Nouvelle-Aquitaine : Les élus demandent un réacteur EPR2 dans le Blayais
Philippe Martin
Alain Rousset et 25 élus de Nouvelle-Aquitaine demandent à Emmanuel Macron de retenir le Blayais pour accueillir deux réacteurs nucléaires EPR2.
Dans un courrier adressé au président de la République, Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, et 25 grands élus de Gironde, de Charente et de Charente-Maritime, ont réaffirmé leur « soutien déterminé en faveur de l’implantation de deux réacteurs du programme EPR2 sur le site du Blayais » (NDLR : territoire viticole au nord de la Gironde), alors que la décision de l’implantation s’apprête à être rendue. Ce choix est qualifié « d’intérêt national pour toute la façade atlantique » par l’ensemble de ces signataires, de toutes sensibilités politiques confondues.
Cette conviction s’appuie sur un travail collectif conduit depuis 2021 par les communes et intercommunalités de Haute Gironde, les chambres consulaires, les Départements, la Région, les services de l’État, et les organisations d’entreprises. Selon les signataires de la lettre, elle repose sur cinq raisons.
« 1. Rééquilibrer la carte électrique de la France au bénéfice de la façade atlantique
Notre parc nucléaire reste concentré au Nord et dans la vallée du Rhône. Dans le même temps, les besoins électriques de l’Ouest et du Sud-Ouest progressent rapidement, portés par l’électrification de l’industrie et des transports, par le numérique et par de nouvelles filières électro-intensives.
Le Blayais se situe au point d’équilibre naturel entre le Nord, l’Ouest et le Sud du pays, sur le corridor atlantique qui relie Saint-Nazaire à la péninsule ibérique. Il est surtout à proximité immédiate de l’aboutissement, dans le Médoc, de la nouvelle interconnexion France-Espagne par le golfe de Gascogne et du nouvel axe Gironde- Loire-Atlantique qui relie notre façade à l’estuaire de la Loire.
Ces interconnexions s’inscrivent dans un programme porté par RTE d’environ 20 milliards d’euros en Nouvelle-Aquitaine d’ici 2040, au sein d’un effort national de près de 100 milliards d’euros d’ici 2040. La nation investit dans les autoroutes de l’électricité de la façade atlantique ; y adosser une production électrique décarbonée et pilotable au Blayais est essentiel pour la plus grande région de France en superficie. Cela permettra aussi de stabiliser les échanges transfrontaliers, limiter les flux longue distance et sécuriser l’intégration des énergies renouvelables, en France comme en Espagne.
2. Donner à l’industrie du Sud-Ouest l’électricité de sa décarbonation
La réindustrialisation et la décarbonation reposent sur une condition simple : une électricité abondante, pilotable, bas-carbone et compétitive. Notre territoire en mesure déjà le besoin, bien au-delà de la Gironde.
Sur le bassin de Lacq, la chimie et les nouvelles filières d’hydrogène et d’e-carburants portent des projets fortement électro-intensifs : une seule unité d’e-carburants d’environ 250 MW consommerait 2,2 à 2,5 TWh par an, près de 15 % de la production d’un réacteur EPR2. À Cognac fonctionne le premier four verrier entièrement électrique au monde dédié à l’emballage alimentaire. À Limoges, des manufactures historiques convertissent leurs procédés à l’électricité. Sur la presqu’île d’Ambès, la zone industrielle bas carbone (ZIBAC) lauréate de France 2030 organise les synergies de demain. Batteries, aéronautique, spatial, chimie : nos industriels nous le disent tous, leur compétitivité dépend désormais d’une électricité prévisible sur plusieurs décennies. Cette dynamique se prolonge au sein de l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine – Euskadi – Navarre, où les trajectoires d’électrification sont tout aussi fortes.
Avec environ 25 TWh par an, une paire d’EPR2 au Blayais apporte une réponse proportionnée à ces besoins, en complément de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables que développe notre région.
3. Faire de la façade atlantique un hub numérique souverain
Les données qui relient l’Europe à l’Amérique du Nord arrivent déjà sur nos côtes. Le câble transatlantique Amitié relie la Gironde aux États-Unis ; les câbles Grace Hopper et Marea font de même depuis Bilbao. Cette position attire des investissements de calcul d’une ampleur nouvelle nécessitant la fourniture de plusieurs centaines de mégawatts.
Aujourd’hui, 92 % des données européennes sont hébergées hors de l’Union. Les ramener au maximum sur notre sol est un enjeu de souveraineté, qui ne se fera pas sans électricité massive et pilotable. Il serait paradoxal que les données du continent transitent par nos côtes pour être traitées ailleurs, faute de production à proximité.
4. Un territoire prêt
Le Blayais n’est pas un site à préparer, c’est un site prêt à délivrer. Il accueille depuis 1981 une centrale majeure du parc français et sa source froide estuarienne, capacitive et moins exposée aux étiages et aux hausses de température que les sites fluviaux, est un atout pour de nouvelles installations appelées à fonctionner jusqu’à la fin du siècle. Le foncier nécessaire est identifié dans les documents d’urbanisme.
Le Grand port maritime de Bordeaux et les ports fédérés au sein d’Aquitania Ports Link, au premier rang desquels La Rochelle et Rochefort-Tonnay-Charente en Charente-Maritime, ainsi que Bayonne, offrent pour les matériaux et les colis lourds une logistique fluvio-maritime que peu de sites peuvent égaler. Le Campus des métiers « Maintenance en environnement sensible » réunit 32 établissements, 188 entreprises et totalise 5 000 apprenants.
Pour le génie civil, qui mobilisera les premières années du chantier, il pourra s’appuyer sur le campus du génie civil et des infrastructures intelligentes d’Égletons, en Corrèze, et sur le lycée des métiers du bâtiment de Felletin, dans la Creuse, siège du campus régional du patrimoine bâti.
Avec jusqu’à 10.000 emplois en phase chantier, c’est toute la jeunesse de Nouvelle-Aquitaine, bien au-delà de l’estuaire, qui trouvera dans ce projet des métiers d’avenir. Quant à l’estuaire de la Gironde, plus grand estuaire d’Europe, nous faisons de son exigence environnementale un levier : en faire un démonstrateur national de résilience hydrologique et écologique.
5. Un engagement déjà collectif
Ce projet est fortement porté collectivement sur le territoire. Plus de 2.700 signataires d’un manifeste de soutien et 152 motions votées par les collectivités, jusqu’à Limoges Métropole, témoignent d’un consensus transpartisan et durable.
Ce consensus est organisé : un comité de suivi animé depuis 2021 par les élus de l’Estuaire et les chambres consulaires, un comité stratégique coprésidé depuis le 5 février 2026 par la Préfète de région et le Président du Conseil régional, cinq groupes de travail associant collectivités, services de l’État, chambres consulaires, acteurs économiques et EDF.
Il est enfin formalisé : avant même votre décision, les partenaires ont souscrit un Pacte territorial de 33 engagements réciproques, des compétences et de la jeunesse jusqu’à la gestion de l’eau. Le territoire n’y formule pas des attentes ; il y apporte sa part de la réussite du programme, en qualité, en délais et en coûts. »
Et les auteurs du courrier de conclure : « Monsieur le Président de la République, nous vous demandons de retenir le site du Blayais pour l’accueil d’une paire de réacteurs EPR2 au sein du second palier du programme. Nous sommes convaincus qu’il a vocation à en être le site de tête : un site capable d’éprouver les méthodes, de sécuriser les délais et les coûts, et de faire école pour la suite du nouveau nucléaire français.
Choisir le Blayais, ce n’est pas faire un choix pour un territoire. C’est donner à toute la façade atlantique, de l’estuaire de la Loire au Pays basque, l’énergie de son industrie (qui représente désormais plus de 13 % de notre PIB régional, bien au-dessus de la moyenne nationale), de son numérique et de sa souveraineté. Nous sommes prêts, ensemble, à en assumer notre part ».
Parmi les signataires du courrier, Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine ; Lydia Héraud, présidente de la Communauté de communes de l’Estuaire – présidente du Comité de suivi de la candidature EPR2 Blayais ; Sylvie Marcilly, présidente du Conseil départemental de la Charente-Maritime ; Jérôme Sourisseau, président du Conseil départemental de la Charente ; Thomas Cazenave, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole ; Jean-Christophe Husson, maire de Braud-et-Saint-Louis ; Eric Japiot, maire de Blaye et président de la Communauté de communes de Blaye ainsi que de nombreux parlementaires, députés et sénateurs de tous bords.