Présidentielle 2027 : France urbaine présente son programme
Philippe Martin
À l’occasion de ses dix ans, l’association des métropoles et des agglomérations émet 60 propositions à l’intention des candidats à la présidentielle.
La phrase est de Nathalie Koenders, maire de Dijon et vice-présidente de la Métropole : « Quand j’ai décidé de me présenter de nouveau aux élections municipales, je me suis posé la question : pour quelle raison le fais-tu ? La réponse m’est apparue, toute simple : pour améliorer la vie des gens ». Voilà qui résume assez bien l’esprit dans lequel France urbaine, l’association qui regroupe les métropoles et les grandes villes, a fêté ses dix années d’existence à la Philharmonie de Paris.
Une vision positive de l’action politique donc, mais aussi émaillée de beaucoup d’incertitudes. Incertitudes budgétaires en pleine présentation du PLF (projet de loi de finances) alors que, selon le mot du président de France urbaine et président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc, « notre strate de collectivité a été particulièrement maltraitée, lors des précédentes lois de finances ». Incertitudes sécuritaires, alors que plusieurs élus, dont Johanna Rolland la présidente de Nantes Métropole, ont dû quitter les travaux de l’association pour regagner leur ville en proie aux manifestations lycéennes. Incertitudes surtout dans le dialogue avec l’État, « auquel nous demandons simplement de respecter ses engagements, sachant que par exemple, la taxe d’habitation n’a jamais été compensée “à l’euro près” après que le gouvernement l’a supprimée ».
Autre demande pressante, concernant la sécurité, rappelée par la présidente de Rennes Métropole Nathalie Appéré : « nous, maires de grandes villes, sommes confrontés à quatre préoccupations majeures : l’explosion du trafic de drogue ; le déploiement de la cybercriminalité ; les violences à caractère raciste et antisémite ; les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales. Face à ces phénomènes, nous demandons que la loi sur les polices municipales soit enfin votée, après deux ans de “stop and go” ».
Jean-Luc Moudenc rappelant au passage que la précédente loi sur les polices municipales date de…1999 ! « Inutile de dire que la situation de l’époque n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui, alors que les effectifs des polices municipales dépassent désormais les 30.000 agents ».
« Le temps des solutions »
Autre priorité, les transports, à propos desquels la demande de France urbaine n’a pas varié depuis plusieurs années : appliquer à l’ensemble des Métropoles le même régime de versement mobilités que celui qui est réservé pour le moment à la seule Région Île-de-France. Pour la région francilienne, « le versement correspond à 500 € par personne et par an ; pour toutes les autres, il est de 150 euros ! Il y a là une énorme inégalité, alors que les besoins en matière de transports publics sont évalués à 34 Md€ pour les dix ans à venir, tandis que les 25 projets de SERM (RER métropolitains) labellisés par l’Etat sont censés reposer sur un investissement de 65 Md€ »…
À l’approche de l’élection présidentielle, France urbaine a donc décidé de peser à sa manière, en soumettant à chaque candidat à l’élection suprême sa « contribution au débat », sous forme d’un document intitulé “Temps des crises, temps des solutions”, fixant 15 priorités et émettant 60 propositions. « Nous le soumettrons à chaque candidat, dès que la situation sur les candidatures réelles sera clarifiée, et nous étudierons de très près leurs réponses ». Un échange qui s’annonce intéressant, puisque dans le même temps le Rassemblement national a, par exemple, annoncé son intention, s’il arrivait au pouvoir, de supprimer purement et simplement les Métropoles et l’ensemble des intercommunalités qu’il juge inutiles…

15 priorités, 60 propositions
Le document que France urbaine va présenter aux candidats à la présidentielle s’appuie d’abord sur 15 priorités qui concernent des sujets très variés, parmi lesquels « faire des villes le creuset de la transition écologique », « pouvoir vivre en sécurité dans son quartier », « pouvoir se déplacer dans tout son bassin de vie » ou encore « pouvoir se soigner en proximité ».
Un travail de réflexion qui débouche sur 60 propositions concrètes. Citons en vrac « Engager un acte II de la lutte contre le narcotrafic et élargir l’action judiciaire des polices municipales » ; « renforcer la protection des captages d’eau potable » ; « lancer un troisième programme de rénovation urbaine » ; « retisser un lien fiscal entre chaque citoyen et sa commune de résidence dont il est habitant et usager des services » ; ou encore, évidemment « relever le plafond du versement mobilité hors Île-de-France ».
Un véritable programme sur lequel les candidats seront donc invités à s’exprimer… et à s’engager.
Retrouvez ici le document de France urbaine

Hommes d’Etat
France urbaine est « l’association transpartisane des grandes villes, grandes agglomérations, communautés urbaines et métropoles françaises ». Mais si l’association (née de la fusion en novembre 2015 de l’Association des maires des grandes villes de France, l’AMGVF, et de l’Association des communautés urbaines de France, l’ACUF) n’a que dix ans, les communautés urbaines, elles, sont beaucoup plus anciennes, puisque les premières ont été créées par la loi du 31 décembre 1966, s’agissant à l’époque de Bordeaux, Lille, Lyon et Strasbourg.
Une vidéo projetée lors du dixième anniversaire a d’ailleurs permis d’en rappeler la genèse, et d’en évoquer les pères fondateurs, chantres à des degrés divers de la décentralisation, qu’ils soient plutôt classés à droite comme Olivier Guichard, Jacques Chaban-Delmas ou Pierre Messmer, ou à gauche comme Gaston Deferre, Pierre Mauroy ou Michel Rocard.
En regardant cet émouvant film en noir et blanc, on ne pouvait s’empêcher de trouver un point commun à ces élus de tous bords : c’étaient des hommes d’État…