Ukrainiens déplacés : l’appel des régions et des villes d’Europe
Philippe Martin
Face à la fin programmée de la protection temporaire en 2028, le Comité européen des régions appelle à mieux accompagner les Ukrainiens déplacés.
Alors que la Russie intensifie ses attaques contre les infrastructures civiles et énergétiques à l’approche de l’hiver, la probabilité d’un exode massif d’Ukrainiens s’accroît à nouveau. Dans ce contexte, et afin de garantir la sécurité juridique et des perspectives durables aux personnes déplacées d’Ukraine, les villes et les régions jouent un rôle central. Mais elles ont besoin d’un financement prévisible et de capacités administratives suffisantes pour encadrer la transition au-delà de la protection temporaire.

C’est ce qu’affirme le Comité européen des régions (CdR) dans son avis intitulé « De la protection temporaire à des solutions durables pour les Ukrainiens déplacés dans l’UE : le rôle des villes et des régions », adopté lors de sa 173e session plénière le 13 octobre dernier.
En juillet 2026, 4,4 millions de ressortissants de pays tiers ayant fui l’Ukraine bénéficiaient d’une protection temporaire dans l’UE, selon Eurostat. Le HCR indique que 49 % des réfugiés ukrainiens ont exprimé l’espoir ou l’intention de rentrer chez eux à l’avenir, l’amélioration de la sécurité, l’accès au logement et la disponibilité des services essentiels figurant parmi les principales conditions influençant ce retour.
Protection temporaire : l’Europe doit préparer l’après-2028
Plus de quatre ans après l’invasion à grande échelle par la Russie, ces chiffres soulignent la nécessité de passer d’une réponse d’urgence à des dispositifs clairs, coordonnés et durables, comme le souligne l’avis du Comité des régions. La protection temporaire devant prendre fin le 4 mars 2028, l’UE et ses États membres doivent mettre à profit cette période pour élaborer des solutions durables pour les personnes déplacées ukrainiennes et les communautés d’accueil, affirme le Comité des régions.
L’avis rédigé par Antje Grotheer (DE/PES), présidente du Parlement du Land de Brême et présidente du groupe de travail du CdR sur l’Ukraine, appelle à une « transition progressive et coordonnée qui tienne compte des situations individuelles, garantisse les droits acquis et assure une protection continue. »
Elle identifie trois priorités : « soutenir l’inclusion durable des Ukrainiens déplacés dans les communautés européennes ; investir dans leur éducation, leurs compétences et leur développement professionnel, au bénéfice des sociétés d’accueil et du redressement de l’Ukraine ; et permettre un retour et une réintégration volontaires, éclairés, sûrs et durables lorsque les conditions le permettront. »
Villes et régions : un rôle central dans l’accueil et l’intégration des Ukrainiens
Depuis le début de la guerre en Russie, les villes et les régions ont joué un rôle central dans la réponse européenne, en aidant les populations à se mettre en sécurité et en leur fournissant logement, éducation, soins de santé, soutien à l’emploi et services sociaux (lire à ce sujet le dernier numéro de Régions Magazine).
Le Comité des régions souligne que leur expérience doit éclairer les décisions prises aux niveaux européen et national concernant les futurs parcours de résidence, les mesures d’inclusion et le soutien au retour volontaire et à la réintégration.
Les autorités locales et régionales « devraient donc être directement impliquées dans la conception et la mise en œuvre de la transition. Elles ont également besoin de financements européens et nationaux prévisibles, ainsi que de capacités administratives suffisantes, pour maintenir les services publics essentiels, répondre aux besoins en logement et préserver la cohésion sociale dans les communautés d’accueil. »
Levée des obstacles
Le Comité « demande la levée des obstacles persistants à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé, à un logement convenable et à la reconnaissance des qualifications, afin de permettre aux personnes déplacées de vivre de manière autonome, de mettre leurs compétences à profit et de participer pleinement à la vie de leur communauté. Une attention particulière doit être portée aux enfants et aux jeunes, aux femmes, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et aux autres personnes en situation de vulnérabilité ».
Les représentants locaux et régionaux insistent sur le fait que « tout retour futur en Ukraine doit être volontaire, éclairé, sûr et durable, et tenir compte de la situation familiale, de la santé, de l’éducation et des liens communautaires de chaque personne. Les villes et régions de l’UE et d’Ukraine devraient coopérer pour favoriser une réintégration digne, rétablir le logement et les services publics locaux, et garantir la continuité de l’éducation, des soins de santé et de la protection sociale. »

Pour Tetiana Yehorova-Lutsenko, présidente de l’Association ukrainienne des conseils de district et régionaux (UAROR) et présidente du Conseil régional de Kharkiv : « Les millions d’Ukrainiens vivant actuellement hors des frontières de notre pays représentent un immense potentiel humain que l’Ukraine ne peut se permettre de perdre. Les Ukrainiens des communautés européennes doivent maintenir des liens avec l’Ukraine et avoir la possibilité d’y retourner volontairement.
Je tiens à souligner plusieurs points fondamentaux. Premièrement, la sécurité est la condition essentielle au retour de nos citoyens. Le projet de résolution stipule à juste titre que ce retour doit être volontaire, sûr et digne, et tenir compte de la situation dans chaque région d’Ukraine. Deuxièmement, le renforcement des communautés ukrainiennes doit s’inscrire dans la politique européenne. »