Démocratie : des régions garantes de la cohésion européenne
Alors qu’elle semble plus menacée que jamais, la politique de cohésion a été vivement défendue par les leaders du Comité européen des régions et des villes.
Philippe Martin
Une fois n’est pas coutume : en ouverture de la 22ème Semaine européenne des régions et des villes, le plutôt placide président du Comité européen des régions a élevé la voix. Et pas qu’un peu : « ce n’est pas acceptable ! », a lancé le Portugais Vasco Alves Cordeiro en préambule de son discours annuel sur l’état des régions et des villes dans l’Union européenne.
Sa cible ? La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, laissant entendre que l’organisation actuelle des fonds de cohésion pourrait être remise en cause pour la prochaine période allant de 2028 à 2034, dont la négociation commencera dès l’an prochain. De quelle manière ? En revenant à une gestion « centralisée » de ces fonds structurels indispensables aux régions et aux villes d’Europe, alors qu’elle est confiée depuis des années aux collectivités, et, s’agissant de la France, aux Régions depuis dix ans.
Vers une centralisation excluant les territoires ?
« J’appelle les régions et les villes d’Europe à se lever et à s’élever contre une position qui, si elle est confirmée, implique que nous serons exclus, mis à l’écart, contournés. Et il ne s’agit pas seulement des régions et des villes, mais de l’Europe que nous voulons avoir à l’avenir ».
Et d’évoquer pêle-mêle la lutte contre le réchauffement climatique, les transitions vertes et numériques, la transformation industrielle de l’Europe, la menace de pauvreté et d’exclusion sociale qui pèse sur près de 100 millions d’Européens, sans parler des perspectives d’élargissement concernant notamment l’Ukraine. Autant de sujets dont les régions et les villes se sont emparés au cours des dernières années.

Photo Comité européen des régions Christophe Licoppe
Vasco Aves Cordeiro a rappelé à ce titre que « la confiance des citoyens dans les collectivités régionales et locales a considérablement augmenté au cours des dix dernières années : en 2024, elle a atteint son point culminant, à 60 %, loin devant les autres niveaux de gouvernement ».
Des collectivités régionales plébiscitées par les européens
Pour illustrer cette confiance, il a suffi d’écouter les hommages vibrants rendus tout au long de cette semaine européenne, à l’égard de la commissaire Elisa Ferreira, en charge des fonds structurels dans la précédente mandature de la Commission. Une élue qui s’est battue tout au long de ces dernières années pour que la politique de cohésion soit maintenue et amplifiée (lire son interview dans le numéro spécial de Régions Magazine “Dix ans de fonds européens confiés aux régions”.)

Il faut dire que son remplacement programmé par l’Italien Raffaele Fitto, ministre des Affaires européennes du gouvernement de Giorgia Meloni et ancien président de la Région des Pouilles, sera observé de très près, en un moment où le Parlement européen n’a jamais compté autant de députés eurosceptiques.
Une politique régionale indispensable pour la démocratie
Parmi les interventions les plus remarquées, celle de Younous Omarjee, nouveau vice-président du Parlement européen et élu de La Réunion, qui a notamment lancé : « nous devons tous être des militants de la politique de cohésion ! C’est une politique régionale indispensable, et toute tentative de la recentraliser ne ferait que traduire un affaiblissement de la démocratie. »
« recentraliser ne ferait que traduire un affaiblissement de la démocratie »
Les travaux de la 22ème semaine des régions et des villes, qui rassemble à Bruxelles plus de 5.000 élus venus des 27 pays de l’UE, s’achèveront ce jeudi 10 octobre.
