Comment le changement climatique met les territoires sous pression
« Il est trop tard pour lutter, vaut mieux s’adapter ». C’est en substance la feuille de route des grands acteurs politiques et institutionnels face à une trajectoire de réchauffement fixée à 4 degrés à l’horizon 2100. Une série de 5 conférences à l’initiative de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale vient décrypter ce constat et éclairer les solutions pour y faire face.
Eric Lanoë
Avec le soutien du Cerema, de la Banque des Territoires et de Quaero Capital, la Société d’Encouragement est à la manœuvre pour donner aux acteurs des territoires des éléments de contexte et de compréhension concernant les conséquences du changement climatique, tant au niveau de son coût que de ses implications concernant l’emploi, l’aménagement du territoire, ou l’usage de l’eau.
La première de ces matinales « prospective » s’est déroulée fin mars à l’Hôtel de l’Industrie et réunissait, autour de Gilles Pennequin, Directeur de la prospective au Cerema, une table ronde d’experts autour du thème suivant : quels moyens et méthodologies à mettre en place dès aujourd’hui afin de faire face aux investissements induits par le réchauffement climatique.
Premier élément : tenant compte des engagements pris en faveur de la décarbonation, la trajectoire retenue est une augmentation de la température de 4 degrés à l’horizon 2100. Cette hypothèse sert de paramètre pour calibrer l’ensemble des études, projections et calculs d’impact qui sous-tendent l’ensemble des travaux des différentes parties prenantes, même s’il s’agit ici et malheureusement d’une valeur minimum lorsqu’on la met face à la réalité de l’augmentation planétaire des températures.
Et les impacts sur les territoires sont importants : de 1 à 2 mois supplémentaires à inclure dans la saison des feux de forêts, disparition des glaciers alpins, 4 fois plus de sécheresse que dans les années 60, recul du trait de côte menaçant directement 50 000 bâtiments, surcoût des assurances, baisse du PIB pouvant aller jusqu’à 10%… Les français en sont conscients puisque deux-tiers d’entre-eux placent les conditions climatiques extrêmes parmi les 3 événements qui les soucient le plus, selon un récent sondage YouGov.
Quelles solutions ?
Ce constat étant posé, il faut maintenant passer aux solutions. Ainsi en est-il du PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique ), dont le 3ème plan est à l’œuvre depuis mars 2025. Le PNACC prévoit ainsi un ensemble d’actions concrètes pour adapter notre territoire, Hexagone et Outre-mer, aux impacts visibles et attendus du changement climatique, ainsi que l’a rappelé Antoine Peillon, Secrétaire général à la planification écologique auprès du Premier ministre.
Pascal Berteaud, Secrétaire général du CEREMA, a mentionné un catalogue de 51 mesures d’adaptation préconisées par son établissement, tout en relevant que l’une des difficultés est l’adaptation des outils de comptabilité publique et privée à ces échéances longues , les instruments qui font aujourd’hui référence ayant été créés pour des mesures court terme, inférieures à 5 ans.
L’inscription des préconisations du PNACC dans les plans locaux d’urbanisme est désormais une réalité, a rappelé Camille Laurens-Villain de la Caisse Des Dépôts et Consignations. De même en est-il de la notion de prévention des risques et de la prise en compte du ‘confort d’été’ dans les travaux de rénovation thermique. Elle a cependant souligné la problématique de la pérennité du système d’assurance actuel, qui aura de grandes difficultés à s’adapter en l’état à un univers aux risques accrus. Cette mesure du risque et sa gestion doivent être un élément au cœur du soutien aux territoires, et accompagner plus largement les politiques d’adaptation à l’échelle locale, a souligné Alice Robinet, Cheffe de projet en économie de l’environnement chez France Stratégies.
Face au dérèglement climatique, l’adaptation est en marche : la trajectoire et les mesures d’impact sont établies, les plans d’accompagnement sont réalité, les agences de l’Etat sont au centre du dispositif, et la granularité territoriale est actée. Ces mises en œuvre ont-elles assez d’ampleur ? Sont-elles suffisamment rapides ? Le financement nécessaire à hauteur de 110 milliards d’euros par an peut-il être réel ? Et la « trajectoire de réchauffement de référence » à 4 degrés est-elle encore tenable ? Les années à venir donneront des éléments de réponse à ces questions…
Prochain rendez-vous des matinales « Prospective » le 16 avril : Comment adapter les emplois et les activités au réchauffement climatique ? Renseignements ici
