Google et l’IA, la formation du « dernier kilomètre »
Avec ses Ateliers Numériques déployés à travers la France depuis 2012, Google vient de fêter son millionième citoyen formé et a largement intégré l’initiation à l’IA. Explications avec son secrétaire général Benoît Tabaka.
Philippe Martin
Il a parfois été surnommé « l’atout charme de Google en France », excusez du peu. Ce qui est certain, c’est qu’en recrutant Benoît Tabaka dès 2012, la firme au logo coloré s’assurait le concours d’un spécialiste du droit de l’internet, lui qui a notamment été secrétaire général du Conseil national du numérique, après avoir été, dès 2002, chargé de mission au Forum des droits sur l’internet.

Aujourd’hui secrétaire général et directeur des affaires publiques de Google pour la France, il est aussi devenu, au fil des Ateliers Numériques lancés par la firme, un fin connaisseur des régions, des territoires, et de leurs besoins. A ce titre, il mesure parfaitement le rôle de l’IA et ses enjeux. Tout en n’ayant rien perdu de son souci permanent d’expliquer et de convaincre.
Régions Magazine : Lorsqu’on vous demande de fournir des exemples de l’utilité réelle de l’IA, vous citez en premier lieu le décryptage des protéines, qui a permis d’accélérer la recherche sur les vaccins, dont celui du Covid. Pouvez-vous préciser cet exemple ?
Benoît Tabaka : Je trouve que c’est un exemple parlant. Avec un outil comme AlphaFold, utilisé par plus de 3 millions de chercheurs dans le monde, l’IA peut en effet permettre de connaître la structure 3D de 200 millions de protéines. une percée qui ouvre la voie à des avancées scientifiques majeures, notamment dans le domaine de la santé.
Ce phénomène a évidemment un impact immédiat sur la production de vaccins, comme ce fut le cas au moment du Covid. Autre exemple issu de la recherche médicale, les travaux sur le cancer du sein, en particulier dans ce que l’on appelle les « triples négatifs », particulièrement difficiles à détecter.
Nous travaillons depuis plusieurs années avec l’Institut Curie, nous avons d’ailleurs signé un nouveau partenariat cette année, de manière à analyser des données en nous appuyant sur l’IA, et à trouver plus vite des réponses aux patientes dont les tumeurs résistent aux traitements actuels.
RM : On entend parfois dire que Google a été un peu « à la traîne » en matière d’IA. Vous donnez l’exemple de Google Traduction, qui dès 2015 permettait de traduire 44 langues, permet aujourd’hui d’en traduire 150, et vise la traduction de… 1.000 langues dans les années à venir…
BT : L’exemple de Google Traduction est là aussi excellent, car il s’agit bien d’intelligence artificielle, qui existait bien avant l’IA générative, et que nous continuons de développer.
Le chiffre de 1.000 langues peut paraître exagéré, mais il n’en est rien. Grâce à ces dernières évolutions, une personne qui ne parle qu’un seul dialecte pourra dialoguer en anglais (ou en français, en espagnol, en hindi, ou dans une multitude d’autres langues !), pour peu qu’elle dispose d’une simple connexion.
Nous allons pouvoir également passer à des systèmes de traduction immédiate et simultanée dans deux langues différentes. Tout cela renforce les échanges, le dialogue entre les hommes, l’inclusion grâce au langage.
Pour en revenir à votre question, dès 2017 nous avons travaillé sur les « Transformers », qui sont à la base de l’IA générative et de ChatGPT. Mais nous avons voulu prendre le temps de mettre en place une IA responsable, protectrice pour ses millions d’utilisateurs, qui a débouché sur Gemini, l’assistant IA de Google.
Nous venons de déployer, le 18 novembre, notre nouveau modèle Gemini 3 Pro, avec des fonctions inédites. Et nous continuons d’avancer, à notre rythme.
Objectif 100.000 formés supplémentaires par an
RM : Face à la montée de l’IA, vous insistez beaucoup sur la formation des individus. Google joue-t-il ce rôle en France ? Et dans les régions, peut-il s’appuyer sur ses Ateliers Numériques pour accélérer cette formation des citoyens ?
BT : La formation des citoyens est évidemment capitale. C’est pourquoi dès 2012 nous avons mis en place les Ateliers Numériques, afin de donner à chacun des clefs de compréhension face à l’ensemble des phénomènes digitaux.
Puis le grand public a vu arriver la vague IA, qui représente une opportunité pour le développement économique. Nous avons prolongé nos collaborations avec nos partenaires, les CCI, les Chambres de Métiers, France Travail, les missions locales pour l’emploi, pour accélérer sur ce sujet.
Je prends souvent l’exemple d’un apiculteur que nous accompagnons sur l’IA et qui peut désormais utiliser de nombreux outils lui permettant de monter en compétence dans son travail quotidien, alors qu’il n’en connaissait même pas l’existence.
RM : Mais vous avez renoncé aux Ateliers Numériques installés sur des sites dédiés ?
BT : Oui, car quand nous étions à Rennes par exemple, où nous avions une antenne fixe, nous recevions essentiellement des Rennais, donc des urbains, alors que beaucoup de gens venus de communes environnantes ou de territoires ruraux nous disaient : « venez chez nous »…
Donc nous avons décidé de lancer des sessions de formations itinérantes, qui vont au plus près des acteurs de terrain, des commerçants, des artisans qui souhaitent se former, et bien sûr des particuliers. Nous sommes vraiment dans une logique du « dernier kilomètre ». Nous complétons le tout par des webinaires auxquels les participants peuvent s’inscrire pour compléter leurs connaissances.
Avec à la clef, il faut bien le reconnaître, un énorme succès : nous fêtons ici (NDLR : l’interview a été réalisée à l’occasion du Salon des Maires) le million de personnes accompagnées ! Et nous espérons passer désormais sur un rythme de 100.000 formés supplémentaires, chaque année.
RM : En interne, comment Google utilise-t-il l’IA ? Comment ses propres salariés sont-ils formés, sensibilisés à l’IA ?
BT : Évidemment, cet effort de formation s’applique à nos propres salariés, qui sont environ 1.400 en France, dont une proportion importante à notre siège parisien. C’est très simple : chaque produit que nous lançons, nous commençons par le tester avec nos équipes !
Par exemple, nous travaillons sur notre propre gaspillage alimentaire, en nous appuyant sur un historique de nos consommations. Croyez-moi, les progrès enregistrés sont spectaculaires, et cela va très vite…
Propos recueillis par Philippe Martin
Lire l’intégralité du reportage dans le dossier Intelligence artificielle, n°177 de Régions Magazine actuellement en kiosques.
