il est nécessaire d‘accompagner la décarbonation de ce que nous produisons.

C’est ce que TotalEnergies a entrepris depuis plusieurs années en concentrant nos efforts sur le développement de l’électricité : en 2030, nous serons l’un des dix plus gros électriciens au monde. En France, nous sommes le premier producteur de Biogaz, nous avons près de 500 unités de production d’énergie renouvelable (éolien, photovoltaïque, hydroélectrique) et nous allons poursuivre ce développement.

Par Ailleurs, TotalEnergies installe massivement des bornes de recharges pour véhicules électriques : en France, nous avons déjà 18.000 bornes opérées par TotalEnergies, dont 1.000 bornes haute puissance.

Nous croyons profondément à cette trajectoire, mais il nous faut continuer à nous appuyer sur ces deux piliers : faire face à la demande encore en croissance d’énergie fossile, tout en travaillant d’arrache-pied sur le développement des énergies bas-carbone pour construire le système énergétique de demain. C’est ce à quoi nous nous employons depuis plusieurs années chez TotalEnergies.

RM : Plus précisément, comment vous-inscrivez-vous dans la démarche liée à la récente loi sur l’industrie verte ?

IP : Disons que nous nous y sommes engagés bien avant la loi… L’exemple le plus parlant, c’est bien sûr celui de nos raffineries, que nous avons entrepris de décarboner et de reconvertir depuis des années. Dès 2015, nous avons commencé à travailler sur le site de La Mède, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Nous avons investi 337 M€ pour la reconversion de la raffinerie en bioraffinerie : production d’HVO, projet de production d’hydrogène bas carbone et même centrale solaire haute performance. C’est désormais la première bioraffinerie française de taille mondiale.

Même chose avec la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, dont nous avons stoppé la production en 2021. Là aussi, à la clef, un investissement de 500 M€, avec une unité de production de carburant aérien durable, une autre de biométhanisation, une usine de recyclage chimique de plastiques, et la plus grande ferme solaire d’Île-de-France ! C’est désormais un site “zéro pétrole”.

Sur chacun de ces projets, nous avons cherché à sauvegarder l’emploi, et en plus nous avons récupéré des hectares disponibles pour le développement d’autres activités industrielles, ce qui est particulièrement attractif dans le contexte de la loi ZAN (NDLR : “Zéro artificialisation nette”).

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RM : Vous avez été, dans une fonction précédente, directrice du Développement régional de TotalEnergies, vous avez récemment signé une convention de partenariat avec Régions de France : d’où vous vient ce “tropisme régional”, et comment se traduit-il aujourd’hui ?

IP : D’abord, je suis originaire du sud de l’Occitanie, et je suis attachée à mes racines ! Ensuite, TotalEnergies est présente dans toutes les régions de France à travers ses sites industriels, renouvelables, mais aussi son réseau de stations-services, et même parfois de façon inattendue : savez-vous par exemple que TotalEnergies alimente plus de 120 aérodromes à travers le pays ?

Chez TotalEnergies, nous sommes persuadés que la stratégie de transition énergétique ne fonctionnera que si elle s’appuie sur les territoires. La région, par ses compétences, ses schémas d’aménagement comme le SRADDET, est l’échelon privilégié pour tracer une trajectoire de décarbonation.

C’est pourquoi nous avons créé, dans chaque région, un “think tank” où nous avons associé de nombreux acteurs du territoire comme des élus, chefs d’entreprises, universitaires, chercheurs, ONG, pour réfléchir ensemble autour de thèmes majeurs comme : quels objectifs de décarbonation peut-on se fixer dans notre région ? Et comment les atteindre ? (NDLR : lire dans note supplément Centre-Val de Loire le reportage consacré au cercle de réflexion mis en place dans cette région). Chacun de ces cercles a choisi son propre thème de travail : en PACA, “les jeunes face aux industries de demain” ; dans les Pays de la Loire, “la décarbonation de l’agriculture” ; en Centre-Val de Loire, les “dialogues de la transition juste”…

Cette démarche collective, nous avons l’habitude de la mener dans les territoires. Si je reprends l’exemple de la transformation de la plateforme de Grandpuits, durant les phases du projet, nous avons réalisé un bilan de la reconversion avec, autour le table, la Région Île-de-France, EDF, les services de l’Etat comme la préfecture, la DREAL, etc. La décarbonation est un défi collectif, que nous devons relever ensemble, avec la société.

Propos recueillis par Philippe Martin

Photos Hugues-Marie Duclos Régions Magazine

Lire la suite de l’interview dans le n°169 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.

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