Pays de la Loire : les PME au cœur de la Défense
Cécile Faver
Le Pôle de Compétitivité Industrielle EMC2 a lancé ECODEF (pour « économie de la Défense »), un programme collectif destiné à mieux équiper des TPE et des PME ligériennes, prestataires de l’industrie de la Défense nationale. Explications.
Le Pôle de Compétitivité Industrielle EMC2, implanté à Bouguenais, près de Nantes, est aux premières loges de l’évolution de l’industrie en France et en Europe. Notamment depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, qui mobilise de nombreux géants industriels et un ensemble de petites et moyennes entreprises de la Base Industrielle et Technologique de la Défense (BITD).
Dans un contexte géopolitique international aussi mouvant que tendu, l’économie de guerre monte en puissance. Quelles sont aujourd’hui les entreprises des Pays de la Loire en capacité de fournir des pièces indispensables aux industries de la Défense ? Comment mieux les « armer » pour répondre aux appels d’offres nationaux et soutenir l’économie régionale ?

Pour répondre à ces questions, le Pôle de compétitivité industrielle EMC2, la Région des Pays de la Loire, la Direction générale de l’armement (DGA), Airbus Atlantic, Daher et Naval Group ont pris l’initiative d’accompagner depuis avril 2024 des TPE et des PME de l’écosystème des entreprises sous-traitantes de l’industrie de la Défense. Nom de code : ECODEF.
Investissement global : 600.000 € ; investissement par entreprise de 50-150 salariés : de 800 000 euros à 1,5 million d’euros : « Ce dispositif s’adresse aux entreprises des secteurs aéronautiques, maritimes et de la filière des drones, qui peuvent fournir des pièces à l’industrie de la Défense, centré sur le manufacturing, explique Laurent Manach, directeur général du pôle de compétitivité industrielle EMC2. Cela concerne autant la connaissance des machines, la capacité des opérateurs à intégrer des nouvelles techniques ou des technologies numériques que la mesure des risques, qu’il s’agisse de cybersécurité ou de sécurité physique en cas d’incendie ou d’effraction. Toutes ces entreprises mobilisées sont en capa-cité d’augmenter leurs cadences et leur productivité ».
De futures alliances financières
Pendant six mois, des entreprises ciblées par le pôle EMC2 bénéficient d’un accompagnement sur-mesure afin de disposer des infrastructures et des compétences nécessaires, élaborer et mettre en place un plan de progrès associé à un plan de financement, en fonction par exemple des fonds propres de l’entreprise.
L’objectif : prêter main forte aux grands donneurs d’ordres – Airbus Atlantic, Daher et Naval Group – et les aider à faire face à l’augmentation probable des volumes de production et à l’accélération future des délais de livraison.
Trois promotions d’entreprises ancrées en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire, qui travaillent également pour le civil, ont d’ores et déjà été accompagnées. À l’instar notamment du groupe nantais Europe Technologies (filiales dédiées à l’industrialisation et la fabrication de pièces métalliques, plastiques et composites, la conception et production de machines et cellules robotisées). Du groupe régional et familial Sofira (spécialisé dans l’usinage de précision [profilés] et le traitement de surface [peintures] pour l’industrie aéronautique et la construction navale). Et de la société historique Rabas (spécialiste de la fabrication mécanique de précision).
« Depuis avril, nous avons lancé la version 2 d’ECODEF à la demande du ministère des Armées, en y intégrant un volet de financement », poursuit Laurent Manach. Qui ajoute : « Les entreprises de l’écosystème de la Défense doivent être soutenues financièrement à la fois par les collectivités territoriales, Régions, Métropoles, EPCI, et par les acteurs financiers privés, notamment les banques et les fonds d’investissement. C’est une responsabilité collective ! »
Une autre vision de l’industrie
La dynamique collective prime. « C’est l’assemblage des savoir-faire entrepreneuriaux et des compétences, par exemple en chaudronnerie, soudage ou flux logistique… etc, qui font qu’elles sont indispensables. Une entreprise qui travaille pour la Défense travaille aussi pour le territoire. Nous avons à cœur de relancer et de renforcer une dynamique collective avec de grands projets structurants », affirme Laurent Manach.
ECODEF n’est destiné à aucune entre-prise ligérienne de la filière nucléaire. Celles-ci se sont néanmoins engagées, grâce au programme PEON (pour « programme d’excellence opérationnelle nucléaire ») sur deux ans, piloté par le GIFEN (ou « groupement des industriels français de l’énergie nucléaire »). La première édition a été lancée il y a à peine un an, conjointement par le pôle EMC2, le réseau nazairien Néopolia, l’association PEREN (qui promeut l’emploi des entreprises prestataires du secteur nucléaire) et le GIFEN.
« Nous travaillons à la résilience du territoire non seulement pour maintenir les emplois, développer le tissu économique, s’inscrire dans des démarches collaboratives, investir en espérant un retour sur investissement, mais aussi incarner la souveraineté française et donner à la jeunesse une autre vision de l’industrie. Cela peut avoir de nombreux impacts sur les choix de supply chain, d’approvisionnement et d’investisse-ment », souligne Laurent Manach. Et Stéphane Klein, président du Pôle de Compétitivité Industrielle EMC2 de conclure : « Dans un contexte de montée en cadence et de tensions sur les chaînes d’approvisionnement, les grands donneurs d’ordres ont besoin de s’appuyer sur des écosystèmes industriels solides. Le rôle du Pôle EMC2 est précisément de structurer cette dynamique collective : accompagner les PME, renforcer leur performance et, in fine, consolider une supply chain plus robuste, plus compétitive et plus souveraine. »