Suppression du Grand Paris : « Encore une minute, monsieur le bourreau »
Président de la Métropole du Grand Paris, Patrick Ollier s’est vivement insurgé contre le rapport Woerth qui entend la supprimer, et qu’il juge « absurde ».
Philippe Martin
A lire certains passages du rapport remis par Éric Woerth au président de la République, on a parfois l’impression d’un nouveau “retour en Absurdistan”, particulièrement en ce qui concerne la Métropole du Grand Paris. Au moment même où cette collectivité vient d’inaugurer son plus beau fleuron en termes d’aménagement, qui plus est en présence d’Emmanuel Macron lui-même, à savoir le Centre Aquatique Olympique, voilà que le député de l’Oise propose de… la rayer de la carte ! Et qui plus est sans la remplacer par rien, si ce n’est une vague “région-métropole” aux contours improbables.
Pour se souvenir de compétences de la MGP (Métropole Grand Paris), il suffit de se replonger dans le numéro spécial que lui avait consacré Régions Magazine en septembre 2021 (lien avec le supplément), et titré de façon prémonitoire “Métropole du Grand Paris : un destin olympique”. Où nous rappelions notamment que la MGP n’avait pas constitué une couche supplémentaire à notre millefeuille territorial (ce que semble penser Éric Woerth), mais avait au contraire permis de supprimer seize intercommunalités pour n’en faire qu’une seule.
Métropole du Grand Paris : la voix de 7 millions d’habitants
Qu’elle avait lancé 77 projets d’aménagement dans le cadre du plus grand concours d’architectes d’Europe « Inventons la Métropole du Grand Paris ». Quelle avait en charge l’aménagement de 56 quartiers de gare dans le cadre du Grand Paris Express, ou encore la gestion des inondations du Bassin de la Seine. Et surtout, peut-être, qu’elle arrivait à faire parler d’une seule voix, ou presque, 131 communes de tailles variées et de tous bords politiques, représentant plus de 7 millions d’habitants !

C’est tout cela que la rapport Woerth suggère de biffer d’un trait de crayon. Bien entendu, Patrick Ollier, président de la Métropole Grand Paris depuis sa création, ne pouvait rester sans réagir. Il l’a fait le 3 juin, lors du traditionnel diner des maires de la Métropole du Grand Paris, en présence de 70 maires de la métropole et également d’une forte délégation de la Ville de Paris emmenée par la maire Anne Hidalgo.
« Ce rapport, je le trouve absurde. »
« Encore une minute, monsieur le bourreau », a lancé Patrick Ollier à l’intention d’Éric Woerth. Avant de poursuivre : « Ce rapport, je le trouve absurde. Je pèse mes mots parce que je ne suis pas grossier. Je le trouve très techno et totalement en dehors des besoins du futur. Parce que la Métropole, elle est là aussi pour préparer les cheminements pour l’avenir. Avec ce rapport, s’il était adopté, la ville de Paris serait la seule capitale européenne qui ne disposerait pas d’une aire métropolitaine ».
Une culture du consensus au sein de la métropole
Patrick Ollier a aussi rappelé, et c’est important, les « vertus de la gouvernance partagée, de la culture du consensus qui aboutit à ce que, au sein de la MGP, les délibérations sont adoptées par 98 % des voix ».

La président de la MGP a rappelé les nombreux dossiers que sa collectivité gère en direct, à commencer par le Schéma de cohérence territoriale (SCOT), un programme écologique adopté en un temps record. Et de nouveau il a dénoncé vigoureusement « l’absurdité d’un rapport qui veut mieux associer les maires aux prises de décisions de la Métropole du Grand Lyon, créer une gouvernance partagée dans le Grand Marseille, sur le modèle de celle du Grand Paris, et supprimer la gouvernance de la métropole du Grand Paris ! ».
Un nouveau mode de scrutin problématique à Paris
Un discours soutenu par la maire de Paris Anne Hidalgo, qui s’est également élevée contre le nouveau mode de scrutin que le rapport Woerth veut introduire, s’agissant de la Ville de Paris. Reste à savoir si ces discours seront entendus, ce qui n’a pas été le cas avant la restitution du fameux rapport.
