Lille : l’union sacrée pour accueillir la future Autorité douanière de l’UE
On est au moins sûr d’une chose : on aura rarement vu une telle union sacrée autour d’un projet dans la Région Hauts-de-France. C’est que l’enjeu n’est pas mince : il s’agit d’accueillir le siège de la future Autorité douanière de l’Union européenne. La France est candidate, par l’intermédiaire de la ville de Lille.
Philippe Martin
Pour gagner, il va falloir l’emporter au nez et à la barbe de huit autres grandes villes européennes, et non des moindres : Zagreb, Varsovie, Malaga, Porto, Liège, La Haye, Bucarest…et Rome ! Alors tout le monde s’y est mis. Le 6 février, autour de la ministre des Comptes publics (et des Douanes) Amélie de Montchalin, représentants de l’État, élus régionaux et locaux, acteurs économiques et universitaires se sont réunis pour un moment de mobilisation collective, marquant l’aboutissement de plusieurs mois d’engagement commun au service de ce projet stratégique pour la France et pour l’Europe. L’endroit n’était pas choisi au hasard : la Cité des Echanges de Marcq-en-Barœul, haut lieu de la vie économique régionale.
Car ce combat vaut d’être mené. Dans un contexte marqué par l’intensification des échanges internationaux, l’essor du e-commerce et la montée des trafics illicites, l’UE a enfin décidé de se doter d’un outil opérationnel inédit, destiné à renforcer durablement la protection du marché intérieur. Sans pour autant se substituer aux autorités nationales, l’Autorité apportera, selon ses concepteurs « un appui concret en matière de données, d’équipements, de formation et de méthodes de contrôle. Véritable coffre-fort du commerce international, l’Autorité contribuera à une harmonisation accrue des pratiques et à une efficacité collective renforcée, au plus près des réalités du terrain. »
Outre le côté évidemment prestigieux d’une telle installation, l’aspect économique n’est pas négligeable : 250 agents (et 500 à terme), venus de toute l’Europe, viendraient s’installer à Lille avec leurs familles. La capitale des Flandres avait postulé voici dix ans pour accueillir l’Agence Européenne du médicament, forcée de quitter Londres après le Brexit. Mais c’est Amsterdam qui avait été retenue.

Cette fois, Lille semble avoir mis tous les atouts dans son jeu. Outre ses arguments “naturels”, à commencer par sa situation géographique (35 minutes de train de Bruxelles, une heure de Paris, 1h20 de Londres, 2 heures d’Amsterdam, quatre aéroports internationaux à moins d’une heure trente), et l’attractivité de la capitale des Flandres, celle-ci a bétonné son dossier. Le bâtiment a déjà été choisi et il est disponible de suite : il s’agit de l’Agora, flambant neuf , ultra-connecté et situé à quelques mètres de la gare Lille-Flandres. L’École européenne Lille Métropole Jacques Delors, qui avait manqué lors de la précédente candidature lilloise, a été ouverte en 2019 à Marcq-en-Barœul, et est prêt à accueillir les enfants des fonctionnaires européens.
L’écosystème puissant en intelligence artificielle et en cybersécurité peut aussi peser dans la balance, grâce à Euratechnologies, siège entre autres du Forum INCYBER, de l’Ecole de la cybersécurité de la Gendarmerie, et de dizaines de start-ups de pointe, et devenue l’un des principaux hubs technologiques d’Europe.
Autour de la mobilisation massive des collectivités territoriales, l’Etat n’a cette fois pas mégoté son soutien. Message filmé d’Emmanuel Macron annonçant que « la métropole lilloise dispose d’atouts indéniables pour la montée en puissance rapide et efficace de cette autorité douanière européenne ». Et carnet de chèques sorti, puisque l’Etat s’engage à payer pendant neuf ans le loyer du siège, ainsi que les frais d’installation et d’aménagement, le tout pour la bagatelle de 50 M€.

Même chose pour le monde économique et pour les collectivités, un ensemble très soudé autour de la Région Hauts-de-France et de la MEL (Métropole Européenne de Lille). « Derrière cette candidature, il y a une mobilisation totale. Les Hauts-de-France sont unis. Les collectivités sont engagées. L’État est pleinement aux côtés du territoire, lance Xavier Bertrand, président du conseil régional. Nous portons cette candidature avec détermination et fierté. »

Les prochaines étapes vont être très attendues. A la fin du mois, le Parlement européen et le conseil des ministres de l’UE dresseront une “short list” des deux meilleures villes, puis le processus de désignation se poursuivra courant mars. Sauf s’il n’y a qu’une seule ville retenue : elle sera alors automatiquement choisie. Du côté des Hauts-de-France, on croise déjà les doigts.
