Vive polémique entre Régions de France et la directrice générale de l’ONISEP
En France, l’orientation des élèves des collèges et des lycées demeure un sujet brûlant, et un chantier jamais vraiment achevé (lire à ce sujet l’interview de François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire et de la commission Formation de Régions de France dans le n°175 de Régions Magazine, actuellement en kiosques). Et il a suffi d’une étincelle pour rallumer la flamme, suscitant une vive polémique entre la directrice générale de l’ONISEP et l’association des Régions de France.
Philippe Martin
Lors de son audition au Sénat devant la commission d’enquête sur les Agences de l’Etat, le 3 avril, la directrice générale de l’ONISEP (Office national d’information sur les enseignements et les professions) Frédérique Alexandre-Bailly, a en effet déclaré que « se priver de l’ingénierie portée par la mission data de l’Onisep – qu’il s’agisse de la confier aux régions ou au privé – entraînerait un risque de diminution du service public ainsi qu’une perte d’économie d’échelle ».
Des propos inacceptables pour les présidents des Régions
Une petite phrase qui a fait bondir d’indignation les présidents de Région. Dans un communiqué, leur association évoque des « propos inadmissibles et offensants ». Et de poursuivre : « Ces propos assimilant les services des Conseils régionaux au secteur privé sont inacceptables pour les 550 personnels des Régions, des agences régionales et des Carif-Oref qui incarnent au quotidien le Service Public Régional de l’Orientation.
Nos équipes agissent chaque jour avec compétence et professionnalisme pour remplir la mission de service public sur l’orientation et l’information sur les métiers qui leur a été confiée par les lois du 5 mars 2014 et du 5 septembre 2018. Nos agents agissent pour le service public, qui est exercé autant par l’État que par les Collectivités territoriales sur cette compétence aujourd’hui partagée.
N’en déplaise à la Directrice Générale, nos agents agissent avec les mêmes valeurs de service public que leurs collègues de l’État pour présenter de manière objective et neutre l’ensemble des métiers aux collégiens, lycéens, apprentis et étudiants, pour déjouer les biais et les déterminismes sociaux, territoriaux ou de genre. »
Un rappel à l’ordre demandé par Régions de France
Dans un courrier (à lire ici) adressé à la ministre de l’Éducation nationale Elisabeth Borne, qui exerce la tutelle sur l’ONISEP, Carole Delga, présidente de Régions de France et François Bonneau lui demandent de « rappeler à l’ordre la Directrice Générale, de lui faire retirer ses propos offensants à l’égard des Régions et de leurs agents ».
Sur le fond, Régions de France rejette les arguments utilisés par la Directrice Générale pour tenter de justifier le maintien dans ses services des 95 ETP des Directions territoriales Onisep. Car c’est là que se situe le cœur de la polémique : les transferts, jamais vraiment achevés, des personnels entre l’agence de l’État et les Régions, en charge de l’orientation, depuis les lois de 2014 et 2018.
« Nous l’avons démontré devant la Commission d’Enquête du Sénat, poursuivent les présidents de Région, ces personnels doivent trouver leur place au sein des services et agences des Régions, et nous demandons leur transfert pour permettre aux Régions d’exercer la compétence pleine et entière sur l’orientation et l’information sur les métiers. Nous demandons aussi au gouvernement le transfert des moyens nécessaires à cette mission. »
Cette mesure de décentralisation contribuera à régler le dossier des interactions entre la plateforme AVENIR(S) de l’ONISEP et les plateformes développées par les Régions depuis 2018. À ce sujet, les présidents « réfutent l’analyse surréaliste de la Directrice Générale selon laquelle le « moment de fraicheur » sur AVENIR(S) serait « derrière nous ». Malgré les six réunions de concertation organisées avec le ministère de l’Éducation nationale depuis le 12 novembre 2024, la valeur ajoutée de la plateforme AVENIR(S) pour les Régions reste à démontrer. »
« Alors que la concertation nationale l’orientation se termine, nous attendons la réponse de la ministre de l’Éducation nationale à nos demandes pour exercer la compétence pleine et entière. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de demi-mesures face au gâchis social, économique et humain que représente l’échec collectif de l’orientation subie dans notre pays », concluent Carole Delga et François Bonneau.
Au gouvernement de clarifier désormais les compétences entre l’ONISEP et les Régions, une clarification d’ailleurs demandée par la Cour des comptes dans son rapport annuel du 19 mars.
