Les élus locaux souhaitent des assises territoriales sur l’Intelligence Artificielle
Après les annonces du premier ministre Gabriel Attal sur sa volonté de généraliser l'usage de l'Intelligence Artificielle générative dans les administrations françaises, les associations d'élus locaux Intercommunalités de France, France urbaine et Les Interconnectés demandent « une méthode rigoureuse d’évaluation » avant tout déploiement massif.
Arnaud Meillarec
Économie, social, santé, éducation, sécurité, autant de secteurs potentiellement impactés par la révolution annoncée de l’Intelligence Artificielle dans l’administration française. Suite aux déclarations du premier ministre le 23 avril dernier, les élus locaux rappellent que l’intégration d’une telle technologie au sein des collectivités ne relève pas d’un simple choix de logiciel mais plutôt d’une « question politique ».
Un cadre éthique, juridique et démocratique indispensable
Les élus estiment « indispensable la définition d’un cadre éthique, juridique mais aussi démocratique » dans une « démarche concertée avec l’État » et appellent à « l’ouverture d’assises territoriales pour l’IA, au service des usagers et des agents du service public ». Ils s’étonnent par ailleurs du calendrier des annonces du premier ministre Gabriel Attal, alors que le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques Stanislas Guerini considérait, le 4 avril, nécessaire d’analyser les résultats des premières expérimentations débutées seulement en janvier 2024.
Du lycée au Sénat, l’intelligence artificielle générative en cours de test
De MIA seconde, un service numérique de remédiation en français et en mathématiques basé sur les sciences cognitives, dont le déploiement généralisé dans les lycées est programmé pour septembre 2024, à LLaMandement , mis en place par la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP), chargé de produire des résumés des projets et propositions de loi , en passant par le projet de lutte contre la fraude sociale et fiscale ou Albert, un générateur de résumé de texte administratif actuellement en phase de test dans les maisons France services, académies, parlementaires et agents publics expérimentent déjà les nouvelles technologie de génération de texte.
Objectif, selon le rapport remis au président de la république le 13 mars 2024 par la Commission de l’Intelligence Artificielle ? « Libérer les agents de tâches répétitives, ou chronophages, tout en améliorant la qualité de service » pour « répondre à des usagers, simplifier un message, résumer une vidéoconférence, faire une analyse financière, etc ».
« on ne peut pas les utiliser – à ce jour – comme des sources fiables d’assertions vraies »
Selon cette même commission, « un travail sur le « pourquoi » (leur mission et leurs objectifs) est indispensable afin d’en déduire le « quoi » (les briques, services et jeux de données à développer) et le « comment » (la répartition des rôles entre différents acteurs publics et privés, l’implication des agents et des usagers, la considération des enjeux éthiques) ». Dans ce même rapport, la Commission de l’Intelligence Artificielle appelle à « une certaine vigilance quant à l’utilisation des modèles d’IA générative actuels, » rappelant que « on ne peut pas les utiliser – à ce jour – comme des sources fiables d’assertions vraies, à l’instar des encyclopédies. Il arrive effectivement que les modèles d’IA génèrent des réponses erronées […] souvent appelées hallucinations (également confabulations) ».
Anticiper les conséquences économiques, sociales et environnementales
Les associations d’élus Intercommunalités de France, France urbaine et Les Interconnectés appellent ainsi dans un communiqué de presse commun à « anticiper les conséquences économiques, sociales et environnementales » de l’emploi de l’Intelligence Artificielle générative et conversationnel, dans l’objectif de coconstruire ainsi une IA « choisie » et non « subie ». Le premier ministre français Gabriel Attal s’est en effet exclamé à Sceaux le 24 avril « Choisissons l’IA, ne la subissons pas ! » , considérant que cette technologie serait « une chance pour remettre l’humain au cœur de nos services publics ».
Ne pas confondre vitesse et précipitation
La dématérialisation des services publics et la fermeture de nombreux guichets complexifiant déjà l’accès aux services des collectivités pour les publics fragiles, la présence d’ « une alternative physique au numérique » reste primordiale pour les élus locaux. Avant tout déploiement généralisé de l’intelligence artificielle les représentants des collectivités territoriales demandent « une méthode rigoureuse d’évaluation » afin de « réguler son déploiement » et « étudier les répercussions sur les usagers et les agents ».
