Les forts de Paris en quête d’une seconde vie
Sandrine Tran
Deux ceintures d’une vingtaine de forteresses entourent Paris depuis le XIXe siècle. Mais ce patrimoine militaire est vieillissant et coûteux à entretenir. Illustration au Fort de Cormeilles.
Quand on demande à Luc Durnerin quel est le prochain chantier qu’il faudrait lancer au fort de Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), il répond du tac-au-tac que c’est « un puits sans fond ». Ce membre de l’association des Amis du fort de Cormeilles a cherché pendant de longues années des fonds pour rénover. Le salut est venu en 2020 de la Fondation du Patrimoine qui sélectionne ce bâtiment militaire parmi 18 projets emblématiques en métropole et dans les outre-mer.
Propriété de la Région via Île-de-France Nature, l’édifice s’est fait ainsi une cure de jouvence, inaugurée début 2026. Dans la caponnière de gorge, du parquet a été posé, le chemin y menant est désormais pavé, des nouvelles fenêtres donnent sur la nouvelle terrasse. Une scierie mobile avait été installée pour couper le bois du fort afin qu’il soit réutilisé sur le site. « Bientôt, le chauffage sera installé dans la caponnière, ce qui nous permettra d’accueillir des associations », sourit Luc.
La mission du patrimoine au secours des forts de Paris
L’ancien cadre de réserve de l’armée qui s’entraînait ici dans les années 1970 pourrait presque ne plus reconnaître le lieu. Mais c’est pour la bonne cause : permettre des privatisations et ainsi remplir la trésorerie de l’association qui gère le site et les travaux. Il aura fallu 900 000 euros pour les derniers en date, rendus possible grâce à la Mission Patrimoine de Stéphane Bern qui a apporté 500 000 euros. Grâce aussi aux fonds publics venus de la Région, du Département, de la Communauté d’agglomération Val Parisis ; et privés (mécénat de l’entreprise locale Loxam et dons de particuliers).
Comme à Cormeilles, la vingtaine de forts franciliens font face à des enjeux de financements et de préservation. L’État est propriétaire ou copropriétaire avec des municipalités de la grande majorité d’entre eux. Certains sites sont toujours utilisés par l’armée, à l’instar du Mont Valérien, à la fois musée et siège de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures des systèmes d’information. Mais la plupart des anciens forts destinés à protéger la capitale après la défaite de Sedan se cherchent une seconde vie : à Aubervilliers, un lieu culturel et un écoquartier ; ou au fort de Châtillon, un centre de recherche civil.
À Cormeilles, le fort peut compter sur des réquisitions de l’armée pour des rallyes ou, plus rémunérateur, des privatisations pour le cinéma : quelques scènes du Petit Nicolas, d’OSS 117 ou de la série The Walking Dead y ont été tournées.

Une région clé pour la Défense
L’Île-de-France concentre une majorité de l’industrie de Défense hexagonale. Sécurité, aérospatial, cyber… Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, le ministère des Armées recensait 67 182 emplois dans cette industrie, dans quelque 1 216 PME et ETI sous-traitantes basées en Île-de-France. Près de la moitié des salariés du secteur travaillent dans la région qui représente entre le tiers et la moitié du chiffre d’affaires national de la défense, notamment grâce à l’implantation des sièges des grands groupes.
L’environnement de la recherche, du développement et de la formation se concentre sur le plateau de Saclay, notre Silicon Valley nationale. Si le site n’est pas nouveau – il a été pensé par le général de Gaulle au sortir de la Seconde Guerre mondiale – Saclay s’est largement développé pour devenir aujourd’hui le plus grand centre de recherche scientifique d’Europe. Près de 70 laboratoires et plateformes techniques de pointe, environ 30 000 emplois et une soixantaine d’établissements majeurs y sont implantés. Surtout les principales entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD), c’est-à-dire les entreprises qui conçoivent et produisent les équipements pour les armées françaises y ont leur siège. C’est le cas de Thales, Airbus, Safran, Arquus, Dassault, MBDA ou encore KNDS France (ex-Nexter).
Un « Accélérateur Défense » avec la Région
Aux portes de Paris, l’écosystème ne s’arrête pas aux entre-prises. Des écoles d’ingénieurs forment les futurs stratèges de la sécurité. Ce n’est pas une surprise si Polytechnique, historiquement rattaché aux armées, a choisi le plateau pour sortir du Ve arrondissement. L’X a été suivie par d’autres écoles fondées à Paris: CentraleSupélec ou l’Ensta. Le CNRS ou l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) y ont également leur laboratoire.
Pour soutenir l’industrie, la Région a par ailleurs lancé en début d’année un « Accélérateur Défense», conçu avec la Direction générale de l’armement (DGA), la Chambre de commerce et d’industrie et le Centre technique des industries mécaniques (Cetif), afin d’accompagner les PME stratégiques du secteur militaire. L’accélérateur s’inscrit plus globalement dans le programme Industrie Souveraine Durable qui vise notamment à renforcer la filière aéronautique et spatiale.