Finistère : sept retraités contre le désert médical
Benoît Tréhorel
Sans généraliste pendant un an, cette commune littorale bretonne de 3 200 habitants a pu compter sur l’engagement de sept médecins retraités. La maison de santé fonctionne à nouveau.
Fin janvier, ciel chargé. En ce lundi matin, la salle d’attente du centre municipal de santé de Plougasnou ne désemplit pas. Dans cette commune littorale du nord Finistère, comme ailleurs en Bretagne, la saison des virus et microbes en tous genres bat son plein. Après une demi-heure de consultation, un médecin libère sa patiente. « Encore merci docteur, salue l’octogénaire. Vous, au moins, vous prenez le temps de bien nous ausculter. » Touché, le Dr Michel Biette remercie d’un sourire sincère. Voilà belle lurette que le généraliste a passé l’âge de jouer du stéthoscope. Pourtant, chaque vendredi et chaque lundi, le septuagénaire consacre sa matinée à ça : soigner. Retraité depuis 2015, après avoir exercé en libéral à Plougasnou pendant plus de 30 ans, ce Nantais d’origine a repris du service il y a un an. Par amour pour la médecine ? Pas seulement. Rembobinons.
Sept médecins retraités reprennent du service
Juillet 2023. L’un des deux médecins généralistes de la commune annonce son départ en fin d’année. Dans la foulée, son homologue lui emboîte le pas. Près de 3 200 habitants l’hiver, plus de 10 000 l’été : l’urgence médicale est là.
À l’initiative des élus, un groupe de travail réunissant des professionnels de santé du territoire se met alors en place. Malgré une campagne de communication, aucun praticien en exercice ne répond à l’appel. Michel Biette, devenu médecin bénévole dans une association à but humanitaire, lance une idée. « Je connais plusieurs confrères retraités dans le coin. Je peux les appeler. On pourrait peut-être donner un peu de notre temps. »

La municipalité saisit aussitôt la proposition. Hors de question de laisser vide la Maison de santé inaugurée en 2021. Nathalie Bernard, la maire et Laurène Pasquier, adjointe en charge de la santé et la solidarité, montent un dossier. Objectif ? Ouvrir un centre de santé municipal éphémère. « On a fait appel à l’association La Fabrique de santé qui aide les collectivités à écrire un projet de santé de territoire pour l’ARS, détaille Laurène Pasquier. Ça n’a pas été simple. Et nous n’avons bénéficié d’aucune aide des institutions publiques. »
Payés 30 % du salaire moyen
Six généralistes et un dermatologue, tous retraités, ont ainsi accepté de venir à la rescousse de Plougasnou. Eloignés de la pratique depuis plusieurs années, certains ont dû passer une évaluation pour obtenir l’aval de l’ordre des médecins. Depuis le 15 janvier 2025, ils assurent des consultations à tour de rôle, à raison de deux matinées par semaine, auxquelles s’ajoutent les visites à domicile. Soit un équivalent temps plein.
« Ce sont des agents municipaux sous contrat, souligne l’adjointe à la santé. C’est un vrai engagement de leur part car ils sont payés environ 30 % du salaire d’un praticien à l’hôpital. » Recrutée en 2024, Anne-Cécile Hervé est aux petits soins pour l’équipe médicale en qualité de coordinatrice de santé.
« C’est une belle aventure, savoure le Dr Biette. Entre médecins, l’ambiance est vraiment bonne et les gens sont très reconnaissants. On ressent un effet village. » Depuis six mois, un médecin libéral s’est installé dans le centre de santé. Une psychiatre vient également d’arriver.
Début 2026, deux médecins retraités ont cessé d’exercer. D’autres devraient en faire autant en septembre. Dans l’idéal, ce fonctionnement si singulier doit durer encore une bonne année.
« L’idée première était d’attirer des médecins en exercice pour permettre une continuité de soins. L’élan est là, mais on reste inquiet car rien n’est gagné », diagnostique Michel Biette. Et un bon médecin, c’est d’abord un bon diagnostic.







