Les Régions dans l’ère de l’Intelligence artificielle
Les premières « Assises de l’#IA et de la #Cyber » organisées par le groupe numérique de Régions de France, ont permis de dessiner un état des lieux.
Éric Lanoë
La journée s’annonçait bien remplie, et elle le fut ! Organisé par le groupe numérique de Régions de France sous l’impulsion de Sinaa Thabet (Conseillère développement économique Régions de France), Constance Nebbula (vice-présidente de la Région Pays de la Loire) et Alexandre Ventadour (vice-président de la Collectivité de Martinique), ce rendez-vous a eu pour vocation de donner la parole aux acteurs de l’IA et de la cybersécurité, qu’ils soient fournisseurs de service, régulateurs, élus de terrain ou personnel politique.

D’abord sous forme de plénière, puis via une demi-douzaine d’ateliers présentant des initiatives dans les régions. Souveraineté, éducation, acculturation, usage, sécurité : les sujets IA et cybersécurité s’entremêlent, l’utilisation sans risque de la première nécessitant une parfaite mise en place de la seconde.
Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne et président d’honneur de ces Assises, l’a rappelé dès son introduction : au-delà d’insister sur l’importance de l’Union Européenne pour assurer protection et sécurité à l’échelle du continent, l’arrivée de ces technologies ne doit pas nous faire oublier de garder un certain esprit critique. Ni de défendre la démocratie, en assurant la maîtrise de la connaissance par la formation, de l’innovation par la coordination des efforts de recherche, et du développement d’écosystèmes robustes par l’implantation de ces technologies émergentes sur l’ensemble des territoires.
400 M€/an consacrés chaque année par les Régions à l’IA et à la Cyber
Anne le Hénanff, ministre déléguée de l’Intelligence Artificielle et du Numérique, a tiré un premier bilan de l’action publique au service de l’IA et du cyber, se félicitant que l’État ait déjà investi 3 milliards d’euros depuis 2018, en plus des 400 M€ que les régions consacrent annuellement à ces initiatives.
Les clusters IA se développent en région (9 à ce jour), la cybersécurité n’est pas l’apanage de l’État central mais se diffuse aussi dans les territoires, reflétant une exigence de vigilance à tous les niveaux. Une deuxième réunion du “Conseil État-Région du numérique” est prévue avant décembre, le plan « Osez l’IA » consistant à accélérer la diffusion de l’IA dans les sphères publiques et privées est en route… Le tableau est plutôt positif.

Cet optimisme a été confirmé par Julie Huguet, directrice de la mission French Tech. 18.000 start-ups sont actives dans les territoires en 2025, générant 450.000 emplois directs, et affichant une croissance de 4,5 % sur le premier semestre de cette année. Le décalage Paris-Régions subsiste néanmoins, les start-ups liées directement à l’IA ne se développant pas aussi rapidement en région malgré la présence des 9 clusters et des 48 communautés French Tech répartis sur l’ensemble des territoires.
Un outil au service du bien commun
La matinée s’est poursuivie avec deux tables rondes qui ont permis de débattre d’aspects primordiaux dans le développement des politiques d’IA et de cyber. En premier lieu, garder comme fil rouge que l’IA est d’abord un outil qui doit être au service du bien commun, de la population et du développement des connaissances.
Cela nécessite prioritairement d’assurer la formation des utilisateurs d’IA aux outils et aux risques associés à leur mauvaise utilisation, puis de sensibiliser les usagers au coût carbone de chaque prompt, de maîtriser l’architecture des systèmes afin d’en comprendre le fonctionnement et leurs interdépendances technologiques pour assurer une certaine souveraineté.
Et surtout de ne pas se tromper de combat par rapport à ce sujet de la souveraineté, celle-ci ne devant pas se réduire au champ local mais s’envisager au niveau européen, associant État, Régions et collectivités locales. La souveraineté numérique est un enjeu collectif qui se joue en dehors de toute autarcie, depuis les élus locaux jusqu’aux instances bruxelloises. La France a ici une position de pointe, « nous sommes robustes » a lancé Guillaume Poupard, DGA de Docaposte.

Le défi reste néanmoins de préserver nos capacités d’apprentissage et de formation d’ingénieurs au plus près des besoins dans les territoires, ce qui a conduit Loïg Chesnais-Girard à demander le transfert aux Régions des compétences sur l’enseignement supérieur. Jérôme Hénique, CEO d’Orange France a, pour sa part, insisté sur l’acculturation des collaborateurs à l’IA, par la mise en place de cas d’usage.
Enfin a été évoqué l’IA Act européen et sa transposition en droit français, qui pose le sujet de l’évaluation de l’IA afin d’en évaluer sa régulation, le principe de l’IA Act étant une régulation par les risques. Benoit Tabaka, secrétaire général de Google France a insisté sur « le nécessaire triptyque infrastructure-talents-financement », en tant que prérequis de cet écosystème.
Les débats se sont conclus en soulignant l’importance de la décentralisation et du rôle des Régions : une bonne prise en mains de l’IA suppose une montée en compétences sur son apprentissage, afin qu’elle puisse « devenir une réelle opportunité pour tous, par tous, et partout ».
Lire la suite de ce reportage dans le dossier “Les Régions face à l’IA”, à paraître dans le prochain numéro de Régions Magazine !
