Le changement climatique, un enjeu de taille pour les métropoles
Troisième volet du cycle « Matinales Prospective » organisé par la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale avec le concours du Cerema, la table ronde consacrée aux conséquences du changement climatique sur la métropolisation des territoires a dressé un premier bilan des actions déjà entreprises tout en regrettant que le tempo de l’adaptation ne soit pas assez rapide.
Eric Lanoë
Au-delà d’aborder les transformations sociétales rendues nécessaires par le changement climatique, le cycle des conférences « Matinales Prospectives » présente la grande qualité de faire s’interagir des personnalités expertes venues tant de la sphère publique, institutionnelle, académique ou associative, que privée. La table ronde qui s’est déroulée ce mois-ci n’a pas failli à cette règle, et les 5 intervenants conviés à débattre de la question de la métropolisation ont pu confronter puis compléter leurs expériences et recommandations respectives, sous la houlette experte de Gilles Pennequin Directeur de la Prospective au Cerema.
La métropolisation a d’emblée été replacée dans son contexte d’origine : « C’est l’atterrissage de la mondialisation dans les territoires » a souligné dans une introduction vidéo Vincent Fouchier, Directeur à la DGS de la Métropole Aix-Marseille-Provence, prédisant d’ailleurs la fin du phénomène. Et face au climat qui change, le maître-mot est adaptation (les conséquences) davantage qu’atténuation (les causes), tout en veillant à ne pas trop dégrader les fonctionnalités de la ville, ainsi que l’a indiqué Thomas Clochon, Délégué Général adjoint de Syntec-Ingenierie. Adaptations structurelles ou besoins plus ponctuels, l’enjeu est d’anticiper sur les grandes fonctions de la ville et faire en sorte que les métropoles restent vivables même en mode dégradé, tout en prêtant une attention particulière aux populations les plus démunies car elles sont les premières impactées par ces évolutions selon Laurent Delcayrou du Shift Project. L’éducation au changement climatique concerne aussi les habitants les plus riches, car ils vont devoir changer leurs habitudes de consommation…

Cette question des inégalités sociales a été également évoquée par Annabelle Ferry, Directrice Territoires et Villes au Cerema : il est nécessaire d’identifier les vulnérabilités, dessiner des trajectoires pour y faire face, et faire attention aux mesures qui peuvent générer des tensions sociales, type ZFE.
Faire des métropoles sobres reste le défi pour les années à venir. Face à la rareté puis la finitude des ressources il faut trouver de nouvelles voies pour continuer à vivre ensemble et contourner les dépendances : accepter un discours de renoncement, favoriser les regroupements, la mutualisation et l’interdépendance des territoires, développer la sobriété… et adapter les infrastructures. Ainsi Isabelle Spiegel, Directrice Développement Durable chez Vinci, a-t-elle expliqué que son entreprise avait mis en œuvre des grilles d’appréciation des risques pour évaluer toute nouvelle construction, et qu’elle travaillait en collaboration étroite avec les collectivités pour élaborer les conditions nécessaires au développement des îlots de fraîcheur : végétaliser, créer un sol vivant, désartificialiser les revêtements, mieux gérer la ressource en eau. Lucie Kotler, Directrice RSE et Développement Durable chez Placo/Isover (Groupe Saint-Gobain), a quant à elle insisté sur quelques bonnes pratiques dans le domaine de la construction : favoriser des productions industrielles intégrant l’économie circulaire, fournir des matériaux résilients (type ossature bois), ou faire travailler des groupes d’étudiants sur le futur afin d’adapter l’habitat. Elle a cependant regretté que, dans l’ensemble des bâtiments, la résistance au froid est totalement intégrée mais pas la résistance à la chaleur ; il s’agit ici d’opérer un changement complet dans la façon de voir l’univers de la construction.
Le constat a été partagé par tous les intervenants : en réalité tout ce qui est dit aujourd’hui a déjà été écrit il y a 20 ans. Certes les lignes bougent, mais pas assez vite, faute sans doute d’avoir pu trouver un nouveau modèle économique intégrant le changement climatique. Même si tous s’accordent à estimer que le coût de l’inaction est largement plus élevé que celui de l’action, historiquement seuls les moments de crise (inondations, sècheresses, canicules…) ont réussi à générer un sursaut d’urgence pour agir. La mise en commun des bonnes volontés devra permettre une meilleure organisation des nécessaires avancées vers l’adaptation aux transformations climatiques.
Pour voir ou revoir cette conférence, c’est ici.
La prochaine table ronde du Cycle « Matinales Prospective » aura lieu le 18 juin et portera sur l’usage de l’eau ; information et inscription.
