Les forces armées font leur retour en Guadeloupe
Ludovic Clerima
Après la disparition d’une grosse partie des forces armées de l’archipel, celles-ci réinvestissent depuis peu la Guadeloupe… et souhaitent le faire savoir.
Dans son bureau du camp de Dugommier, à Baie-Mahault, François Benjamin, commandant militaire de Guadeloupe, n’y va pas par quatre chemins : « Oui, nous souhaitons renforcer la présence militaire en Guadeloupe, notamment par le recours à la réserve opérationnelle ». Et cela se voit sur le terrain. Le 15 janvier, une escouade de réserve côtière (ERC) s’installe à Pointe-à-Pitre. Cette unité de la Marine nationale se compose exclusivement de marins réservistes (ex-militaires, civils formés, bénévoles) et d’une embarcation semi-rigide. « Nous avons aussi implanté une escadrille territoriale de réserve de l’armée de l’air et de l’espace, active depuis six mois. Enfin, une compagnie d’active de l’armée de terre, aujourd’hui présente en renfort intermittent sur le territoire, pourrait à terme être déployée de manière continue », précise-t-il.

Dans les mairies, l’Armée s’assure que chacune d’elle dispose d’un correspondant de défense. Cet élu, en lien avec les militaires, est chargé d’informer des citoyens des actions de défense et de sécurité en cours : « Le dispositif existe depuis 25 ans. Nous l’avons relancé en 2025. Nous savons qu’avant les municipales de 2026, sur les 32 mairies de Guadeloupe, 13 d’entre elles avaient un correspondant de défense », ajoute François Benjamin. L’Armée compte aujourd’hui près de 90 personnes actives, civiles et militaires dans le département auxquels s’ajoutent 200 réservistes et 100 à 150 personnes d’active qui viennent sur l’archipel de manière ponctuelle. L’objectif de cette stratégie globale ? Intervenir rapidement en cas de crise, et fournir un appui à la préfecture tout au long de l’année. Car en Guadeloupe, les forces militaires disposent de peu de liens avec le conseil départemental ou régional. Leur principal interlocuteur est le préfet de région, qu’il s’agisse de l’élaboration des plans Orsec en cas de catastrophes naturelles ou de lutte contre le narcotrafic.
Lutter contre le narcotrafic
Le rôle des militaires en ce sens est essentiel. En 2025, 35 tonnes de stupéfiants ont été saisis en Martinique et en Guadeloupe, principalement de la cocaïne (31,8 tonnes), selon les données de Forces Française des Antilles (FFA) contre 28 tonnes l’année passée.
Des interceptions qui se sont déroulées principalement dans la zone maritime de la région, un espace de 138 000 kilomètres carrés qui comprend la mer des Caraïbes et une grande partie de l’océan Atlantique. « Nous sommes la seule administration compétente pour intervenir en haute mer », souligne François Benjamin.
Un besoin de renfort qui va à rebours de la réforme de 2008. Cette dernière avait participé, sur le territoire guadeloupéen notamment, à un large départ des militaires de la région. Si la Martinique avait pu conserver la marine, et la Guyane les effectifs terrestres et aériens, la Guadeloupe semblait ne plus présenter d’intérêt stratégique particulier.
Les forces armées, une vocation sociale
C’est d’ailleurs davantage à travers la dimension sociale que l’armée a su maintenir une forme de présence dans l’archipel grâce au Régiment du Service Militaire Adapté (RSMA). Un dispositif militaire qui ne dépend pas du ministère des Armées mais de la Direction générale des outre-mer.
« Nous accueillons près de 500 jeunes de moins de 25 ans chaque année, principalement sans diplôme, sur la base du volontariat, indique Tanguy Beck, lieutenant Officier communication et marketing pour le dispositif. 28 % de ceux qui viennent sont en situation d’illettrisme et d’illectronisme. En un an de formation, nous nous engageons avec des professeurs de l’Éducation nationale détachés, à corriger cela et leur fournir les compétences de base. À terme, 80 % d’entre eux trouvent un travail ». Une donnée non négligeable pour un département où 12 % des demandeurs d’emplois ont moins de 25 ans.
Pour identifier les secteurs qui recrutent en Guadeloupe et ainsi calibrer les formations dispensées, une réunion annuelle est organisée entre les militaires du RSMA, la préfecture et les entreprises locales. Face aux secousses dans la région, qu’il s’agisse des investissements chinois ou de l’activisme américain, l’État, à travers l’Armée, souhaite affirmer sa souveraineté dans la région.