Nice n’aura pas les Jeux
Philippe Martin
La décision du Comité International Olympique est tombée : aucune épreuve de glace ne se disputera à Nice lors des JOP d’Hiver de 2030. Les épreuves seront relocalisées à Lyon.
2030, quand il s’agit d’organiser une épreuve sportive planétaire comme les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver, c’est demain. Et pourtant la carte des épreuves Des JOP “Alpes française 2030” ne cesse d’être modifiée, parfois de façon spectaculaire. Dernier avatar : l’abandon par le Comité International Olympique (CIO) de la ville de Nice. Une décision lourde de conséquences, tant en termes budgétaires qu’organisationnels.

Rembobinons. D’abord pour rappeler que ces Jeux sont coorganisés par deux régions, Auvergne-Rhône-Alpes d’une part, Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’autre. Avec, jusqu’à présent, un partage équitable entre les deux territoires. Côté Région Sud, le “pôle briançonnais” avec les épreuves de ski free-style à Montgenèvre et Serre-Chevalier, et le ski alpinisme (sport additionnel) à La Grave (Hautes-Alpes). Plus un pôle niçois très important : ensemble des épreuves sur glace, dont le hockey masculin et féminin, cérémonie de clôture sur la promenade des Anglais, village olympique, centre international des médias…
Seulement voilà : pour accueillir les sports de glace (patinage artistique, curling, short-track et hockey), il fallait une patinoire digne de ce nom, dont ne dispose pas la ville de Nice. D’où l’idée de transformer provisoirement le stade de l’Allianz Riviera en patinoire géante, en le couvrant pendant la durée des Jeux. Avec deux conséquences : des investissements importants, estimés à 45 M€ ; et le fait de priver les footballeurs de l’OGC Nice de leur stade pendant plusieurs matchs de la saison 2030-2031, a minima de janvier à mars.
Cette idée avait été soutenue par l’ancien maire de Nice Christian Estrosi, puis validée par les co-organisateurs et par le CIO. Mais les élections municipales sont passées par là, et le nouveau maire Éric Ciotti s’est dès le départ opposé au projet de couverture du stade, ou à la construction d’une patinoire neuve, proposant des solutions de remplacement moins coûteuses (Palais des Expositions, ancienne caserne).
Propositions qui ont été jugées très insuffisantes, notamment par la Fédération Internationale de hockey sur glace (IIHF). Qui s’est également opposée à l’idée de couper en deux les épreuves de hockey : les hommes à Nice, les femmes… ailleurs. Le président de l’IIHF, le Français Luc Tardif, ne s’est pas privé de rappeler au passage le poids de sa discipline dans les JOP d’Hiver : « il ne faut pas oublier que le hockey, c’est 60 % de la recette billetterie des Jeux. On commence deux jours avant l’inauguration, on finit les derniers, on mobilise tous les médias. Donc parfois, on voudrait être considérées à notre juste valeur ! », a-t-il lancé.
Lyon l’a emporté sur Paris
Le 29 mai, le CIO a donc annoncé qu’il renonçait à la ville de Nice, qui se voit privée de l’ensemble des épreuves de glace. Après un débat assez tendu, deux candidatures sont apparues : Paris et Lyon. Et c’est finalement la capitale des Gaules qui a été retenue, notamment pour respecter le caractère “rhônalpin” de ces Jeux (lire en encadré).
Une véritable catastrophe à la fois pour la ville de Nice, qui se voit donc privée des JOP, mais aussi pour le Cojop (Comité d’organisation des JOP), qui va devoir à moins de quatre ans de l’échéance, revoir intégralement sa copie. Dans une conférence de presse, le 29 mai, le président de la Région Sud Renaud Muselier, cheville ouvrière du projet, a lancé : « Au total, le retrait du pôle glace pourrait priver Nice et la Région Sud d’un impact global compris entre 800 M€ et 1,1 milliard d’euros, en intégrant les retombées touristiques directes ; les investissements Solideo retirés et les adaptations techniques des sites temporaires ; les dépenses de sécurité, catering et prestations opérationnelles ; la perte d’exposition médiatique mondiale ; mais aussi la perte d’héritage urbain, résidentiel et de mobilité.»
Du côté d’Éric Ciotti, on n’a pas hésité à dégainer la théorie du complot politique : « Nous n’aurons pas les Jeux Olympiques d’hiver de 2030 à Nice. Cette décision est politique. Elle est le résultat de manœuvres, de pressions et d’intérêts qui ont prévalu sur l’intérêt des Niçois. J’ai refusé de cautionner un projet fondé sur des engagements intenables et sur l’immobilisation de l’Allianz Riviera pendant une saison entière au détriment de notre ville et de notre club. Je ne regrette rien. »
Reste qu’il faut à présent mesurer les conséquences de cette décision. Financières d’abord : la SOLIDEO (société en charge des aménagements liés aux Jeux) avait fléché 300 M€ d’investissements vers Nice. 400 logements post-olympiques étaient notamment prévus, à l’image de ce qu’il s’est passé pour les JOP de Paris. Il n’en sera rien.
Géographiques ensuite. La Région Auvergne-Rhône-Alpes récupère au passage un énorme morceau du gâteau, et abritera donc les trois-quarts des épreuves. L’équilibre entre les deux régions organisatrices est définitivement rompu. Et il faudra trouver un nouveau site pour la cérémonie de clôture et remplacer la prestigieuse Promenade des Anglais.
Techniques enfin. Depuis le lancement, le comité d’organisation a connu plus de déboires que de satisfactions : démissions et évictions en cascades, dont celle du directeur général du comité d’organisation des Jeux Cyril Linette ; difficultés à trouver des sponsors et partenaires financiers ; et désormais, réorganisation complète des épreuves… La route des Jeux s’apparente plus que jamais à une piste de skicross : semée d’obstacles.
En chiffres : ce que perd Nice
75 matchs de hockey sur glace, 150 épreuves de curling, 16 sessions de patinage artistique et 9 épreuves de short-track
500.000 En visiteurs cumulés, le volume de fréquentation qui aurait été généré par le cluster glace olympique niçois.
600 En millions de téléspectateurs, l’estimation pour la cérémonie de clôture des JOP.

